Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 9 mars 2008


5e dimanche du Carême

Toute une nouvelle que Marthe et Marie annoncent à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » On sent qu’elles s’en remettent au cœur de Jésus, je dirais,  dans une belle prière pleine de tendresse et de délicatesse, une prière que nous pouvons adresser nous-mêmes au Seigneur pour nos proches qui sont malades. « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

Au moment où Jésus apprend la nouvelle, il avait déjà toute une réputation de guérisseur.  Les deux sœurs n’étaient pas sans savoir que Jésus avait ramené à la vie la petite fille de Jaïre qui l’en avait prié, et qu’à Naïm, il avait rendu la vie à un jeune homme alors que sa mère le conduisait au cimetière. Mais, cette fois-ci, c’est bien différent. Marthe dit, et c’est pas drôle : « Il sent déjà! » en ajoutant que son frère a été mis dans un tombeau depuis quatre(4) jours.

On n’a pas de mal à comprendre Marie quand elle dit à Jésus, comme un reproche : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »  Facile aussi de comprendre les proches qui ajoutent: « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir! » Ils avaient peut-être été témoins de la guérison d’un aveugle-né par Jésus, c’était l’évangile de dimanche dernier, alors « qu’on n’avait jamais entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance. »

« Si tu avais été là… » Quand il apprend la nouvelle, Jésus ne vole pas tout de suite au secours des deux sœurs.  Il ne bouge pas, comme nous le dit l’évangile : « quand il apprit que Lazare était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait »  C’est très étonnant! Surtout que,  par trois fois, St Jean nous fait remarquer, qu’une fois arrivé à Béthanie, Jésus a été bouleversé par une émotion profonde et qu’il pleura. Il ne faisait pas semblant de pleurer! Les témoins le réalisent bien : « Voyez comme il l’aimait », disent-ils.  Comment comprendre que Jésus, pourtant bouleversé, attende encore deux jours avant de se rendre près des deux sœurs?

On dit que Jésus a voulu, dans son humanité, vivre lui-même, le drame de tous ceux et celles qui perdent un être cher.  On me disait la semaine dernière que, seulement depuis le mois de janvier, un salon funéraire de chez nous avait fait affaire avec deux cents familles qui venaient de perdre un être cher. Jésus a vécu personnellement cette expérience, et comme les gens en deuil, il a été bouleversé.  Il a pleuré pour bien nous faire comprendre que Dieu lui-même n’est pas indifférent à toutes nos peines et nos souffrances.  C’est déjà beaucoup de pouvoir nous en rendre compte!  Mais, il y a plus encore!  

Jésus nous donne une autre explication quand il déclare : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais à la gloire de Dieu. »  En faisant revenir Lazare à la vie, Jésus nous annonce ce qui va se passer dans quelques jours : sa propre mort et sa résurrection. Il y a un petit détail intéressant dans l’évangile. Le corps de Lazare avait été placé dans une grotte.  Et, quand Jésus arrive près du tombeau de Lazare, il demande qu’on enlève la pierre.  Dans quelques jours, c’est le corps de Jésus crucifié qui sera placé dans une grotte fermée elle aussi par une pierre.  Mais il n’aura pas besoin de personne pour enlever la pierre pour nous faire comprendre que rien ne pourra empêcher sa vie divine de se manifester. « Moi, je suis la résurrection et la vie », nous affirme-t-il.

On s’imagine que les gens qui ont connu Jésus de son vivant étaient bien chanceux.  On pourrait bien penser que les deux sœurs de Lazare étaient bien chanceuse d’avoir Jésus près d’elles.  Et si on continue dans cette logique, on pourrait bien se dire que, si Jésus était là avec nous, il pourrait ramener nos morts à la vie. Pourtant, il me semble que Lazare n’était pas si chanceux qu’on l’imagine.  Non seulement les Juifs vont chercher à le faire mourir, mais il devra mourir une deuxième fois. La résurrection de Lazare, c’est un signe que Jésus donne aux siens.  En ressuscitant Lazare, il nous fait comprendre déjà que la puissance créatrice de Dieu déploiera tous ses effets dans sa résurrection à lui, parce que, lui,  n’aura pas à mourir une deuxième fois. Le passage de Jésus de la mort à la vie, c’est le cœur même de notre foi en Jésus qui nous dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie », «Tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais! »

La semaine dernière, on vous a annoncé pour aujourd’hui une quête pour Développement et Paix. Pas difficile de comprendre le sens de cette quête! Faire appel à notre générosité, c’est un peu nous dire : « Seigneur, ceux que tu aimes, son malades », « Seigneur, ceux que nous aimons sont malades. »  À la suite de l’évangile qu’on vient d’entendre, on comprend que, nous les croyants, nous avons un parti-pris pour la vie.  Plus encore, l’Eucharistie que nous rassemble nous fait participer à la vie divine.  Puisse notre geste permettre à des gens qui meurent à petit feu, de trouver un peu de vie.   C’est ce que Jésus a toujours voulu : donner la vie aux pauvres, aux malades, aux aveugles, aux sourds-muets, aux lépreux, aux personnes rejetées par les gens de leur temps.