Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 9 février 2014


5e dimanche du temps ordinaire

En commençant la célébration, je vous ai salué en disant : « Que le Christ, lumière du monde, soit toujours avec vous ».   À plusieurs reprises depuis Noël, nous avons célébré le Christ en tant que lumière.  À l’Épiphanie, à travers l’étoile qui guidait les mages,  c’est lui que nous avons reconnu comme notre véritable étoile, notre guide sur la route.   Dimanche, il y a deux semaines,  Matthieu affirmait: « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ».   Et puis, dimanche dernier, en tenant des cierges allumés entre nos mains, nous l’avons acclamé comme « La lumière pour éclairer les nations ».  Plus clairement encore, Jésus affirme dans l’évangile de Saint Jean« Je suis la lumière du monde. »

Qu’est-ce qu’on veut dire quand nous disons que Jésus est la lumière du monde?  Contrairement à Jean-Baptiste qui attendait les gens dans le désert, Jésus quitte son village et s’en va habiter dans un monde qui a une très mauvaise réputation où il se manifeste comme lumière.  Matthieu nous nous dit :  « Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. »  En Jésus, on voit Dieu qui vient régner avec sa paix, sa liberté, sa compassion.  Non seulement il enseigne,  on le voit poser des gestes qui soulagent ceux et celles qui sont blessés par la maladie ou par la vie.  

 Nous reconnaissons que Jésus est la vraie lumière qui éclaire notre route et nourrit nos cœurs.   Mais aujourd’hui  il vient nous dire à nous : « Vous êtes la lumière du monde. »   C’est clair!   Il compte sur nous pour que nous soyons des porteurs de lumière et d’espérance, comme lui.  Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire pour nous concrètement?

Le prophète Isaïe répondait à cette question dans la première lecture.  « Si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, si tu combles les désirs du malheureux, si tu fais disparaître le joug de ton pays, le geste de menace, la parole malfaisante, ta lumière jaillira comme l’aurore, …  ta lumière se lèvera comme le soleil du midi. »

« Faire disparaître le joug ».   Le « joug »!  Une  pièce de bois qu’on attachait au coup du bœuf pour labourer.   On comprend qu’il soit devenu un symbole de domination.   Être lumière, ça veut donc dire pour nous, lutter contre toute forme de domination, lutter contre tout ce qui réduit l’être humain comme s’il devait devenir la  propriété de quelqu’un d’autre.   Ce n’est pas de l’histoire ancienne!  Pensons à ces petits enfants qui travaillent dans des  ateliers de misère!  Pensons à ces femmes opprimées dans plusieurs régions du monde!  Pensons à toutes ces personnes qui sont exploitées et dominées chez nous!  Autant de lieux obscurs où nous sommes appelés à être lumière!

« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ».  C’est notre mission!   On risque de l’oublier, de passer à côté, d’être comme du sel qui se dénature qui ne sert à rien,  d’être une lumière cachée.  « Que votre lumière brille devant les hommes. »    

Un jour, en donnant son cours, un professeur posa une question à ses élèves :   «À quoi ça sert le sel? »  Tout de suite, une petite fille leva la main et répondit : «Moi, je sais!  Ça sert à donner la soif! »  Tout le monde pouffa de rire, mais elle avait bien raison.  Être sel de la terre, c’est, par notre témoignage,  par notre vie, donner la soif de Dieu,  répandre le goût de Dieu autour de nous, donner la saveur de l’amour du Christ. 

« Vous êtes la lumière du monde… Que votre lumière brille devant les hommes! »  Dans l’histoire du monde on a vu parfois des anachorètes, des ermites s’enfuir  du monde  parce qu’ils le voyaient comme un lieu de perdition,  comme un lieu sans Dieu.  Ils ne voulaient pas être en contact avec ce monde. Pour Jésus, c’est tout le contraire!   Il s’en va en Galilée, lieu qu’on décrit comme le « carrefour des païens », « peuple qui habitait dans les ténèbres », « pays de l’ombre et de la mort. »   Être lumière du monde, ça veut dire témoigner de notre foi et de notre espérance en plein cœur de ce monde où nous vivons.

Aujourd’hui, nous sommes venus pour écouter l’évangile et nous en nourrir.  Celui qui est sel et lumière vient nous rencontrer dans l’Eucharistie.  Puisse-t-il nous donner d’être du bon sel pour répandre sa saveur autour de nous.  Puisse-t-il nous donner d’être lumière pour la rayonner par toute notre vie. 

Poursuivons notre prière.