Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 1er juin 2008


9e dimanche ordinaire

« Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. »

Je pense bien qu’il n’y a personne parmi nous qui serait assez fou pour bâtir sa maison sur des sables mouvants ou des terrains marécageux.  Il en est ainsi dans notre vie spirituelle.  Bâtir sa maison sur le roc, ça veut dire se fier au Christ, s’appuyer sur lui sans crainte d’être déçu, même si parfois, nous éprouvons des déceptions dans nos attentes du Seigneur.   Bâtir sa maison sur le roc, ça veut dire rester bien solide dans notre foi, même si parfois éprouvons des doutes.  Bâtir sa maison sur le roc, ça veut dire prendre les moyens de résister aux tempêtes, aux catastrophes comme la petite maison blanche du Saguenay lors du déluge, même si parfois, nous vivons des moments pénibles qui rendent fragiles nos élans de foi.

Quand on veut s’acheter une maison, on voudrait donc que ce soit facile : juste obtenir la clé avec la garantie qu’il n’y pas de vices cachés.  Mais ce n’est pas si simple.  Il en est ainsi pour notre vie spirituelle. Elle est faite d’élans et de repos, d’enthousiasme et de lassitudes, de joies et de tristesses, d’heureuses surprises et d’épreuves pénibles.  On n’a jamais fin de bâtir sa maison, de bâtir notre relation au Christ, de nous fortifier dans notre foi. On n’a jamais fini de devenir chrétien, disciples de Jésus.

On le sait très bien!  On se croit fermement établi en Lui; on se croit solide comme la maison bâtie sur le roc mais notre foi est vite secouée quand surviennent  l’épreuve, la maladie, les ruptures, les amours déçues.  C’est là le grand défi de notre foi : durer au cœur des vents contraires, résister aux secousses des modes opposées aux valeurs d’évangile.

Bâtir sa maison sur le roc, nous dit Jésus, c’est  écouter sa Parole et la mettre en pratique. Il a trop vu ces beaux parleurs qui contredisent leurs paroles par leur vie de tous les jours. Il a remarqué ces pharisiens qui lient de pesants fardeaux sur les autres sans les remuer eux-mêmes du petit doigt.  Matthieu lui-même, au moment où il écrit ces mots, n’est pas sans penser à ces prophètes qui sèment le trouble dans les communautés qu’il a fondées tout en se dispensant des règles qui valent pour tout le monde.

Bien sûr, bâtir sa maison sur le roc, choisir Jésus, ça veut dire l’écouter, le prier en lui criant « Seigneur, Seigneur », mais il faut aussi  agir en conséquence, nous mettre en route.

Ne pas se contenter de rêver ou de prier pour un monde meilleur, mais se convertir chaque jour, apprendre à acquérir une mentalité inspirée de l’évangile. 

La première chose qu’on fait quand on veut bâtir une maison, c’est de nous mettre à la recherche d’un architecte.  On le rencontre, on lui exprime nos besoins, on lui demande de préparer les plans et les devis pour être en mesure de  construire.  C’est la même chose dans notre vie spirituelle. Notre architecte, on le connaît, c’est le Christ, qui nous a donné ses plans, son évangile. Et tout au long de la construction de notre vie spirituelle,  il nous faut parfois consulter à nouveau les plans pour voir si tout est correct, si notre construction est bien ajustée aux béatitudes évangéliques.  Parfois, il faut même aller jusqu’à suspendre les travaux pour mieux comprendre les plans,  pour corriger les fantaisies qu’on avait imaginées et qui ne sont pas conformes.

Dans tous les cas, il faut se fier et faire confiance à l’architecte.  Lorsque notre maison intérieure nous apparaît si fragile, lorsque la maison ecclésiale semble s’écrouler à plusieurs points de vue, il est bon de nous rappeler cette parole du psaume 126 qui nous dit : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que peine les maçons ».  Quand notre cœur y est moins ou que nos mains sont défaillantes, c’est notre foi au Christ qui nous relance dans la construction, nous remet à l’ouvrage,  nous redonne confiance,  nous permet de garder le cap sur l’espérance.

 « Si quelqu’un écoute mes paroles », nous dit Jésus.  Dans cette petite phrase, on trouve le vrai sens du mot « Amen » qu’on dit si souvent à la fin de nos prières et au moment de recevoir la communion.  Dans la langue de Jésus, le mot « Amen » signifie « fonder, poser les fondations d’un bâtiment. »  Quand nous disons le mot « Amen » à la fin d’une prière ou en recevant la communion, nous disons que nous voulons bâtir notre vie sur les mots que nous venons de prier,  que nous voulons faire du Christ le roc sur lequel nous voulons bâtir notre maison.

Faisons nôtres ces mots du psaume que nous avons prié tantôt:

« Ma forteresse et mon roc, c’est toi. 

Sois le rocher qui m’abrite,

la maison fortifiée qui me sauve.»

Poursuivons notre prière.