Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 23 septembre 2012


25e dimanche ordinaire

Un maître demanda un jour à ces disciples comment ils pouvaient savoir si la nuit était terminée et le jour commencé. Un premier répondit :  « C’est quand on voit un animal au loin et qu’on peut dire si c’est une vache ou un cheval. »  Non, répondit le maître!  Un deuxième reprit :  « C’est quand on regarde un arbre à distance et qu’on peut dire si c’est un manguier ou un margousier. »  Faux, dire encore le maître.   « C’est quand vous regardez un homme en face et que vous pouvez reconnaître votre frère en lui; c’est quand vous regardez une femme en face et que vous pouvez reconnaître votre sœur en elle. Si vous n’êtes pas capable de le faire,  quand bien même le soleil serait le plus haut dans le ciel,  c’est qu’il fait encore nuit?

Une petite histoire qui rejoint bien Jésus qui a toujours voulu qu’on se voit comme des frères et des sœurs.  Mais il sait bien aussi qu’un des grands problèmes que nous avons pour y arriver, c’est la recherche du pouvoir et de la grandeur, comme les disciples en discutent en chemin.

Cette recherche du pouvoir et de la grandeur a existé à toutes les époques et elle est tellement présente dans notre monde.  L’actualité nous apprend, tous les jours et qu’en bien des régions de notre monde, on écrase des peuples pour imposer un pouvoir.  St Jacques avait bien raison de nous dire tantôt :  « La jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes… Vous êtes pleins de convoitises… vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. » 

Et puis,  il  faut bien reconnaître que c’est bien présent en nous aussi.  Très tôt, les enfants n’hésitent pas à déclarer « Mon père est plus fort que le tien ».  Ce n’est pas parce qu’on vieillit que ça change!  On n’hésite pas à mettre de l’avant le plus bel homme, la plus belle femme, la grande vedette, le meilleur prêtre, la plus belle paroisse.  On cherche à être plus grand, pour se faire valoir, pour avoir les meilleures places, et ça n’en finit plus.

 « De quoi discutiez-vous en chemin?  Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand ».  À ce moment-là, les apôtres s’imaginent encore que Jésus vient rebâtir le pays, rétablir la royauté,  et ils désirent obtenir les premières places, des postes-clés.  Ils veulent utiliser leur relation privilégiée avec le Seigneur pour être les plus grands, pour exercer un pouvoir.  Ils conçoivent très mal leur rôle et Jésus en est bien conscient.

 

 

 

 

Alors il en profite pour leur donner un enseignement qui n’a rien perdu de sa valeur et qui est encore très pertinent aujourd’hui. 

Les apôtres se taisent, mais Jésus prend la question au sérieux parce qu’il a devant lui ceux qu’il a choisis pour poursuivre son œuvre.  Alors il s’assoit; il organise une petite réunion.  Et au lieu de leur faire un grand discours, il prend un enfant « Le place au milieu d’eux, l’embrasse ».  Un geste très fort pour eux qui cherchaient à éloigner les enfants de Jésus qui leur dit :  Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. »      Autrement dit, il les invite à s’accueillir les uns les autres et à  accueillir ceux et celles qui seront sur leur chemin, comme lui Jésus accueille un enfant.  Il place ses apôtres devant un type de relation qui n’est pas fondé sur l’autorité, la grandeur ou le pouvoir, mais sur le service et l’accueil. C’est tout un renversement! 

« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »   Clairement Jésus nous invite à agir avec les autres non comme des premiers mais comme des serviteurs,  à agir avec les autres pas pour les écraser mais pour les libérer, pas pour imposer mais pour affranchir. Pour Jésus, nos relations avec les autres doivent se vivre dans une relation digne, respectueuse, vraie et libératrice, dans le service plus que dans le pouvoir, dans l’humilité plus que dans la grandeur.

Rappelons-nous que Jésus a été le premier à faire ce qu’il demande à ses disciples.   Il a résisté à Satan qui lui disait dans le désert : « Si tu te prosternes devant moi, je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes. »  À la fin de sa vie, il a dû faire face aux puissants de son temps : Hérode, les grands prêtres, les membres du Sanhédrin. À Pilate, il déclare que des légions d’anges pourraient venir à son secours. Dans les pires situations de sa vie, il s’est refusé à utiliser un pouvoir écrasant pour faire valoir son point.

C’est très libérant ce que Jésus nous propose!  Imaginez comme tout changerait autour de nous et dans notre monde si on écoutait la consigne de Jésus.   En le faisant, nous verrions la différence entre le jour et la nuit.  En le faisant, nous pourrons entrer dans la lumière et voir en tout homme,  un frère, en toute femme, une sœur.

St Jacques disait : « Votre prière est mauvaise parce que vous demandez au Seigneur des richesses pour satisfaire vos instincts… »   En célébrant l’eucharistie, nous entrons dans une belle prière,  non pas une prière centrée sur nous, mais sur Celui qui se donne à nous,  et qui nous fait dire :  « que le nom de Dieu soit sanctifié et que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel."