Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 7 septembre 2014


23e dimanche ordinaire

Dans le récit de la création, on voit le Bon Dieu s’approcher de Caïn qui vient de tuer son frère Abel pour lui demander « Où est ton frère Abel? »  Et Caïn de lui répondre : « Je ne sais pas, suis-je le gardien de mon frère? »  On n’est peut-être pas bien à l’aise avec ce que Jésus nous dit dans l’évangile, mais il me semble qu’il vient nous rappeler que nous avons des responsabilités avec nos frères et nos sœurs! 

« Si ton frère a commis un péché… montre-lui sa faute! »  On peut le faire plus facilement avec nos jeunes enfants, mais avec un adulte, c’est un peu plus compliqué. On peut avoir peur qu’il nous rende la pareille et qu’il nous mette nos propres bêtises sur le nez.  Pourtant, la recommandation de Jésus est très claire.  Encore faut-il bien la comprendre!

 En présence d’un frère qui a commis une bêtise, il y a un premier choix qui s’impose : faire la vérité ou pas. C’est facile de se cacher la vérité, d’agir comme si on ne voyait rien, de multiplier tellement les circonstances atténuantes qu’il n’y a plus de fautes, ou en se disant encore : « Ce n’est pas grave! Ça va se passer! »  Si je disais à une personne qui boit 12 bouteilles de voir par jour qu’elle n’est pas alcoolique, je pense que je serais à côté de la vérité.   Il me semble que la première invitation que Jésus nous fait, c’est d’être vrai et honnête.

Et si on a choisi de faire la vérité, il y a encore un choix qui se présente à nous : accuser ou faire miséricorde, c’est-à-dire chercher avec lui les meilleures solutions qui s’imposent. « Lui montrer sa faute », ça ne veut jamais accuser!   Ce serait tout le contraire de l’évangile, de tout ce que Jésus a fait et prêché au cours de sa vie.

« S’il ne t’écoute pas, nous dit Jésus, prends avec toi une ou deux personnes, et si ça ne marche pas encore, dis-le à la communauté de l’Église. »  Le but de Jésus, ce n’est pas de nous donner une plus grande force de persuasion, mais pour nous inviter à faire comme ces quatre porteurs qui, un jour, ont défait le toit d’une maison, pour descendre leur ami paralytique devant Jésus en le priant de le guérir. Il me semble que c’est à cette prière pour notre frère que Jésus nous invite quand on ne peut plus rien faire.  

S’il y un mot important dans l’évangile, c’est bien le mot « Frère ». C’est la clé pour comprendre, une clé que St Paul explicite dans la 2e lecture quand il nous dit : « Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi ».   C’est toujours le message fondamental de l’évangile y compris celui d’aujourd’hui.

Comprenons-nous toute l’importance de cet appel à l’amour mutuel? Quand on voit dans notre monde ces milliers et même ces millions de personnes qui souffrent et meurent sans que l’on fasse quelque chose ou si peu pour les sauver, on peut se poser la question. Quand on voit autour de nous plein d’amours déchirées, des conflits de toute sorte, des tueurs comme Caïn, des personnes assassinées comme Abel, on peut se poser la question. « Ne gardez aucune dette envers personne sauf la dette de l’amour mutuel. »

Il me semble que Jésus nous invite à regarder notre monde, non pas comme un champ de ruines, mais comme un chantier extraordinaire. Il est venu réconcilier le monde avec Dieu au prix même de sa vie et il nous confie à tous un ministère de réconciliation. Il nous appelle à bâtir un monde de justice et de fraternité, à travailler constamment pour le bien et le bonheur des personnes qui sont à côté de nous.

Notre Dieu n’est rien d’autre qu’une infinie volonté de vie, d’amour et de bonheur. Et nous ses enfants, il nous appelle à devenir comme lui, remplis d’amour les uns pour les autres.   Dans les années 80, Jean-Claude Pascal chantait : « Nous les amoureux, on dort sur les genoux du Bon Dieu. »  St Jean allait encore bien plus loin en nous disant : « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu habite en nous. » 

À la fin de l’évangile, Jésus nous dit : « Si deux d’entre vous se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. »  Je vois là une autre manière d’être responsable de nos frères et de nos sœurs : prier intensément pour eux en demandant au Seigneur la grâce de poser les gestes qui conviennent devant les situations difficiles que nous rencontrons.

Poursuivons notre prière.