Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 5 février 2012


5e dimanche ordinaire

Avez-vous déjà essayé de vous mettre dans la peau de votre belle-mère, au moins pour la comprendre un peu mieux?  Aujourd’hui, on va essayer de se mettre dans la peau, pas de votre belle-mère, mais de la belle-mère de Simon guérie par Jésus.

Mettez-vous à sa place un petit peu!  Elle vient tout juste d’apprendre que son gendre n’allait pas  rentrer souvent à la maison,  qu’il avait abandonné sa barque et ses filets sur le bord du lac et qu’il s’était mis à suivre un prédicateur ambulant inconnu.   Elle n’était pas sans se demander ce qui arriverait à sa fille.  On ne le sait pas non plus sinon, sinon par  St Clément qui nous dit qu’elle aurait été conduite au martyre.  On peut comprendre son inquiétude, qu’elle soit en état de choc. C’était déjà assez  pour la rendre malade, au lit avec de la fièvre.

Et puis, Jésus, avec Jacques et Jean, se rend à la maison de Simon et on lui parle de la malade.   Sans dire un mot, il s’approche d’elle, la prend par la main et la fait se lever.  Du coup, sa tempête intérieure s’est apaisée!  Conquise par le jeune prophète, elle se lève, se précipite à la cuisine pour leur servir à boire et à manger,  prête à vider son garde-manger pour ses visiteurs.

L’Évangile ne dit pas tout ça, bien sûr, mais je trouve que c’est une explication qui est bien possible!   Et en méditant là-dessus, je me disais que notre Église ressemble à la belle-mère de Simon.  Elle vit toutes sortes d’insécurités,  de situations difficiles pour les responsables d’Église, les chrétiens et les chrétiennes.   Le faible taux de la pratique religieuse, l’absence des jeunes,  le clergé qui vieillit et qui diminue n’en sont quelques exemples.  C’est assez pour nous donner de la fièvre.

Et par-dessus tout cela, nous avons une mission toujours à découvrir.   Il y a quelques années, Mgr Ebacher nous avait demandé comment, comme communauté chrétienne, on pouvait exercer notre mission, ici et maintenant, à la manière de Jésus? ».

Il en était question dans les textes d’aujourd’hui!  On voyait dans l’Évangile que Jésus commençait sa mission :  il prêche dans la synagogue; il annonce la Bonne Nouvelle en disant que le Royaume de Dieu est tout proche, et il le fait de villages en villages.  Dans la 2e lecture, Paul déclare avoir reçu une mission du Seigneur ressuscité.  « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile. » Nous avons la même mission :  proclamer la Bonne Nouvelle en paroles et en gestes.  

Dans la 1e lecture, Job nous exprimait toute sa souffrance :  « La vie de l’homme est une corvée…,  des journées de manœuvres…, je n’y gagne que du néant…, je ne compte que des nuits de souffrance. »  Et Jésus nous est présenté comme quelqu’un qui vient répondre aux problèmes de Jos.  IL guérit les malades, il délivre du mal.  Marc va jusqu’à dire que toute la ville lui amène tous les malades.  C’est notre mission à nous aussi, de guérir ceux et celles qui sont blessés dans leur cœur, de soulager ceux et celles qui souffrent.

Nous savons bien que Job, Paul et Jésus  étaient des hommes de prière. Ils se rassemblaient avec d’autres dans la synagogue pour prier ensemble. Ils priaient encore dans l’intimité.   Job s’écrie :  « Souviens-toi, Seigneur, ma vie n’est qu’un souffle ».   Marc nous dit que  Jésus se leva le lendemain, bien avant l’aube, et qu’il sortit et alla dans un endroit désert pour prier.  Ça fait partie de notre mission aussi :  prier avec la communauté  le dimanche, et seul dans l’intimité de notre cœur, toujours en ouvrant porte de notre prière pour que personne ne soit oublié.

Des fois, je me dis que notre Église, devant les réalités de notre monde et la grandeur de notre mission, est fiévreuse comme la belle-mère de Simon et que Jésus  fait pour notre Église ce qu’il a fait pour la belle-mère de Simon :  il s’approche d’elle, la prend par la main et la fait se lever.  Je crois  beaucoup que Jésus s’approche de nous dans le travail que nous voulons entreprendre.  Je crois que, sans dire un mot, il nous prend par la main pour nous mettre debout,  pour nous donner le goût de servir avec entrain comme la belle-mère de Simon.  Il faut bien voir que ce n’est pas par le beau côté réussi de nous-mêmes que le Seigneur vient nous chercher, pas dans ce qui fait notre force, mais toujours par la partie blessée, la partie la plus pauvre, la plus faible de nous-mêmes.

On voit bien en Jésus que le bon Dieu n’abandonne pas les humains à leur sort.  2000 ans après il revient toujours, mais à travers nous, pour que les humains ne soient pas abandonnés.  Il revient toujours, mais à travers nous, pour relancer les hommes et les femmes de notre temps dans la foi et dans l’espérance d’un avenir meilleur.

Poursuivons notre prière.