Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 22 juillet 2012


16e dimanche ordinaire

Imaginez que, ce matin, en ouvrant  votre journal, vous apprenez qu’une grande foule s’est retrouvée à l’aéroport d’Ottawa.  On avait appris qu’un certain Jésus, renommé pour ses miracles, arrivait au Canada pour ses vacances.  À sa descente d’avion, on a remarqué qu’il avait l’air triste et fatigué.  Un de ses collaborateurs nous a confié qu’il se faisait du souci pour tout ce monde qui espérait le voir faire un miracle sans vraiment accueillir le message d’amour qu’il cherchait à répandre partout. Je pense bien que c’est à peu près comme ça qu’il faudrait traduire aujourd’hui la dernière phrase de l’évangile:  « En débarquant, Jésus vit une grande foule.  Il fut saisi de pitié pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. »

Le berger, nous disait le psaume, c’est celui qui fait reposer, fait revivre, conduit par le juste chemin, qui guide et rassure, qui fait en sorte qu’on ne manque de rien.  Jésus voyait ces gens qui erraient « Comme des brebis sans berger! », parce qu’ils n’avaient aucun point de repère.   Alors, il se mit à enseigner, à les instruire, à proclamer l’évangile, la bonne nouvelle aux pauvres, aux petits et aux exclus; il voulait les conduire sur des prés d’herbe fraîche, leur montrer le chemin qui mène à la vie et au bonheur.  

Ce n’est pas de l’histoire ancienne, cet évangile!  Autour de nous, on en voit des gens qui n’ont plus de repères, des gens qui ne savent plus ce qu'ils sont, ce qu’ils font sur la terre, où ils s’en vont.  Dans notre monde, il n'y a jamais eu autant de richesses, autant de découvertes,  de techniques nouvelles,  de divertissements, pourtant on n’a jamais vu autant de désespoir, autant de suicides, autant de meurtres gratuits, autant de drames de ménages. On en a trop vu cette semaine, Warwick, Toronto, Colorado!   Chez nous, tout près de nous, il y a plein de gens qui
« errent comme des brebis sans berger ».

Pour notre berger, pour notre Dieu, c’est une situation intolérable! On le voit partout dans notre longue histoire sainte.  On le voit agir avec toute la tendresse d'une mère qui part à la recherche de son enfant perdu.  « Il court après nous! », disait quelqu’un.  "
Je viens moi-même à la recherche de la brebis perdue" , disait le prophète Ézéchiel. Il vient

lui-même jusqu’à nous donner son propre Fils qui vient donner un sens à notre vie, sortir les personnes de leur solitude et leur redonner une espérance dans la vie.  Aujourd’hui même, il vient nous rejoindre dans cette eucharistie pour nous apporter la lumière de sa présence et la chaleur de son amour.

Vous avez sans doute remarqué que, quand quelqu’un apprend une très bonne nouvelle, sa première réaction est de vouloir la partager avec d’autres.   On ne peut pas garder pour nous tous seuls la Bonne Nouvelle que nous avons reçue du Seigneur.  C’est ce qu’il faut comprendre quand, à la fin de la messe, je vais vous dire, « Allez dans la paix du Christ ».  Le Christ, le bon berger, nous envoie porter son amour à toutes ces personnes que nous pouvons rencontrer.

Et on ne pourra jamais y arriver si on ne réussit pas à faire nôtre l’émotion de Jésus qui est saisi de pitié devant ces gens qui errent comme des brebis sans berger.  Je sais bien que le mot «pitié » n’est pas un mot qu’on aime beaucoup.  Et on a bien raison si on comprend la pitié vient d’une personne qui se sent tellement supérieure aux autres, qu’elle éprouve pour eux une pitié qui ressemble bien plus à du mépris.  Quand on regarde la vie de Jésus,  on voit que la pitié prend les couleurs de la tendresse, de la miséricorde et du pardon.  Avoir de la pitié pour lui, ça veut dire aider, soutenir, encourager, remettre debout, redonner le goût de vivre.  C’est plein d’exemples dans l’évangile!

Nous sommes appelés aujourd’hui à être de bons bergers à la manière de Jésus, à avoir un cœur plein de tendresse, un cœur qui aime les personnes que nous rencontrons, un cœur qui nous rend responsables les uns des autres.

C’est une mission à poursuivre sans cesse. C’est pour ça que le Seigneur nous appelle à lui aujourd’hui; il est là, bien présent, pour nous permettre de refaire le plein, de renouveler nos forces, nous ressourcer.  Prions notre bon berger.  Demandons-lui de nous remplir de son Esprit pour que nous soyons, avec et comme Jésus, des témoins de la tendresse de Dieu.

Poursuivons notre prière!