Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 22 janvier 2012


3e dimanche ordinaire

J’ai toujours été fasciné par l’histoire de Jonas. La première lecture nous racontait qu’il est envoyé par Dieu dans une ville païenne, Ninive, pour inviter les gens à se convertir. Mais on n’a pas là toute l’histoire de Jonas.   Au début, il ne veut rien savoir, et au lieu de s’en aller à Ninive, il prend un bateau qui s’en va dans la direction opposée. Et lors du voyage, s’élève une grosse tempête. Et les matelots, certains que Jonas en est la cause, le jettent à l’eau. Vous connaissez l’histoire de la baleine. Finalement, Jonas se retrouve à Ninive pour remplir la mission que Dieu lui a donnée. 

Mais il est certain que les gens de Ninive ne voudront pas l’écouter et même le prendre pour un illuminé, mais c'est le contraire qui se passe. Les gens l’écoutent et se convertissent!  Après la conversion rapide des Ninivites, l’histoire nous raconte que Jonas n’est pas du tout content! Ça ne marche pas comme lui l'avait prévu, mais comme Dieu l’a voulu, et il doit se convertir et comprendre que la volonté de Dieu, c'est le salut de tout être humain.

L’évangile nous disait qu’après l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus partit pour la Galilée reconnue par les juifs pour être une terre païenne, et proclame la Bonne Nouvelle. Il vient pour que le monde de Dieu soit encore plus proche de nous,  pour nous rejoindre et à nous transformer. Si Jonas résistait beaucoup à remplir sa mission, on voit le contraire chez Jésus.  Il est pressé d’accomplir sa mission, de faire la volonté de son Père. 

Voyant des hommes au travail sur le bord du lac, Simon et André en train de jeter leurs filets, Jacques et Jean en train de les préparer, il les appelle en leur disant :  « Venez derrière moi, je ferai de vous des pêcheurs d'hommes » 

On voit bien qu’ils ont pris au sérieux l’appel de Jésus. Mais il ne faut pas s’imaginer pour autant que tout était tellement facile pour eux. N’oublions pas qu’ils ont dû changer de vie, quitter leur famille et leur travail. On le sait: ils se sont chicanés pour avoir de bonnes places; ils ont connu la peur lors de la tempête; ils se

sont enfuis lors de l’arrestation de Jésus; Pierre l’a renié trois fois; ils se cachaient après la mort de Jésus; au début de l’Église,  Pierre s’est fait tirer les oreilles avant d’accueillir les païens.   Ça a été un long cheminement. Ils ont dû se convertir eux aussi, comme Jonas.

D’ailleurs vous avez remarqué dans l’évangile que Jésus ne dit pas : « Aujourd’hui, je fais de vous des pêcheurs d’homme »,  mais « Je ferai de vous des pêcheurs d’homme ». Avant de devenir des apôtres fougueux, les disciples ont vécu avec Jésus qui leur a enseigné qui les a formés, initiés. Il a fait en sorte qu’ils s’attachent à lui de tout leur cœur.

Il me semble que l’histoire de Jonas, le début de la mission de Jésus, l’appel des premiers disciples, ça vient nous poser une question à nous aujourd’hui : comment pouvons-nous être des pêcheurs d’homme dans notre monde et dans notre temps?

Nous aussi, nous sommes invités à prendre au sérieux l’appel de Jésus, à devenir progressivement ses disciples et des messagers d’Évangile. Ça n’a rien de magique, ça ne se fait pas du jour au lendemain;  ça suppose qu’on s’attache  de tout cœur à Jésus, qu’on se convertisse  comme Jonas et les premiers disciples. St Paul nous en donnait un exemple de conversion en nous disant que « ce monde, tel que nous le voyons, est en train de passer. »  Je vois là une invitation à laisser ce qui passe pour nous accrocher à ce qui demeure et à marcher derrière Jésus.

C’est quoi notre mission? Devenir des « pêcheurs d’homme »! À l’époque de Jésus, les juifs considéraient la mer comme un lieu habité par de redoutables puissances de mort et de mal. Devenir des pêcheurs d’homme, ça veut dire les arracher à tout ce qui leur fait mal et les défigure. 

Prenons donc au sérieux l’appel de Jésus, pour dire, dans la terre de Galilée païenne où nous sommes, que le monde de Dieu est tout proche.  

Poursuivons notre prière.