Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 13 juillet 2014


15e dimanche ordinaire

À première vue, ça ne va pas bien pour le semeur de l’évangile, des oiseaux qui mangent les graines, le soleil qui en brûle, et les ronces qui en étouffent. Et comme si ce n’était pas encore assez, son ennemi vient semer de l’ivraie avec le bon grain. Si Jésus insiste sur toutes ces difficultés, on peut comprendre que ce n’est pas pour rien.  

Vous avez compris que c’est lui le semeur qui a à cœur de semer sa Parole à tout vent et il rencontre toute sorte de difficultés. On le sait, au début, de grandes foules viennent l’écouter, mais peu à peu, elles l’abandonnent. Même parmi ses disciples, il y en a qui le quittent, trouvant ses paroles trop dures.    On sait encore que des ennemis sèment de l’ivraie dans son champ en le critiquant, en le contredisant et en cherchant à l’arrêter. Dans son entourage, on commence à penser qu’il a manqué son coup, que la semence de sa Parole le porte pas les fruits attendus. 

Ce que Jésus a vécu, nous le vivons aujourd’hui dans notre monde. On sort des statistiques savantes pour démontrer les échecs de l’Église dans le monde et chez nous, tout ça sans compter nos difficultés personnelles.   Comme le semeur, nous constatons chaque jour l’ivraie répandue dans notre monde, tout ce mal qui existe, des guerres et des conflits partout, des dictateurs sanguinaires, des camps de réfugiés énormes. Les médias nous harcellent de mauvaises nouvelles. 

Le prophète nous disait tantôt « Ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission. »  Le psaume que nous venons de prier allait dans le même sens.   Jésus était convaincu que sa Parole porterait du fruit. Aussi aujourd’hui, Jésus nous incite à changer notre façon de voir, à réagir contre le pessimisme et le découragement, à espérer contre toute espérance, comme lui l’a fait.

Et pour le faire, il fait appel à l’expérience du semeur. N’importe lequel semeur sait bien qu’il va perdre des graines en semant, mais il sait surtout que la grande majorité de ses semences va tomber dans la bonne terre. Et quand bien même, elles ne rapporteraient que du 30 pour un, ce serait déjà une fameuse récolte. Et puis, ce n’est pas une mauvaise récolte qui va empêcher le semeur de semer l’année suivante. Il sait, par expérience, qu’une seule bonne récolte répare souvent toutes les pertes antérieures. 

Jésus nous révèle que Dieu a une terre à ensemencer et qu’il sème à tout vent, là où il y a un pécheur à sauver, un frère à aimer. Là où nous pensons que la semence est perdue, Dieu, lui, donne la chance à tous avec une immense générosité. Il sait, lui, que le bon grain peut pousser au  milieu  de l’ivraie et qu’il faut bien du temps et de la patience pour voir venir la moisson.

Il ne faut pas regarder Jésus bien longtemps pour voir comment il n’a pas arraché l’ivraie. Au contraire, Il a accueilli les publicains et les pécheurs, Zachée, Matthieu, la Samaritaine et bien d’autres et il en a fait des témoins de la foi. On peut penser encore à l’ivraie qu’il y avait dans le cœur de Pierre quand il a renié, et à la semence qui a porté du fruit dans son cœur quand Jésus lui a demandé s’il l’aimait.    On peut penser à saint Paul qui persécutait les chrétiens, qui a été saisi par le Christ et s’est mis en route avec lui comme ça paraissait impossible.   Il y a plein d’autres exemples dans l’histoire!

À la suite du Christ, nous sommes appelés à être des semeurs de la Bonne nouvelle, à répandre la semence de la Parole largement, sans compter, partout, sans nous préoccuper du temps qu’il faudra pour que la semence grandisse, en ayant bien conscience que l’amour de Dieu ne cesse jamais d’agir dans le cœur des hommes.    Le problème qu’on a souvent, c’est qu’on veut récolter tout de suite.   Rappelons-nous toujours qu’on n’est pas là pour récolter mais pour semer. 

Nous sommes rassemblés pour célébrer l’eucharistie qui est elle-même une semence pour notre cœur, une semence appelée à produire du fruit. Aussi, dans la prière finale tantôt, nous demanderons au Seigneur « de faire grandir en nous son œuvre de salut », de faire grandir ce qu’il a semé en nous, et de le faire chaque fois que nous la célébrons. Prions-le de renouveler notre foi et notre espérance en étant bien certain que son amour aura toujours le dernier mot.

Poursuivons notre prière.