Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 29 juillet 2012


17e dimanche ordinaire

On vient de voir Jésus nourrir 5000 personnes dans l’évangile. C’est beaucoup d’affamés.   Aujourd’hui, dans notre monde, il y a des milliards d’affamés, sans mentionner ceux et celles qui ont faim de paix, faim d’amour, faim de vivre, faim de trouver un sens à leur vie.  On a vraiment l’impression que ce ne sont pas les pains qui se multiplient mais les affamés du monde.

On entend aux nouvelles que les camps de réfugiés se multiplient, en Turquie par exemple.  Pas plus tard que cette semaine, l’Organisation des Nations Unies nous a annoncé l’imminence d’une grande sécheresse en Afrique.  Dans l’évangile, Philippe répond à Jésus : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit peu de pain. »   On peut avoir la même réaction que lui,  et affirmer qu’on n’a pas les moyens nécessaires pour répondre à tous les besoins actuels.

Chaque fois que je lis cet évangile, je revis un événement vécu. Un paroissien me téléphona pour me demander : "Jean-Charles, quand des paroissiens passent au feu, est-ce que la paroisse fait quelque chose pour eux autres?"  J'ai bien été obligé de lui dire que non. Et lui de me dire :  "Trouves-tu ça normal?  Tous les dimanches, on nous rappelle que nous sommes des frères et des sœurs, et puis on ne fait rien quand quelqu'un passe au feu!" 

On conclut en se disant qu’on va s’appeler aussitôt qu’il y aura un feu. Quelques mois plus tard, trois familles passent au feu. On se rencontre en vitesse en se disant qu’il faut commencer par contacter les familles pour clarifier leurs besoins. C'était quelque chose de voir l'étonnement de ces familles : "La paroisse m'appelle, moi, pour voir si elle peut faire quelque chose pour moi!"  Ils n’y en revenaient pas!  Après nous avons remercié, deux familles nous ont dit qu’elles pouvaient bien se débrouiller parce qu’elles avaient une bonne couverture d'assurance. Mais la troisième était une famille monoparentale, une mère avec deux enfants qui avait tout perdu faute d'assurances.

Le dimanche suivant, on a présenté la situation aux paroissiens en définissant au mieux les besoins en lingerie et en ameublement. Deux semaines après, cette famille était mieux équipée qu'avant de passer au feu. Un jeune couple qui se mariait quelques

mois plus tard et qui avait déjà loué leur appartement m’a téléphoné pour me dire qu'ils avaient décidé de passer leur appartement à la mère éprouvée. Ça faisait pas mal drôle parce que le dimanche précédent les parents étaient venus me voir pour me dire : "On ne sait pas pourquoi ils se marient à l'église, ces deux-là!  Ça va jamais à la messe!"  Ils étaient peut-être plus pratiquants qu'on le pense!

Les textes d’aujourd’hui nous révèlent la générosité de Dieu. On le voyait dans la 1re lecture :  « Ils mangèrent, et il en resta, selon la parole du Seigneur. »  Même chose dans le psaume :  « Tu ouvres la main, tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. »  Dans le repas pris ensemble dans l’évangile, on découvre le plan de Dieu qui veut rassembler les humains dans l’amitié, dans l’unité, le partage et la paix.  De plus, le geste de Jésus annonce la générosité de Dieu qui donne à l’humanité son Fils, le pain véritable pour le salut du monde.   Plus tard, Jésus le confirmera en affirmant :  "Je suis le pain vivant descendu du ciel. Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde."  En nous approchant pour communier tantôt, nous exprimerons notre volonté de communier à Jésus, de partager son rêve d’unité et de rassemblement, et le goût que nous avons d’être comme lui des semeurs de paix et de bonheur. 

Il y a un autre beau geste de générosité dans l’évangile.  « André, le frère de Simon-Pierre dit à Jésus : “Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons.”  Ce jeune aurait bien pu se taire, garder ses pains et ses poissons pour lui tout seul. Il devait avoir faim lui aussi! Pourtant, il les met à la disposition de Jésus. Il entre dans la dynamique du partage. Et puisqu’il le fait, on voit Jésus multiplier le geste de partage du jeune homme au point où les apôtres “ramassèrent douze paniers.”

Je ne suis pas en train de vous annoncer une quête spéciale.  Mais je veux vous dire que nos gestes de partage, aussi petits soient-ils,  traduisent une réalité du cœur, une abondance d'amour, de cet amour qui recherche le bonheur de l'autre. Ils sont réponses à la générosité de Dieu. Prions-le de multiplier nos forces d’aimer, tous nos gestes d’amour, comme Jésus l’a fait avec le jeune homme de l’évangile.

Poursuivons notre prière.