Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 20 avril 2008


5e dimanche de Pâques

 « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Mettez-vous un moment à la place des auditeurs de Jésus  qui écoutaient cette affirmation.  Pour eux, Jésus, c’est quelqu’un comme eux autres, un fils d’ouvrier qui vient d’un petit village de rien.  Qu’est-ce qui peut sortir de bon de Nazareth?  Ils ont dû trouver que son affirmation était exagérée, exorbitante, prétentieuse.  Est-ce que ça voulait dire que les hommes qui ne suivaient pas Jésus, qui n’acceptaient pas de passer par lui, ne pourraient jamais arriver jusqu’à Dieu;  que la seule possibilité d’être sauvé pour nous aujourd’hui, c’est de devenir chrétien?

En même temps que Jésus nous fait cette affirmation, on est bien obligé de constater que d’autres religions, plus farouchement que l’Église encore, se prétendent, elles aussi, les seules vraies.  Par exemple, c’est le cas des musulmans qui considèrent que c’est nous,  les infidèles. 

On comprend que ces affirmations de part et d’autres comportent des risques énormes, ceux de s’affronter, de s’opposer les uns contre les autres.  On le voit bien dans l’histoire!   Les guerres de religion, les guerres « au nom de Dieu », ont fait et font encore des ravages énormes.  Comment nous sortir de ce problème?   Est-ce qu’il faut tenter de minimiser cette situation en nous disant, qu’après tout, le bon Dieu, c’est le même pour tout le monde,  que toutes les religions se valent bien.  En tentant de tout diminuer, on ne fait qu’aboutir à l’indifférence.

 « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne va vers le Père sans passer par moi. »  Pour bien comprendre cette parole de Jésus,  il faut la situer dans son ensemble et écouter toute sa parole quand il nous dit : « Je pars vous préparer une place.  Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis, vous y serez aussi.  Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. »  « Pour aller où je m’en vais… »  Où va Jésus? L’évangile répondait en disant : « au moment où Jésus passait de ce monde à son Père… personne ne va vers le Père sans passer par moi… » C’est clair! Jésus s’en va chez son Père, et chez son Père, il n’y a que de l’amour.  Jésus, nous le savons,  est la présence parfaite de cet amour au milieu

 

 

des hommes, et, pendant toute sa vie, il n’a cessé de nous dire que, si nous devenons ses compagnons de route, si nous prenons le même chemin que lui, nous parviendrons, nous aussi et à coup sûr, dans « la maison du Père » là où nous trouverons la plénitude de la vie.

« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie! »  Jésus peut vraiment nous dire qu’il est le Chemin, parce que, le premier, il a parcouru toute la route de l’amour.  On ne peut pas se tromper en le suivant sur le même chemin, sur le chemin de l’amour.  On est bien loin d’une affirmation prétentieuse!  Parce que le chemin de l’amour ne s’impose jamais!  Le chemin de l’amour ne peut faire qu’une seule chose : aimer, aimer encore, aimer toujours et toujours plus.  C’est ce que Jésus a fait!  Il a aimé jusqu’au bout, jusque sur une croix où il a même crié : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »  Jésus est la Vérité, parce que, tout en lui révèle la grande vérité : Dieu est amour. Jésus est la Vie parce qu’il est venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance c'est-à-dire jusqu’à la vie éternelle des enfants de Dieu.

Quand il affirme qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie », Jésus n’a pas la prétention de revendiquer un pouvoir sur les consciences;  c’est une prétention amoureuse qui ne fait qu’exprimer la plénitude d’un amour qu’il a été le premier et le seul à vie.  Il nous redit que, pour entrer dans la maison du Père, il n’y a qu’un seul chemin, celui d’un amour humble, patient et miséricordieux.  C’est une prétention qui fait appel à notre liberté, une prétention qui attend de nous une réponse aimante.

Dans l’évangile, Jésus dit à Philippe : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas Philippe!  On voit bien que les disciples ont du mal à saisir le message de Jésus.  On n’est pas très différent!  On n’est pas à l’abri du reproche que Jésus fait à Philippe.  Aussi, au cours de notre célébration, demandons au Seigneur de venir éclairer et fortifier notre foi,  et par l’Eucharistie, de nous faire vivre en Lui et par lui.  Et si la route est difficile parfois, souvenons-nous qu’un Père nous accueillera, un Père qui nous aime, qui nous aime tellement qu’il a envoyé son Fils pour venir nous chercher.  » 

Poursuivons notre prière.