Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 6 octobre 2013


27e dimanche ordinaire

Vous connaissez ces histoires qui commencent toujours en disant : « J'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle à t'apprendre. »  Deux amis golfeurs avaient conclu un pacte : le premier qui mourrait viendrait dire à l'autre s'il y avait des beaux terrains de golf au ciel.  De fait, le premier qui était décédé quelques jours auparavant apparaît en pleine nuit à son copain pour lui dire:  « On avait conclu un pacte : j'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle t'apprendre: » la bonne nouvelle, c'est qu'au ciel, il y des terrains de golf extraordinaires. La mauvaise, c'est que tu as un départ demain matin à 9 h.

L’évangile vient de nous présenter des disciples qui sont inquiets parce que Jésus vient de leur présenter des exigences qui leur paraissent bien au-dessus de leur force.  Et devant tout cela, ils se disent que s’ils avaient plus de foi, ils pourraient agir comme Jésus, vivre comme lui, opérer des guérisons, faire des miracles.  On peut les comprendre quand ils demandent à Jésus « Augmente notre foi! ». 

On ne peut pas dire que la réponse de Jésus apparaît comme une bonne nouvelle.  On peut même avoir l’impression qu'il se moque un petit peu d'eux autres parce qu'il donne des réponses démesurées : si vous aviez un tout petit peu de foi, vous pourriez déraciner un arbre pour qu’il aille se planter dans la mer. Déraciner un arbre,  planter dans la mer, ça ne fait pas de bon sens!   En même temps, on a l'impression que Jésus veut nous humilier, nous aussi, en nous faisant remarquer que notre foi plus petite encore qu'une graine de moutarde. 

Pourtant,  on n’est pas sans se dire que, si on avait une plus grande foi, on pourrait faire des prodiges, être des surhommes, défier les lois de la nature.  On a peut-être parfois éprouvé le désir enfantin de prendre à la lettre les paroles de l'Évangile en caressant le rêve de réaliser des merveilles.  Et puis, si on avait une plus grande foi, quelle communauté extraordinaire on pourrait être, un modèle incroyable!  Personne ne pourrait nous résister.  Jésus nous ramène les pieds sur terre.

Souvent, on mesure notre foi comme on mesure un compte de banque :  « J'ai la foi, j'en ai plus, j'en ai moins.  Au lieu de dire « J’ai la foi », on devrait bien plus dire « Je suis un croyant (e) » parce que la foi, c'est en dedans que ça se vit, c'est à l'intérieur de nous-mêmes que ça se passe.  C'est la vie qu'on vit et la vie qu'on devient.

Pourtant, les paroles que Jésus nous donne sont Bonne Nouvelle.  On en avait un bel exemple dans la première lecture qui nous présentait un croyant, le prophète Habacuc.  Il nous disait que sa foi à lui, c'était « de guetter ce que dit le Seigneur ».  La foi, c'est une disposition intérieure qui nous incite à faire confiance à Dieu. 

Dans la même ligne, Jésus veut nous faire comprendre que ce n'est pas en nous qu'il faut chercher la mesure de notre foi, mais en Dieu lui-même.  C'est lui la puissance de notre foi!  Il ne faut pas chercher ailleurs!  Jésus ne nous demande pas une foi héroïque, orgueilleuse!  Il vient nous dire que même si notre foi est plus petite qu'une graine de moutarde, elle est encore capable de l'impossible, parce que rien n’est impossible à Dieu.  D'ailleurs, chaque fois que Jésus fait l'éloge de la foi dans l'Évangile, c'est toujours quand elle est humble et paraît toute petite.

Il faut faire la même lecture dans la deuxième partie de l’évangile où Jésus racontait la parabole du serviteur inutile. 

Là aussi, on risque de voir d’abord une mauvaise nouvelle,  quelque chose de décourageant : « Des tâches exagérées, des serviteurs inutiles, des serviteurs quelconques. » Pas très emballant.  Mais c’est pourtant aussi une bonne nouvelle.   Jésus veut faire comprendre à ses disciples et nous faire comprendre que la tâche qu’il nous confie, ce n’est jamais une tâche qu’on peut porter tout seul parce que c’est toujours Dieu qui est l’artisan principal de son règne sur la terre,   c'est lui le premier intéressé à faire avancer son règne sur la terre.  C’est vrai qu’il ne veut pas se passer de nous autres, mais il est toujours là avec nous autres.  Et, s'il nous confie une tâche,  c'est parce qu'elle est possible!  C'est parce que nous avons reçu le don de la foi, et que la foi, même si elle est plus petite qu'une graine de moutarde, rend tout possible à cause de Dieu.

Jésus s'est choisi des apôtres, des disciples, et il leur a confié une mission pour qu'il continue ce qu'il a commencé dans le monde.  Il les invite à reproduire les gestes que lui a posés.  Par le baptême, nous sommes devenus nous aussi disciples de Jésus, et nous avons reçu la même mission, celle de promouvoir le projet de Dieu pour un monde plus juste et fraternel. De fait, des chrétiens, chrétiennes œuvrent dans ce monde au nom de leur foi en Jésus Christ.  On sait comment leurs engagements sont multiples : célébrations, œuvres de charité, actions diverses pour la justice et pour la paix.  La foi même si elle est toute petite rend tout possible à cause Dieu.

Nous en avons un bel exemple dans l'Eucharistie qui nous rassemble.   Nous faisons notre part dans l'Eucharistie;  nous apportons à l'autel du pain et du vin, fruit de notre travail, de nos engagements.  Et le Bon Dieu les accepte et les transforme d'une manière qu'on ne peut pas imaginer : ils deviennent le Corps et le Sang du Christ ressuscité.

Accueillons cet enseignement qui nous vient de la Parole de Dieu.  Demandons au Seigneur de nous faire vivre et de progresser dans la foi et l'humilité, de nous donner son « Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et qui achève toute sanctification ».

Poursuivons notre prière.