Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 12 février 2012


6e dimanche ordinaire

« Un lépreux vient trouver Jésus.   Si la lèpre se soigne aujourd’hui, c’était une maladie terrible dans le temps de Jésus.  On la considérait comme une maladie contagieuse qui représentait un gros danger pour les autres.  Aussi, il fallait que le lépreux se tienne toujours à une bonne distance des autres. Vous avez remarqué ce que nous disait la 1ière lecture  « Il habitera à l’écart… et il criera « Impur ! Impur ! ».   

En plus, comme on était convaincu que le lépreux était châtié par Dieu parce qu’il avait commis une faute, il fallait l’exclure de la communauté parce qu’il mettait en danger la sainteté des autres.

Exclu de toute relation humaine et de toute consolation religieuse, il ne lui restait qu’à pleurer sur lui-même, comme on pleure sur un mort. C’est bien important de comprendre tout cela si on veut saisir toute la profondeur de l’évangile que nous venons d’entendre.

« Un lépreux vient trouver Jésus. »  Absolument  interdit à l’époque ! Absolument défendu !  Marc note que Jésus jette sur ce malheureux qui désobéit à la loi, un regard de compassion.  « Pris de pitié », dit-il.  Quelle puissance d’accueil chez Jésus ! Rien ne l’arrête, rien ne le dégoûte, rien ne lui fait peur !  Cette puissance d’accueil, Jésus l’a toujours pour nous. Et à son tour, lui aussi pose un geste scandaleux pour les gens de son temps en osant toucher celui qu’il est interdit de toucher en lui disant :  « Je le veux, sois purifié ».

Derrière ces mots et ce geste tout simple de Jésus, il y a comme un abîme, quelque chose d’infini qui nous dépasse complètement. En Jésus, on voit le Bon Dieu fait homme s’approcher d’une chair putréfié et d’un cœur pourri pour y déposer quelque chose de lui-même, de sa divinité, de sa sainteté. On voit que l’humanité de Jésus est porteuse de vie divine.

Cette rencontre entre Jésus et le lépreux, entre Dieu et de l’homme se réalise à travers un geste et une parole : « Jésus parle et touche »  Tous les sacrements que nous célébrons, sacrements qui trouvent en Jésus leur source et leur efficacité,  sont accomplis de la même manière, par une parole et un geste.  Par exemple, le prêtre dit : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » et il verse de l’eau.

 

Quand on s’approche pour communier, on entend : « Voici le corps du Christ » et nous mangerons le pain de l’Eucharistie. Dans tous les sacrements que nous célébrons, le Bon Dieu qui vient nous rencontrer pour nous donner quelque chose de sa divinité, comme Jésus l’a fait avec le lépreux de l’évangile.

Il y a quelque chose de surprenant dans l’évangile.  Au début, Jésus est saisi de pitié, puis il le guérit, puis ensuite il le renvoie en lui donnant un avertissement sévère.  Si on traduisait le texte à la lettre il faudrait dire : « Jésus le rudoyât et le jetât dehors. »  Jésus lui demande de ne rien dire et puis il lui parle de témoignage.  Comment comprendre ?

Rappelons-nous ces cènes de l’évangile où Jésus libère des possédés du démon.  Il fait exactement la même chose que pour le lépreux : il ordonne au démon de se taire et le foute dehors.  En regardant le lépreux, Jésus voit un autre mal qui défigure l’humanité, une autre maladie qui gangrène le cœur humain, la lèpre du péché qui fait que tant de lieux sur la terre  sont de véritables enfers.  C’est contre cette maladie qui nous touche que Jésus vient nous libérer.  C’est bien moins le lépreux que Jésus chicane et bien plus l’œuvre du démon.

Et pour y arriver, il ira jusqu’à s’identifier à notre humanité déchirée : Parlant de lui, le prophète Isaïe disait :  « …méprisé, abandonné de tous, homme des douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne…frappé de Dieu et humilié » (Isaïe 3,3-4).  Jésus se fait semblable au lépreux pour nous libérer jusqu’au plus profond de notre être.

Derrière le récit tout simple de l’évangile, on découvre une extraordinaire Bonne Nouvelle !  Jésus vient encore nous libérer de n’importe laquelle maladie intérieure qui nous ronge, de toute maladie qui gangrène notre cœur.  N’hésitons pas ce matin à faire nôtre la prière du lépreux : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

Et n’oublions pas tous les « lépreux » devant notre porte, tous ceux qui sont humiliés, méprisés, bafoués, maudits. Un jour, Jésus disait à un légiste : « Va et fais de même ». Il nous demande de les regarder comme lui a regardé le lépreux, comme des frères à aimer. 

Poursuivons notre prière.