Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 21 décembre 2014


4e dimanche de l'Avent

Je ne sais si vous êtes comme moi. Quand je prends mon journal, je commence toujours par regarder les gros titres de la première page : Australie : la mère des 8 enfants tués arrêtée; Washington accuse la Corée du Nord; toujours pas de verdict au procès de Magnota; la magie de Noël même à l’hôpital.    Ensuite, je feuillette les autres pages plus rapidement, leur portant un petit peu moins d’attention. Pourtant, l’événement qui est raconté à la page 10 est aussi réel que celui de la première page.

Vendredi dernier, l’évangile nous racontait l’annonce de la naissance de Jean Baptiste; aujourd’hui, Saint Luc nous fait le récit de l’annonce de la naissance de Jésus à Marie.   Quand on compare ces deux récits, on a une petite surprise. On a l’impression que l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste fait la une des journaux, alors que celle de la naissance de Jésus vient dans les petites nouvelles de la page 10. Regardons d’un peu plus près!

Quand un ange annonce au père de Jean Baptiste, Zacharie, qu’il va avoir un fils, ça se passe dans le Temple de Jérusalem, un lieu de très haute importance pour les Juifs, un lieu de pèlerinage très fréquenté.   Et puis,    Zacharie qui était un prêtre, avait été désigné, cette année-là pour aller dans le Saint des Saints. Toute l’attention de la foule se porte sur lui. Et comme il s’attarde dans le sanctuaire;  le peuple qui attend s’étonne de son retard, et en plus, quand il sort de là, tous réalisent qu’il est devenu muet. Ça a dû faire la une des journaux cette journée-là!

C’est tout le contraire pour l’annonce à Marie! Ça ne se passe pas dans un haut-lieu mais dans un pauvre petit village, pas dans le Saint des Saints du Temple mais dans une humble maison, pas en présence d’une grande foule mais en privé, pas à une personne de haut rang mais à une toute jeune fille à peu près inconnue à ce moment-là. Je ne suis même pas sûr que ça ait fait une nouvelle de la page 10 du journal.

Pourtant les deux événements sont aussi vrais l’un que l’autre. 

Il n’y a pas à dire, le bon Dieu a souvent des drôles de façons de se faire connaître;  il emprunte souvent les voies les plus secrètes et les plus humbles. Je me dis, qu’en 2014, fidèle à lui-même, il doit continuer de se révéler de la même manière, pas dans les grands titres, les événements impressionnants, les choses merveilleuses, mais dans le secret de nos maisons, et surtout dans le secret de cette maison qui est notre cœur, à la manière de Marie.

Dans la 1e lecture, le roi David disait : « j’habite une maison de cèdre et l’arche de Dieu habite sous la tente. »  Il ne trouve pas que c’est correct! Il projette de bâtir une belle maison au Seigneur. Mais le prophète Nathan vient lui dire que ça ne se passera pas comme ça parce que le Seigneur lui a révélé que c’est lui qui va bâtir une belle maison à David. En ce temps de Noël, nous courons le risque de ressembler au roi David, de rêver de faire de belles choses pour le Seigneur, mais il vient toujours nous dire que c’est lui qui va agir pour nous, et toujours d’une manière surprenante.

Nous l’attendons, peut-être dans notre belle église, dans nos beaux rassemblements, dans nos chants de Noël, alors qu’il se trouve au Gite-Ami, dans une maison pour femmes battues, au Foyer du Bonheur, dans la chambre d’une vieille dame seule, sur un lit d’hôpital

Nous l’attendons peut-être dans une belle histoire à raconter aux enfants, dans une belle homélie, dans nos échanges sur la fête de Noël, alors qu’il se trouve tout simplement dans le sourire d’un enfant, dans un petit mot d’amitié ou de réconfort, dans un petit geste de solidarité.

« Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison… il le donnera un successeur dans ta descendance… », dit le prophète à David. On le voyait dans l’évangile ce matin.   Pour que vienne ce successeur, Dieu s’est choisi une demeure, une maison, pas le beau Temple de Jérusalem, mais une toute jeune fille qui a su accueillir Celui qui venait en elle. Aujourd’hui, c’est chacun et chacune de nous que le Seigneur choisit pour établir sa demeure. Accueillons-le comme Marie, ouvrons toute grande les portes de notre cœur à celui qui s’invite chez nous.

Oui, le bon Dieu est surprenant.   Il se révèle toujours dans la sobriété et la simplicité. Et il le fait encore dans cette eucharistie qui nous rassemble. Quoi de plus sobre et de plus simple que du pain et du vin pour se donner à nous. C’est dans l’eucharistie qu’il s’invite chez nous en ce moment. 

Docile à la Parole, Marie, cette femme qui avait le goût de Dieu, a été comblée de grâce. En ce temps d’espérance, demandons au Seigneur de nous accompagner nous aussi de sa grâce, de nous rendre accueillants comme Marie, de nous donner toujours plus le goût de Dieu pour que notre vie devienne une annonce de la venue de Jésus parmi nous.

Poursuivons notre prière.