Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 19 janvier 2014


2e dimanche ordinaire

Il n’y a pas si longtemps nous avons échangé nos meilleurs vœux.   En le faisant, nous avons cherché à dire aux autres qu’ils étaient importants pour nous.  Nous nous sommes souhaités une bonne année,  un bon chemin à parcourir ensemble. Rappelons-nous que nous ne sommes pas seuls sur ce chemin,  que le Christ est toujours avec nous,  qu’on peut toujours compter sur lui, et ce, même dans les moments les plus difficiles.

Nous venons d’entendre une très belle parole du prophète Isaïe : « Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur,  c’est mon Dieu qui est ma force ».   Une parole surprenante parce que, quand le prophète l’écrit,  ça va très mal dans le pays, c’est la catastrophe !   La ville de Jérusalem est détruite ;  ses habitants sont déportés en terre étrangère.  Ils ne sont plus reconnus ni respectés dans leur dignité, ni dans leur foi.  Loin de chez eux,  ils ne savent pas du tout quand ils pourront revenir chez eux. « Oui, j’ai du prix au yeux du Seigneur. »  Puisse cette parole du prophète nous aller droit au cœur aujourd’hui !

C’est au cœur de cette situation pénible que le prophète leur adresse un message d’espérance.  Il leur dit qu’ils ont du prix aux yeux de Dieu.  Ils vivent dans un monde qui se moque d’eux autres, qui tourne leur foi en dérision, mais rien ne doit les décourager.  Dieu n’a jamais cessé de les aimer.  Il faut bien comprendre que le prophète n’a pas la vie facile lui non plus.  Il doit affronter l’ironie et l’incrédulité des gens,  mais même dans cette situation désespérée, il poursuit  sa mission en prêchant l’espérance. 

Ce message d’espérance du prophète vient nous rejoindre aujourd’hui.  Quand nous lisons le journal, quand nous écoutons la radio ou la télévision, on voit bien tout le mal qui accable notre monde : les guerres, les violences, les meurtres y prennent beaucoup de place.  Et si, tout de suite après les nouvelles, on ouvrait notre bible, on découvrirait bien d’autres mots : amour, pardon, guérison, bonne nouvelle.  Autant de mots qui nous martèlent que pour Dieu, il n’y a jamais de situation désespérée, et surtout, comment nous avons du prix à ses yeux,  que son amour nous est acquis une fois pour toute, que rien ne pourra nous en séparer.

Dans l’évangile, on voit que le dernier prophète de l’Ancien Testament, Jean-Baptiste, vient appuyer cette bonne nouvelle.  Il nous présente Jésus comme « L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »  Quand on dit le « Je crois en Dieu »,  on ne dit pas « je crois au péché », mais je crois au pardon des péchés.  Jésus prend sur lui toutes nos bêtises et toutes celles du monde pour nous en libérer.  Il est toujours là pour nous ouvrir un chemin d’espérance.

Et puis, les mots d’Isaïe et de Jean-Baptiste, nous invite à changer le regard que nous pouvons avoir sur nous-mêmes et sur les autres.  Si nous avons du prix aux yeux du bon Dieu, si on comprend que Jésus a donné sa propre vie pour le salut de tous les hommes sur la croix,  si le bon Dieu  nous considère comme son bien le plus précieux,  on n’a pas le droit de dire « Je ne vaux pas grande chose », et on  n’a pas plus le droit de le dire aux autres.  Nous sommes invités à porter sur ceux qui nous entourent le même regard que le bon Dieu,  un regard plein d’amour,  d’un amour qui accueille et qui pardonne.

L’évangile nous présentait Jean-Baptiste comme un témoin.  Des témoins de Jésus, il y en a eu beaucoup:   les foules, les miraculés, les ennemis de Jésus comme Pilate, Hérode et les grands-prêtres. Tous pouvaient témoigner de Jésus; ce dont il avait l'air, comment il était habillé, où il habitait, qui étaient ses parents, etc...

L’évangile nous parle d’une autre sorte de témoignage. Jean-Baptiste était le cousin de Jésus, pourtant il nous dit qu’il ne le connaissait pas.  Il l’a connu vraiment quand l’Esprit lui révèle que Jésus est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »,  que Jésus est le Fils de Dieu.  Il a témoigné d’une profonde expérience intérieure.  C’était ça aussi le témoignage des premiers témoins.  Ils ont témoigné de ce qu’ils ont vécu à l’intérieur d’eux,  d’une expérience profonde du Christ ressuscité qui avait illuminé leur vie.    

Nous sommes invités nous aussi à rendre témoignage de ce qui nous habite.  Les trois lectures que nous avons entendues nous invitent à rejoindre ceux et celles qui sont malmenés par la vie :  les victimes de crise, d’injustice,  ceux et celles qui ont perdu ou oublié leur dignité humaine,  qui s’imaginent que personne ne peut s’intéresser à eux.  Apprenons à les écouter, à  leur faire comprendre que leurs paroles sont importantes pour nous,  ensuite nous pourrons leur dire que leurs paroles sont bien importantes pour le bon Dieu aussi.   Et nous les aiderons à retrouver sa dignité.

Voilà un message qui nous rejoint dans notre vie de tous les jours. Nous vivons dans un monde dur et violent. L'argent roi impose sa loi. L'actualité nous donne chaque jour des informations démoralisantes. Ce monde, il nous faut le regarder avec le regard du Christ, un regard passionné d'amour, un regard qui veut sauver. Notre Sauveur est toujours vivant et agissant. Rien ne pourra jamais empêcher son action dans le monde. Demandons-lui qu'il nous donne la force d'être de vrais témoins de son amour. 

Poursuivons notre prière.