Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 20 mai 2012


Ascension du Seigneur

« Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? »  Cette question que les apôtres posent à Jésus la veille de son Ascension nous prouve qu’ils n’ont rien compris et qu’ils se font encore une image de la religion qui est bien terrestre et bien matérialiste.  Ils rêvent toujours que Jésus vienne faire de leur pays ce qu’il était comme dans le temps de David ou du roi Salomon.  On dirait que les trois années qu’ils viennent de vivre avec Jésus, que les enseignements que Jésus leur a donnés pendant 40 jours après sa résurrection n’ont rien donné.  Ils ont oublié la réponse qu’il avait donnée aux pharisiens en leur disant que « le règne de Dieu n’est pas observable, qu’on ne pourra pas dire « Le voici », « le voilà » mais le règne de Dieu est parmi vous. » (Luc 17,20-21)  Ils ont oublié la réponse que Jésus avait donnée à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde. »  C’est bien clair que les Apôtres ont besoin de l’Esprit Saint.

Et puis on vient de voir Jésus dans l’évangile, juste au moment de les quitter, leur confier une mission sans précédent : « Soyez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre... De toutes les nations faites des disciples... »  Mettez-vous à leur place! Il y a de quoi être troublé, de laisser tomber les bras de découragement. Mais Jésus leur donne une parole qui les encourage à poursuivre sa mission en disant :  « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde... Vous recevrez une force... l’Esprit Saint viendra sur vous... »

La suite de l’histoire nous démontre bien que, grâce à l’Esprit Saint, les apôtres sont passés d’une religion matérialiste et nationaliste à une religion intérieure et universelle.  On pouvait le voir encore au 6e siècle dans une déclaration du pape Grégoire qui affirmait : « Le royaume de Dieu, le ciel, c’est le cœur et l’âme du juste ».  C’est ce passage à une religion intérieure qui a permis à l’Église de faire un grand pas en avant. 

Avec raison, on peut bien se demander comment nous aujourd’hui nous sommes concernés par ce message.

En cette fête de l’Ascension, nous fêtons Jésus qui monte au ciel et qui disparaît aux yeux des apôtres,  mais ça ne veut pas dire qu’il devient absent. Il nous garantit qu’il sera présent par le don de l’Esprit, qu’il sera présent dans son Église et dans le monde d’une nouvelle manière, à la manière du Ressuscité, c'est-à-dire de celui qui ne connaît plus les limites du temps et de l’espace.

Les apôtres rêvaient que Jésus vienne rétablir la royauté en Israël, mais il les invitait à faire un grand passage, à passer du particulier à l’universel : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »  Jésus vient nous faire, à nous, la même invitation, à ne pas regarder seulement notre communauté, mais à être en lien avec les autres communautés surtout celles de notre paroisse, avec l’Église diocésaine et l’Église universelle.

Et puis, Jésus nous invite encore à passer d’une religion extérieure à une religion intérieure, une religion qui se situe d’abord au niveau du cœur.  

J’ai lu cette semaine que la bible, depuis l’invention de l’imprimerie, a été publiée en 2 milliards de copies, que la vente continue de croître encore aujourd’hui et que, présentement, elle est traduite en 2538 langues ou dialectes. C’est étonnant ! Mais les gens d’aujourd’hui ont besoin d’évangiles vécus, d’évangiles vivants.  Le pape Paul VI disait que les hommes et les femmes d’aujourd’hui veulent moins des savants et plus des témoins capables de traduire l’espérance qui les habite,  capables de faire connaître et aimer le Christ, image vivante d’un Dieu d’amour.

Ce sont là autant de demandes et de prières que nous pouvons adresser à l’Esprit Saint au cours de notre célébration.

Poursuivons notre prière.