Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 30 mars 2014


4e dimanche du Carême

 Qui aurait pu imaginer que le petit roux aux beaux yeux de la 1e lecture, le plus jeune des fils de Jessé serait le successeur du roi Saül?  Les meilleurs spécialistes auraient déclaré que ce serait une imprudence et une folie.  Mais le Bon Dieu ne considère pas les apparences,  il « regarde avec le cœur ».  Il me semble que c’est ce  que le Seigneur veut nous apprendre aujourd’hui, à regarder comme lui,  avec les yeux du cœur.

En ce temps du Carême, il vient ouvrir nos yeux pour qu’on voie en lui le vin nouveau des noces de Cana, le Bon Pasteur qui guide ses brebis, la lumière du monde,  l’eau fraîche du puits de la samaritaine, le pain partagé avec la foule au désert.  Il veut ouvrir nos yeux comme il le fait pour l’aveugle-né de l’évangile.

J’ai déjà visité  les catacombes à Rome;  on peut y voir cinq (5) illustrations de la guérison de l’aveugle-né.  C’est dire comment c’était un texte important utilisé pour ceux et celles qui se préparaient au baptême,  et pour ceux et celles qui sont appelés à renouveler la foi de leur baptême  comme nous allons le faire nous-mêmes à Pâques.

L’homme que Jésus voit en sortant du Temple était aveugle depuis sa naissance : pas de ciel bleu pour lui, pas de coucher de soleil, pas de lumière, pas de couleur.  Il est le symbole de l’être humain qui cherche à voir et à comprendre et que Jésus ne veut pas laisser dans cette situation.  Il veut faire pour nous ce qu’il a fait pour l’aveugle.  Alors, on le voit cracher par terre, faire de la boue, en mettre sur les yeux de l’aveugle, le même geste que Dieu avait fait au début de la création quand il avait créé l’homme.   Jésus fait de l’aveugle un homme nouveau, il le recrée;  il le fait passer de l’obscurité à la lumière, de l’ignorance à la confiance, comme il veut le faire pour nous.  Il veut nous apprendre à voir,  nous conduire à une foi toujours plus grande, toujours plus vraie, à la lumière de Dieu.

L’évangile était long aujourd’hui.  Mais, je ne sais pas si vous l’avez remarqué,  la guérison de l’aveugle, c’est juste deux petits versets sur 42.  On sent que ce n’est pas la guérison de l’aveugle qui intéresse St-Jean.  Il prend soin de nous dire ailleurs que «  les miracles ont été écrits pour que nous croyions que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, nous ayons la vie en son nom ».  C’est ça le cœur de l’évangile : « Pour que nous croyions et que nous ayons la vie en son nom. »

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l’aveugle, après sa guérison, ne devient pas tout de suite un croyant.   Au début, il parle à ses voisins de « l’homme qui s’appelle Jésus. »  Ensuite, confronté aux pharisiens, il confesse que Jésus est un prophète.  Et plus tard, allant encore plus loin, il ose dire à ceux qui le questionnent : « Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ».  Et à la fin, quand Jésus vient à sa rencontre et lui demande « Crois-tu au Fils de l’homme qui te parle? », il dit : « Je crois, Seigneur, et il se prosterne devant lui. »  C’est tout un cheminement.  C’est ça la foi, une route à parcourir, un chemin toujours nouveau à découvrir.

Il y a quelque chose de frappant dans l’évangile.  Jésus est là seulement au début et à la fin.  Et pendant qu’il n’est pas là,  on lui fait tout un procès.  On voit l’aveugle faire face à un monde incrédule : les voisins qui expriment des doutes, les parents qui ne veulent pas se compromettre, les pharisiens qui protestent, tout ça pendant que la foi de l’aveugle, elle, grandit et se fortifie.  C’est même lui, l’aveugle, qui devient le représentant de Jésus au milieu de son monde incroyant. Il devient un témoin de celui qui l’a fait voir en racontant ce qui lui est arrivé.  Jésus veut faire pour nous ce qu’il a fait pour l’aveugle,  nous sortir de nos ténèbres et nous faire grandir dans notre foi, faire de nous des témoins au milieu de notre monde. 

On a dans cet évangile toute une image de notre monde et de notre situation de croyant à l’intérieur de ce même monde.  À travers les siècles, bien des chrétiens ont été jetés dehors comme l’aveugle et ont dû se défendre au prix même de leur sang parfois, il y en a encore aujourd’hui! D’autres chrétiens, même chez nous, et toujours comme l’aveugle, doivent souvent faire face aux critiques, aux moqueries, non seulement de l’extérieur, mais même parfois de la part d’autres chrétiens.    

Comme l’aveugle-né, nous sommes appelés à être « témoins de la lumière », à nous conduire en enfants de lumière comme nous le dit St-Paul en produisant des fruits qui sont bonté, justice et vérité. Osons témoigner comme l’aveugle qui parle avec son cœur en disant : « Il y a une chose que je sais : j’étais aveugle et maintenant je vois. »

Poursuivons notre prière.