Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 11 décembre 2011


3e dimanche de l'Avent

Il  y a un petit quelque chose de surprenant dans l’Évangile. Des gens de Jérusalem viennent demander à Jean-Baptiste, « Qui es-tu ? » Et il répond d’une manière négative : je ne suis pas le Messie, je ne suis pas Élie, le grand Prophète, ce n’est pas moi. On pourrait dire qu’il ne se prend pas pour un autre. Parfois, on utilise une manière négative pour faire comprendre quelque chose à quelqu’un. S’il nous demande : « Est-ce que c’est ça que tu veux dire? » « Non, ce n’est pas ça ». « Alors, c’est ça !  Non, ce n’est pas ça non plus. »  C’est déjà une façon de nous approcher de la vérité.  

Un jour, une jeune femme était venue me rencontrer parce qu’elle avait de sérieux problèmes de boissons. Elle avait accepté que je lui organise un rendez-vous avec un responsable des AA que je connaissais bien. Après l’avoir rencontrée, celui-ci m’avait dit qu’elle ne pourrait pas sans sortir parce qu’elle n’était pas capable d’admettre qu’elle ne pouvait contrôler son besoin de boire,  pas capable d’admettre ses limites et son besoin d’aide. 

Les spécialistes affirment que de nombreux problèmes personnels viennent presque toujours du fait qu’on a une fausse image de nous,  de fausses attentes, ce qui fait qu’on tombe dans un monde imaginaire qui finit par nous détruire. Il y a quelque chose de libérant à dire ce qu’on n’est pas. Ça veut dire qu’on commence à faire la vérité sur nous et à découvrir qui on est vraiment.

Quand on reconnaît nos limites, qu’on n’est pas parfait, qu’on n’a pas une intelligence supérieure, qu’on n’a pas les talents d’un tel ou d’une telle,  c’est un petit peu comme si on ajustait nos lunettes. On commence à voir qui on est vraiment, et par voie de conséquence, on permet aux autres de prendre leur place. Alors on peut commencer à apporter à notre monde, pas ce qu’on prétend être mais ce que nous avons en propre.

Après avoir dit tout ce qu’il n’est pas, Jean-Baptiste peut dire :   « Moi, je suis une voix qui crie dans le désert ». Après avoir éliminé toutes les fausses images qu’on avait sur lui et celles qu’il aurait pu avoir sur lui-même, il se découvre porteurd’un mystère que le dépasse complètement.



C’est bien ce qu’il nous dit :     « Au milieu de vous se trouve quelqu’un que vous ne connaissez pas, il est quelqu’un dont je ne suis même pas digne de détacher la courroie de sa sandale. »

Quand St-Jean nous dit tout ça dans l’évangile, il veut nous dire quelque chose de notre propre cheminement spirituel. 

Pourquoi trouve-t-on tant de tricheries dans notre monde, les journaux nous en parlent tous les jours? Pourquoi le dopage dans les sports? Pourquoi tous ses curriculum vitae où on tient à dire qu’on est presque le messie? Et la première victime, c’est toujours nous-mêmes. La libération commence quand on réussit à faire la vérité sur nous-mêmes,  quand on arrive à reconnaître ce qu’on n’est pas, quand on ne se prend pas pour quelqu’un d’autre. Et au moment où on se trouve dans le désert de tout ce qu’on n’est pas, il se passe quelque chose de très surprenant ; on découvre ce diamant que nous sommes. Comme Jean-Baptiste, on se découvre porteurs d’un mystère qui nous dépasse totalement, un mystère que la foi chrétienne appelle « l’Esprit du Christ ressuscité ».  « Au milieu de vous se trouve quelqu’un que vous ne connaissez pas, il est quelqu’un dont je ne suis même pas digne de détacher la courroie de sa sandale. »

Depuis très longtemps, on dit du 3e dimanche de l’Avent, qu’il est le dimanche de la joie. Jean-Baptiste, on l’imagine comme un homme violent et austère, pourtant, tout en reconnaissant ce qu’il n’est pas, on voit qu’il est un homme habité par une joie profonde ; c’est un semeur de joie, celui qui vient ouvrir le chemin du bonheur en annonçant le messie. « il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière » nous disait St Jean. Lui aussi pouvait dire, comme Isaïe, « Je tressaille de joie dans le Seigneur» ; lui aussi pouvait dire comme cette humble jeune fille dans un village perdue qui, après avoir accueilli la parole de l’ange, déclare: « J’exulte de joie en Dieu, mon Sauveur. »

Pussions-nous découvrir, pendant notre célébration que, comme Jean, comme Marie, nous portons en nous un diamant, un mystère qui nous dépasse ! Réjouissons-nous et poursuivons notre prière.