Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 8 septembre 2013


23e dimanche ordinaire

Je me suis dit qu’on aurait pu lire aujourd’hui seulement la lettre à Philémon, tellement elle est belle, pas seulement un extrait, mais toute la lettre. On n’y trouve pas de grands enseignements sur la doctrine, de grands principes, mais l’Amour concret dans la vie de tous les jours.

L’histoire est toute simple. Philémon, un bon chrétien, dont la maison était devenue le lieu de rencontre des chrétiens,  avait un esclave, Onésime,  qui s’était enfui de la maison en emportant avec lui quelque chose qui appartenait à son maître. Il  s’était réfugié à Rome, et là,  il avait rencontré Saint Paul qui est alors, un vieil homme,  en prison, fatigué par tout le travail accompli. Au contact de Paul, il s’était converti et était devenu le compagnon de Paul et lui rendait de bons services. Paul envoie une lettre à Philémon pour le prier d’accueillir Onésime chez lui,  non plus comme un esclave mais comme un frère dans la foi. 

Pas difficile d’imaginer que Philémon en voulait à son esclave. Mais Paul est certain qu’il va acquiescer à sa demande parce qu’il vit de cet amour qui est une conséquence de la foi.   Qu’est-ce que ça dire l’amour qui est une conséquence de la foi? Dans notre foi, nous croyons que tous, que chacun et chacune, peu importe qui nous sommes, nous sommes profondément aimés par le Christ de la même manière, et il ne cesse de nous demander d’aimer comme lui, Jésus, a aimé.  

Vous savez très bien que, dans la vie, il y a deux façons de se faire écouter : en utilisant l’autorité ou en faisant appel à l’amour. Paul avait bien le droit d’utiliser son autorité reçue du Seigneur pour commander à Philémon de recevoir son esclave fugitif.    Ce dernier aurait obéi, sans doute, mais cette obéissance aurait pu ne rien changer au ressentiment qu’il devait avoir envers son esclave ingrat et infidèle.

Mais, au lieu de le faire, il fait appel à l’amour de Philémon. Il ne vient pas à Philémon en utilisant son autorité, mais en le suppliant : « J’ai quelque chose à te demander. »  Il fait appel à sa foi l’invitant à agir comme le Christ qui était « doux et humble de cœur ». Il me semble que c’est à retenir pour nous. 

Il faut savoir que Paul agissait contre une loi qui existait de son temps. Cette loi-là interdisait à quelqu’un de retourner un esclave fugitif à son maître, parce que, en le faisant, on donnait trop au maître la chance de se venger et de punir le fugitif au-delà de la normale.   D’après cette loi,  Paul était obligé de garder Onésime avec lui, mais il fait tout le contraire. Pourquoi? Parce que, depuis la venue de Jésus, tout avait tout changé et que l’amour répandu par l’Esprit Saint dans les cœurs des chrétiens transformait complètement les relations qu’ils pouvaient avoir entre eux et avec les autres. Ça aussi, c’est à retenir pour nous.

J’ai dit tantôt qu’en fuyant,  Onésime avait apporté avec lui des choses qui appartenaient à son maître. Aussi, Paul écrit à Philémon : « S’il t’a fait quelque tort ou s’il te doit quelque chose, mets-le sur mon propre compte ». Ça veut dire qu’il prend sur lui l’entière responsabilité des fautes d’Onésime,  comme Jésus a fait en prenant sur lui l’entière responsabilité de nos actes et en payant nos dettes au prix de sa propre vie. Encore à retenir pour nous.   

Dans le temps, un esclave, ce n’était rien,  considéré comme du bétail qui pouvait seulement apporter des avantages matériels.   Paul aurait bien pu le garder auprès de lui pour qu’il continue de lui rendre service,  mais il ne pense pas à lui, il ne pense qu’à Onésime, ce nouveau croyant, cet enfant de Dieu qu’il décrit comme « une part de moi-même… un frère bien-aimé. »  Plus encore, il lui dit : « Accueille-le comme si c’était moi. »  Apprenons à nous accueillir comme des frères,  comme si c’était Jésus qui nous visitait. 

Il me semble que notre pape, François ressemble beaucoup à St Paul. Il démontre beaucoup d’amour et ça produit des fruits inattendus. Sur Internet cette semaine, j’ai lu une lettre qu’un orphelin de 11 ans écrit au pape, le 3 septembre dernier. Il faut que je vous la lise. 

« Mon cher papa François,

Ma sœur m'a dit que je dois t'appeler « Pape » parce que tu es une personne importante, mais moi je ne sais pas ce que veut dire le mot « Pape » et alors je préfère t'appeler papa. Ma maman, pour ma sœur et moi, était une personne importante comme toi, même si nous étions une famille pauvre, ici en Moldavie. Maintenant ma maman n'est plus là, parce que des personnes méchantes lui ont fait du mal. Mais moi, je voulais te dire, que tous les jours je viens manger dans une cuisine qui s'appelle comme toi : « Pape François » et je voulais aussi t'envoyer une photo de moi dans cette cuisine, parce qu’un prêtre nous a pris dans les rues où nous vivions, et il nous a donné une maison où nous pouvons dormir et manger ce qu’il nous prépare dans la cuisine de « ta » maison, parce que là où je mange il y a écrit « Pape François ».

Papa François, s'il te plaît, tu pourrais m'envoyer une photo de toi pour que je puisse la mettre là où je dors et pour que je puisse dire, moi aussi, que j'ai un papa? Je te promets que si tu m'envoies une photo je ferai mes devoirs. Papa François je veux t'offrir un cadeau : j'ai fait une petite croix pour toi. Tu vois, il y a un enfant sur la croix qui rit, parce que l'homme prêtre nous dit toujours que quand on souffre on doit sourire.

Au revoir Pape François. Vasile »

 

Je suis certain que le pape François a répondu à cet orphelin. Mais il nous fait une demande, lui aussi, aujourd’hui. Dans un discours passionné lors de l’angélus du dimanche sur la place St-Pierre de Rome, le Pape François a dénoncé la guerre et la violence, invitant les catholiques du  monde entier à observer « une journée de jeûne et de prière pour la paix en Syrie »

À sa suite, notre évêque, Mgr Durocher, demande aux pasteurs d’inviter les paroissiens et les paroissiennes à observer cette journée de prière et de jeûne. Il nous suggère aussi plusieurs manières de le faire : une messe le matin, une liturgie de la Parole, un temps d’adoration du Saint-Sacrement; un repas de la faim accompagné d’un moment de réflexion et de prière.

Dans notre paroisse, nous allons souligner notre prière par une messe spéciale qui sera célébrée, en l’église Notre-Dame-de-la-Guadeloupe, le samedi 14 septembre prochain, à 11 h. À l’église St-Pierre Chanel, il y aura en soirée, à 19 h, un temps d’adoration du Saint-Sacrement.   C’est une manière concrète de vivre cet amour qui est conséquence de notre foi.

St Paul commence toujours toutes ces lettres en nommant ce qu’il reconnaît de beau et de grand dans les communautés à qui il écrit. Ensuite, il les reprend, les exhorte, les prie d’agir selon leur foi et à agir par amour. Il commence sa lettre à Philémon en disant : « Je rends grâce à mon Dieu… en faisant mention de toi dans mes prières,  car j’entends parler de l’amour que tu as envers le Seigneur Jésus et en faveur de tous les saints. »  Ensuite, il l’invite à agir par amour.

Je me dis que, si St Paul nous écrivait une lettre à nous aujourd’hui,   il commencerait en nommant ce qu’il voit de beau chez nous, les belles valeurs qui nous habitent, et il remercierait Dieu pour tout ce que l’Esprit Saint a produit dans nos cœurs. Ensuite, il ferait appel à cet amour qui est la conséquence de notre foi pour entrer de tout cœur dans cette journée de prière et de jeûne, à la demande du pape François.