Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 4 mars 2012


2e dimanche du Carême

Il y avait, une fois, un petit garçon qui voulait rencontrer le Bon Dieu. Il savait que le voyage serait long! Aussi, après avoir rempli sa valise de petits gâteaux et de bouteilles de limonade, il partit. Trois coins de rue plus loin, il vit une vieille dame, qui, assise dans le parc, regardait les pigeons. Il s’assit près d’elle, ouvrit sa valise pour prendre une limonade et, remarquant l’air affamé de la vieille dame, il lui offrit un petit gâteau qu’elle accepta avec reconnaissance, en lui souriant. Son sourire était si joli que le garçon voulut le voir encore. Il lui offrit donc une limonade. Elle lui sourit de nouveau. Il était ravi. Ils restèrent ainsi tout l’après-midi à manger et à sourire, sans dire un mot.

À la tombée du jour, le petit garçon, fatigué, se leva pour partir. Au bout de quelques pas à peine, il se retourna, courut vers la vieille dame et la serra dans ses bras. Elle lui fit alors son plus beau sourire.

Lorsqu’il revint à la maison, sa mère, étonnée de son regard joyeux, lui demanda : « Qu’as-tu fait aujourd’hui qui te rend si heureux? »  Il répondit : « J’ai mangé avec le bon Dieu » Et il ajouta : « Tu sais, elle a le plus merveilleux des sourires. »

La vieille dame, rayonnante de joie, retourna aussi chez elle. Son fils, frappé par l’expression paisible de son visage, lui demanda : « Maman, qu’as-tu fait aujourd’hui qui te rend si heureuse? »  Elle répondit : « Je suis allé au parc, et j’ai mangé des gâteaux avec le Bon Dieu » Et elle ajouta : « Tu sais, il est beaucoup plus jeune que je le croyais. »

Le petit garçon et la vieille dame se sont découverts bien différents de ce qu’ils avaient imaginé d’abord l’un de l’autre. Ça rejoint l’évangile que nous venons d’entendre.

Au moment où Jésus gravit la montagne avec ses disciples, les siens ne savent pas encore vraiment qui il est, surtout encore parce qu’il vit dans un contexte de « défiguration ». Les foules, si enthousiastes au début, l’abandonnent; les chefs religieux ne reconnaissent pas en lui le Messie, et complotent pour le faire mourir. Les disciples eux-mêmes ne comprennent plus rien après les annonces de Jésus sur sa Passion et sa résurrection. 

C’est dans ce contexte que Jésus fait voir à ses disciples qui il est vraiment.

 Il est transfiguré devant eux; Pierre, Jacques et Jean voient clairement la vraie identité de Jésus, le « Fils bien-aimé du Père ». Expérience tellement marquante que Pierre écrira dans une de ses lettres : « Nous l’avons vu de nos yeux dans tout son éclat » (2 P 1,16;). 

Nous aussi, comme Jésus nous vivons souvent dans un contexte de « défiguration ». On sait bien comment un manque d’amour peut défaire un visage d’homme ou de femme, comment nos manques d’amour de Dieu et du prochain, défigure nos visages de baptisés, notre vie d’enfants de Dieu, de fils et de filles du Père. 

Le petit garçon et la vieille date ont découvert une beauté secrète dans l’autre. Ça peut vous paraître surprenant, mais il y a aussi une beauté secrète en chacun et chacune de nous. Rappelons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu », et plus encore depuis que nous sommes baptisés, devenus enfants bien-aimés du Père.   On peut dire que le Seigneur transfiguré sur la montagne, nous fait voir la face cachée de notre être profond, la lumière et l’éclat de ce que nous sommes comme fils et de filles de Dieu. Et, en allant encore plus loin, on peut dire qu’il nous fait voir la gloire qui nous est promise et ce que nous serons au moment de notre résurrection.

Encore aujourd’hui, l’évangile nous permet de voir tout un projet de carême!   Quarante jours qui nous sont donnés pour regarder la « face cachée » de notre être créé à « l’image et la ressemblance de Dieu »! Quarante jours pour nous permettre de mieux devenir ce que nous sommes : « des enfants de lumière ». Quarante jours pour « nous refaire une beauté du cœur »! 

Pour aider ses disciples, Jésus a dévoilé son vrai visage. Les médias nous rappellent chaque jour que nous vivons dans un monde « défiguré » par la violence, la guerre, la persécution, la cupidité et l’hypocrisie des hommes. Comme Jésus l’a fait pour ses disciples, et avec son aide, nous pouvons aider notre monde en dévoilant l’image du Christ qui est en nous, en vivant en enfants de lumière, en vivant en frères et sœurs de Celui qui est « la lumière du monde ».

Poursuivons notre prière.