Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 28 octobre 2012


30e dimanche ordinaire

Aujourd’hui, pour mon homélie, je vais me mettre dans la peau d’une personne qui était témoin de la cène que vient de nous raconter l’évangile et qui vient nous dire ce qu’il a vu et vous faire part de ses réflexions. Écoutons ce témoin.

Je suis très content de pouvoir vous raconter un événement qui s’est passé en sortant de Jéricho.  Je me présente un peu!  Ça fait une quinzaine d’années que j’habite cette ville, une belle ville pleine de palmiers et de plantes à parfum.  Ce n’est pas pour rien que le roi Hérode le Grand venait passer ses vacances d’hiver chez nous.  Et puis, en plus,  c’est une ville pleine de souvenirs qui datent du temps des patriarches.   Vous le savez peut-être, c’est là que mon ancêtre, Josué, avait fait tomber les murs de la ville au son des trompettes.  Si je suis venu habiter Jéricho, j’avais une bonne raison :   je suis commerçant et tout le commerce du pays passe par chez nous.  La meilleure place pour faire de bonnes affaires.  Il faut que je vous dise que, il n’y a pas longtemps,  il y a eu tout un scandale chez nous!  Ça a fait la une des journaux!  Imaginez-vous donc que Jésus s’est invité à souper chez Zachée, le chef des collecteurs d’impôt et un voleur de la pire espèce, qui était allé jusqu’à monter dans un arbre pour voir Jésus passer par là!

J’étais là, ce jour-là,  quand Jésus est sorti de la ville pour s’en aller prêcher ailleurs.  Comme d’habitude, le gars à Timée, celui qui est aveugle, était là! ,  Pas fou!  Il savait bien que tous les commerçants devaient passer par là pour s’en aller à Jérusalem et il espérait qu’ils mettent un peu d’argent dans son panier pour pouvoir vivre un peu. 

Quand il a su que c’était Jésus qui passait par là,  celui qui guérissait les malades, celui qui aimait même un voleur comme Zachée, il s’est mis à crier comme un vrai perdu :  « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! ».  Je vous le dis, il y avait de quoi vous arracher le cœur.  C’est vrai que ce n’est pas drôle d’être aveugle et il criait toute sa détresse.  On avait beau essayé de le faire taire, rien à faire! Je ne sais pas si c’est à cause de la foule mais Jésus n’avait pas l’air de l’entendre.  Ce n’est pas nouveau, on lui reproche ça encore aujourd’hui!

Ça m’a fait réfléchir pas mal.  C’était toute une prière qu’il faisait là, Bartimée.  Pas une prière comme on imagine, avec des formules toutes faites d’avance qu’on récite sans trop penser à ce qu’on dit.  Sa prière, ça venait du cœur!  Il savait bien, lui,  qu’il y avait quelque chose à guérir dans sa vie.  Ce n’est pas évident! Je vous avoue que, moi-même,  je ne vois pas toujours très bien ce que Jésus pourrait guérir dans ma vie.


 

 

Puis là,  il s’est passé quelque chose de bien surprenant.  Et ça m’a pris du temps à comprendre!   Quand Jésus nous a dit d’aller le chercher, le beau Bartimée a jeté son manteau par terre,  il s’est mis à bondir puis à courir vers Jésus.  C’est bien curieux! On aurait dit qu’il voyait déjà clair, qu’il n’était pas aveugle.  Avec le temps j’ai compris que Bartimée, au fond,  c’était le seul qui voyait clair et puis que c’était nous autres les vrais aveugles.  Ça vous surprend peut-être!   Mais savez-vous que, Bartimée, a été le premier à  appeler Jésus « Fils de David », autrement dit le Messie qu’on attendait depuis des siècles.  Même ses disciples n’osaient pas encore le dire. 

Je pense que vous connaissez le reste de l’histoire !   « Va, ta foi t’a sauvé !  Aussitôt, il se mit à voir!»  Moi, je pensais qu’il était pour retourner chez lui, se chercher un bon travail pour gagner sa vie autrement, mais non, il s’est mis à suivre Jésus sur la route.  Pas n’importe laquelle route!  Une route dangereuse!    C’est sur cette route qu’un samaritain avait pris soin d’un homme blessé, abandonné par des brigands et des bandits. 

Des fois, je rencontre du monde qui se demande qu’est-ce que ça veut dire être disciple de Jésus !  Dans ce temps-là, je me dis qu’ils devraient se souvenir de l’histoire de Bartimée pour voir la foi de Bartimée.  Quand Jésus lui a demandé « que veux-tu que je fasse pour toi? »  Je vous dis qu’il savait quoi répondre.   Si Jésus nous posait la même question,  est-ce qu’on saurait quoi répondre?

Peut-être que, des fois, vous vous sentez dans le noir, comme Bartimée parce que vous vivez quelque chose de bien difficile.  Dans ce temps-là, prenez donc le temps d’écouter ces gens qui vous disent : « Aie confiance, Jésus t’appelle! »   Bartimée a jeté son manteau.   Nous autres, est-ce qu’on est prêt à abandonner quelque chose qui nous tient à cœur pour aller vers Jésus en croyant qu’il peut nous illuminer de sa lumière à lui.

Et puis, puisque vous croyez, comme Bartimée, que Jésus est le « Fils de David », le Sauveur du monde, suivez-le sur la route, même si elle est parsemée d’embûches, et même si vous devrez porter votre croix pour le suivre, comme il le disait lui-même un jour.

J’aurais donc aimé ça que vous soyez là, cette journée-là, aux portes de Jéricho pour voir la foi de Bartimée. Peut-être que, comme moi, vous auriez plus le goût de prier le Seigneur pour qu’il nous donne la foi de l’aveugle et qu’il vous donne la grâce de témoigner.

Demandons-le pendant notre célébration et poursuivons notre prière.