Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 20 octobre 2013


29e dimanche ordinaire

Une pauvre veuve qui vit une situation pénible, personne pour la défendre contre un adversaire, et face à un juge qui se moque des hommes.      

En relisant cet évangile, je me disais que Jésus a dû se reconnaître lui-même dans la veuve.   Il n’a pas cessé de proclamer la parole face à des adversaires qui contestaient ses gestes et ses paroles.  Il devait bien se douter qu’il aurait lui-même à faire face à des juges sans scrupule.  Pourtant, on le sait, il n’a jamais cessé de prier sans se décourager, et dans les pires moments.

On se souvient qu’il y a quelques semaines,  les apôtres avaient exprimé leur inquiétude au Seigneur en lui disant : « Seigneur, augmente en nous la foi! »  Ils n’ont pas fini de vivre des moments difficiles en exerçant leur mission et ils se souviendront de l’histoire de la veuve.  Au milieu de leurs épreuves, ils prieront sans se décourager.     

Les premiers chrétiens croyaient que le Seigneur allait revenir très bientôt.   Mais quand ils voient qu’il tarde à venir,  plusieurs sont tentés de tout lâcher et de ne plus croire à ce monde nouveau qui leur avait été annoncé.  Et quand les apôtres l’ont constaté,  ils leur racontaient cette parabole de Jésus toujours pour les inciter à prier sans se décourager.  Sans doute à retenir pour nous aujourd’hui!

Cette histoire de la veuve demeure très actuelle pour nous.  Nous vivons dans un monde qui ressemble à la veuve, un monde qui vit dans l’inquiétude pour mil et une raison : crises économiques,   terrorisme, des guerres qui amènent des gens à fuir leur pays au risque de se noyer comme on l’a trop vu ces dernières semaines, crise des valeurs.  Et puis, je pense encore à ceux et celles qui, comme la veuve, ne se lassent pas de manifester pour obtenir justice et défendre les droits de l’homme.  On pourrait faire nôtres les mots de cette femme qui écrivait :    « Seigneur, où va ce monde? Ton Fils est venu donner l’amour à tous les hommes, que font-ils? Ils se battent, partent en guerre, n’ont rien compris à ton message.  Redonne la foi à ce monde en déroute.  Seigneur, aie pitié de nous, sauve ta création. »

Et peut-être que, nous-mêmes, sur un plan plus personnel, nous vivons une situation difficile comme la veuve de l’évangile en raison de la maladie, de la perte de notre travail, de l’abandon d’un ami, de la perte d’un être cher, d’une injustice dont nous sommes victimes.   

Tout ça me fait dire que le message de l’évangile demeure très percutant pour nous aujourd’hui.  « Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager. »  

Il y avait une fois, nous dit-il,  une veuve qui cassait les oreilles d’un juge,  qui faisait du « sitting » devant son bureau,  tant qu’elle n’aurait pas obtenu justice.   Elle avait toutes les raisons de se décourager :  sa cause semblait perdue d’avance, puisqu’elle avait eu la malchance de tomber sur un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait éperdument de la justice.  Mais elle s’obstine parce qu’elle sait que sa cause est juste!  Elle n’en doute pas un instant! Nous aussi, notre cause est juste!  Elle est la cause même de Dieu.  Alors, n’hésitez pas à prier au point d’embêter le Très-Haut.   Appuyez sans arrêt sur sa sonnette pour le réveiller en réalisant qu’il est tout le contraire du juge de l’évangile.  

On avait un autre bel exemple dans la 1e lecture tantôt!    Le peuple dirigé par Moïse,  en route vers la terre promise,  est attaqué par des ennemis,  et Josué mène un combat difficile.  Pendant ce temps,  Moïse prie obstinément au sommet d’une colline, en levant son bâton (ça fait penser à la croix de Jésus sur la colline du Calvaire)    D’où lui venait sa force?  De sa foi!   Il savait que Dieu voulait le salut de son peuple et il était certain d’obtenir son secours;   quand nous vivons des moments difficiles dans la réalisation de notre mission,   il faut laisser remonter dans nos cœurs la certitude de Moïse :  « Dieu veut nous sauver! »

Aujourd’hui, c’est le dimanche missionnaire mondial qui a pour thème : « Vivifie en toi le don de Dieu, deviens témoin. »  Devenir témoin, c’est d’autant plus important que notre monde est de plus en plus neutre.  Devenir témoin, c’est quelque chose.  Dimanche prochain (à St-Pierre Chanel),  nous allons accueillir quatre adultes qui entreprennent une démarche pour être baptisés, sans doute parce qu’ils ont vu des témoins.   Prenons conscience que nous avons une mission à remplir, que nous sommes les envoyés du Père au monde. Soyons tenaces dans notre mission comme la veuve de l’évangile,  et prions sans nous décourager.

Il y a un proverbe africain qui dit :  « Soulève ta charge jusqu’aux genoux,  on t’aidera à la placer sur ta tête. »  Alors, soulevons notre charge jusqu’aux genoux, et prions le Seigneur de la placer sur notre tête et surtout dans notre cœur, afin qu’on vivifie en nous le don de Dieu et qu’on devienne témoins.  Pensons à ces mots d’un chant de Robert Lebel :  « Et devant tout ce que vous êtes, Ils pourront voir les traits de Dieu. En voyant tout ce que vous faites, Ils sauront qu'il est avec eux. »

Poursuivons notre prière.