Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 15 septembre 2013


24e dimanche ordinaire

Quand j’habitais avec des confrères, il y en avait un qui était terrible! Il cherchait ses clés tout le temps:  le matin avant de partir pour le travail le matin, le midi après le dîner, et souvent en soirée,  avant de partir pour une réunion. Chaque fois, coincé par le temps, c’était la panique et enfin le soulagement quand il les retrouvait.   

Dans les trois paraboles que nous venons d’entendre, le Bon Dieu nous est présenté d’abord comme un perdant.  C'est lui, le berger qui perd sa brebis!  C'est lui, la femme qui perd sa pièce de monnaie!  C'est encore lui le père qui perd son fils parti pour un pays lointain.  Et puis, il faut bien ajouter que la brebis perdue, la pièce de monnaie égarée, le fils qui s’en va au loin avec sa part d’héritage, ce sont les hommes et les femmes qu’il a créés. 

Que le bon Dieu soit perdant parfois, ce n’est pas trop difficile à comprendre. En nous créant, il a pris le risque de notre liberté;  il nous a donné la possibilité d’aller contre lui, ce que les humains ont fait tout au long de l’histoire et ce qu’ils font encore aujourd’hui.

Par exemple, il a créé pour nous un monde merveilleux que nous sommes en mesure de contempler chaque matin, mais on oublie que c’est lui qui en est la source, et on le gaspille. Il voulait qu’on puisse se blottir dans ses bras de Père, qu’on entre dans cette grande communion d’amour qui est en lui, mais on refuse et, chaque fois, il nous perd. On ressemble à la brebis perdue qui cherche d’autres pâturages, au fils qui veut partir vers un autre pays pour trouver le bonheur.

Et chaque fois qu’il nous perd, le Bon Dieu est pris de panique comme mon confrère, et il se met à nous chercher partout.  C’est lui qui part à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve. C’est lui, la femme qui allume une lampe, balaye la maison pour trouver sa pièce de monnaie, jusqu’à ce qu’il nous trouve. Pas difficile d’imaginer les sentiments de ce père qui voit son plus jeune fils partir au loin avec sa part d’héritage qu’il a demandé avant le temps. Il nous les exprime ses sentiments quand il nous dit :  « Mon fils était mort… il était perdu », pourtant, il n’avait qu’un seul désir, voir ses enfants à la maison avec lui. Toutes ces paraboles nous disent comment le Bon Dieu est prêt à tout pour nous retrouver, jusqu’à nous envoyer ce qu’il a de plus précieux, son propre Fils, son Fils unique, Jésus.

Quand mon confrère perdait ses clés tout le temps, on finissait par lui dire :  « Ben voyons donc, quand est-ce que tu vas te corriger? » Une belle image des pharisiens et des scribes qui « récriminaient contre Jésus » parce qu’il faisait bon accueil aux pécheurs.  C’est évident qu’ils ne sont pas d’accord avec Jésus,  qu’ils voudraient qu’il change d’attitude, qu’il se corrige.  Ils n’arrivent pas à comprendre que le Bon Dieu passe tout son temps à nous chercher, qu’il est prêt à faire l’impossible pour nous retrouver.  Et nous, le réalisons-nous?

Mais Jésus, malgré les insultes, les injures et les critiques, a continué, comme un bon berger, à chercher la brebis perdue, à nous chercher chacun et chacune jusqu'à finir ensanglanté sur une croix où il mourait d'amour pour ses brebis perdues. À ce moment-là, on peut dire que le Bon Dieu avait tout perdu, et même son propre fils, mort sur une croix comme un bandit.  

Quand on voyait notre confrère perdre ses clés à tout bout de champ, on se disait : « Il va pourtant les perdre pour de bon! », mais il finissait toujours par les retrouver.  Il ne faut pas penser que le Bon Dieu a perdu l’humanité pour de bon.  Il finit par la retrouver comme le bon berger finit par retrouver sa brebis, comme la femme qui retrouve sa pièce de monnaie, comme le père finit par retrouver son fils. C'est le message fondamental de l'évangile d'aujourd'hui!

Quand le Bon Dieu a tout perdu jusqu'à perdre son propre Fils, c’est là qu’il le retrouve et nous avec lui.  Lorsque son Fils est allé jusqu’au bout de l’amour, il le ressuscite le matin de Pâques et le retrouve pour toujours, mais pas tout seul. En revenant vers son Père, le ressuscité du matin de Pâques nous ramène avec lui, en nous portant sur ses épaules comme le bon berger.

Nous faisons mémoire de cet événement primordial quand nous nous rassemblons pour l’Eucharistie.  Nous nous retrouvons, avec Jésus ressuscité, pour rendre grâce à Dieu, pour nous réjouir avec le berger qui, comme la voisine « réunit ses amis et ses voisins » en leur disant : « Réjouissez-vous avec moi. », pour nous réjouir comme le Père de l’évangile qui s’écrie :  « Mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie. »

Poursuivons notre prière.