Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 25 mai 2008


Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

La fête d’aujourd’hui n’est pas sans nous rappeler des souvenirs! Celui de votre 1e communion peut-être; ces fameuses processions de la Fête-Dieu. Et, en la célébrant aujourd’hui, on n’est pas sans penser au Congrès eucharistique international qui se tiendra à Québec au mois de juin.

Au lieu de nous raconter l’institution de l’eucharistie, St Jean nous livre un long discours de Jésus sur le Pain de vie, un discours qui suit le miracle de la multiplication des pains. Ce jour-là, à l’insu de tout le monde, Jésus passe de l’autre côté du lac avec ses disciples pendant la nuit. Le lendemain, les gens le cherchent partout. Et quand ils le retrouvent, Jésus leur dit : « Vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle. » Deux sortes de nourriture : celle qui se perd et celle qui demeure. Ça veut dire qu’il y a plusieurs sortes de faims, comme il y a plusieurs sortes de vies!

La première faim, c’est la faim physique, la faim qui tenaille l’estomac!  On la connaît un peu tout en sachant que, sur notre terre, il y a des millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim, et qu’il y en a même chez nous.  Le comité Partage et les conférences St-Vincent-de-Paul pourrait en témoigner. C’est une faim importante parce que, on le sait très bien, quand on ne peut plus manger, c’est la mort qui est au bout.  On a vu à la télévision des images pénibles là-dessus.

La deuxième faim, c’est celle du cœur et de l’esprit, très présente aussi dans notre monde, un monde en mal d’amour et de communion fraternelle. Je pense aux enfants laissés à eux-mêmes, aux personnes âgées qui se meurent de solitude, à toutes ces personnes qui ont besoin d’être accueillis comme elles sont.  On ne sait encore très bien! On ne peut pas vraiment s’épanouir et vivre sans aimer et être aimé. Il y a encore la faim de l’esprit qu’on a besoin de nourrir par l’apprentissage, la connaissance, l’éducation permanente, la découverte de la beauté.

La troisième faim qu’on expérimente et qui est très profonde, c’est celle de l’âme. On a du mal à rester enfermé dans les limites du temps et de l’espace.  On aspire toujours à quelque chose de plus grand, de plus profond. Il y a en nous des soifs et des faims qui ne sont jamais satisfaites. On veut et on désire toujours plus, on a un besoin d’infini, une besoin d’éternité. Créés à l’image de Dieu, nous avons un cœur qui est fait pour aimer, qui aspire à un amour sans fin, un amour qui veut devenir éternel. 

Jésus n’ignore aucune de ces faims!   Il n’ignore pas la faim physique.  Au lieu d’envoyer les gens dans les villages d’alentour pour qu’ils se trouvent à manger, il les nourrit en multipliant les pains et les poissons. 

On le reconnaît dans l’eucharistie : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain et ce vin, fruit de la terre et du travail des hommes. »  Saint Jacques disait : « Si un frère ou une sœur manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : « Allez en paix, rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il?  L’Eucharistie elle-même conduit au partage.  « Il prit le pain, le rompit et le donna à ses disciples. » Les chrétiens l’ont toujours compris en créant toutes sortes d’organisation de partage.

Jésus n’a pas ignoré non plus la faim de l’esprit et la faim du cœur. Il circulait  de villages en villages, de villes en villes pour enseigner, dans les synagogues, sur les parvis du Temple, à partir d’une barque, sur la montagne.  On disait qu’il parlait comme personne n’avait su le faire avant lui, bien mieux que les scribes et les docteurs de la Loi qu’il confondait souvent. On se demandait d’où lui venait cette sagesse. 

 Il a nourri les cœurs en manifestant beaucoup d’amour, comme le berger qui cherche la brebis perdue, en aimant particulièrement les personnes souffrantes sur sa route, en accueillant les plus grands pécheurs et en les relevant.  Chaque dimanche, à chaque eucharistie, Jésus se fait présent.  Il vient nourrir nos esprits et nos cœurs affamés.  Les chrétiens ont toujours compris qu’ils devaient nourrir les affamés du cœur et de l’esprit, en transmettant l’évangile et en aimant comme Jésus a aimé.

Et Jésus est allé jusqu’au bout de l’amour en venant nourrir la troisième faim qui nous tenaille, la faim de l’âme, notre faim d’éternité. Il nous le dit aujourd’hui : « Moi, je suis le pain vivant : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Par sa résurrection, Jésus a reçu le pouvoir de se soumettre toutes choses,  le pouvoir de « transfigurer nos corps de misères pour les conformer à son corps de gloire, à son corps de ressuscité.   St Paul le disait bien en affirmant : « Si vous ne croyez pas que les morts ressuscitent, le Christ non plus n’est pas ressuscité et votre foi est vaine. »  Dans l’eucharistie, Jésus s’empare du pain et du vin, nourriture très simple pour notre corps, pour y déposer en nous la puissance de sa résurrection.  

Dans l’eucharistie, non seulement, il respecte notre être corporel qui a besoin du « fruit de la terre et du travail des hommes » pour vivre, mais aussi notre besoin d’être nourri dans notre esprit et notre cœur en nous donnant sa Parole de vie.  Il nourrit et fait grandir en nous notre être d’éternité. « Tel est le pain qui descend du ciel;  il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé.  Eux, ils sont morts;  celui qui mange ce pain vivra éternellement. »