Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 10 mars 2013


4e dimanche du Carême (Célébration du 2ième scrutin)

Il y a quelques années,  on est venu me demander de débarrer les portes de l’église, parce qu’il y avait un concert en soirée et quelqu’un attendait à la porte pour accorder un piano.  Quand j’ai vu qu’une personne le conduisait, j’ai compris qu’il était aveugle.  Par curiosité, je me suis attardé un peu !   C’était de toute beauté de le voir mettre le piano au diapason malgré son handicap qui limitait ses déplacements.

On ne réalise pas toujours quand nous l’avons, mais la vue, c’est tout un cadeau !   Grâce à nos yeux, on peut conduire une auto, reconnaître les personnes, prendre des photos, admirer de beaux paysages,  peindre ou écrire avec les couleurs que nous désirons.  Et en plus, aujourd’hui, on peut recourir à des lunettes ou des verres de contact pour ajuster notre vision.  Et si on a des problèmes de vision plus sérieux, comme des cataractes ou d’autres problèmes,  on peut recourir à la médecine.  

Pourtant nos  yeux peuvent nous jouer de bien mauvais tours.  On risque, par exemple, en regardant une personne, de nous arrêter seulement aux apparences et de porter déjà des jugements.   Et puis, on le sait très bien, il y a des réalités qu’on ne sera jamais capable de voir même avec de très bons yeux parce que ça prend plus que des yeux pour les voir.   L’évangile qu’on vient d’entendre vient de nous le montrer.

En sortant du Temple, Jésus voit sur son passage, un homme qui était aveugle de naissance.  Il s’approche de lui, crache sur le sol, fait de la boue, comme le créateur au moment de la création,  et lui dit d’aller se laver à la piscine de Siloé, nom qui signifie « Envoyé ».  Ce n’est pas un petit détail !  En guérissant l’aveugle, Jésus se révèle comme l’envoyé de Dieu pour recréer le monde, mais personne dans l’évangile, mis à part l’aveugle,  ne semble le voir.

Vous avez remarqué que l’aveugle n’a pas dit un seul mot ;  il n’a rien demandé.   Il ne connaît rien de celui qui va le guérir et lui rendre la vue.  Après s’être lavé, il est guéri et il voit.  On comprend, à la fin de l’évangile, qu’il voit bien plus loin que ses yeux physiques.  Il voit en Jésus l’envoyé de Dieu alors que tous les autres demeurent aveugles sur l’identité de Jésus qui dira :

« Je suis venu dans le monde pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »   C’est la foi qui permet à l’aveugle de reconnaître en Jésus le Fils de l’homme.

Dans un moment, nous allons vivre le  2e scrutin avec Alexis.  Jésus veut faire pour lui et pour nous ce qu’il a fait pour l’aveugle, nous mettre dans la lumière, nous permettre de voir plus loin que nos yeux physiques.

Le baptême fait de nous des enfants de lumière, c'est-à-dire qu’il nous permet de voir notre vie, le monde et les personnes à la lumière de Dieu, à la lumière de son amour.  Par exemple, alors  que nos yeux humains nous révèlent que nous naissons pour mourir, pour retourner à la terre, les yeux de notre foi nous mettent dans la lumière en nous faisant saisir que nous sommes faits, pas pour cette vie seulement, mais pour l’éternité.

C’est pour cette raison que, lors du baptême d’Alexis à la Veillée Pascale,  nous allons lui transmettre la lumière du cierge pascal.  Parce que,  illuminé par la foi, il commence une vie nouvelle,  parce qu’il  s’est découvert comme une personne aimée de Dieu, parce que,  comme l’aveugle rencontré par Jésus, il est appelé à devenir  un témoin du Christ.     

 On peut dire qu’Alexis, comme l’aveugle, a été touché par le Seigneur,  qu’il a appris à le découvrir peu à peu.  Aussi, lors de la Veillée pascale,  comme l’aveugle le fait à la fin de l’évangile,  il proclamera sa foi avec nous en disant :  « Je crois, Seigneur».  

Mais déjà aujourd’hui, pendant notre célébration, faisons nôtre les mots et le geste de l’aveugle :  « Je crois, Seigneur et il se prosterna devant lui. »  Puisse notre célébration nous faire comprendre que la foi est lumière pour notre cœur et qu’elle nous permet de  briller de la lumière même du Christ en produisant des fruits qui sont bonté, justice et vérité.

Je vous invite à demeurer assis.