Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 18 septembre 2011


Croix de St-Raymond

Qu’est-ce que vous diriez d’une entreprise où les travailleurs à temps partiel gagneraient le même salaire que ceux qui travaillent à plein temps ?  Comment réagiraient les sportifs s’ils voyaient que le dernier de la course avait la même médaille d’or que le premier ?  On trouverait que c’est absurde et pas mal fou !

C’est un peu ce que nous vivons aujourd’hui!   La croix qui était au sommet du clocher de l’Église St-Raymond vient d’être installée sur le parvis de l’église Notre-Dame-de-la-Guadeloupe.  C’est un geste contraire à ce qu’on voit dans notre monde !  On peut penser à tout ce qu’on fait pour retirer les croix, celle de l’Assemblée nationale, de la salle du conseil au Saguenay ou à Montréal.  Réagissant à toutes ces démarches, Stéphane Laporte écrivait dans la Presse : « C’est beau une croix parce que c’est tellement à contre-courant.  Le monde est rempli de symboles de puissance : l’aigle, l’ours, le lion.  Arrive un homme à moitié nu en train de mourir, tellement « loser » et tellement puissant. C’est bouleversant, une croix.  Et rien n’est plus puissant qu’un bouleversement. »

Dans l’évangile, Jésus vient de nous raconter lui aussi une histoire étonnante, celle d’un patron qui adopte une conduite choquante pour les uns et réjouissante pour les autres.

Il s’était entendu avec les premiers ouvriers sur un salaire d’une pièce d’argent pour la journée, ce qui était un juste salaire à l’époque pour une journée de travail.  Il faut donc reconnaître qu’à la fin de la journée, il leur verse une rétribution tout à fait juste et correcte.

Mais tout devient étonnant quand on le voit verser aux derniers le même salaire qu’aux premiers qui réagissent très mal.  Aussi, il dit à l’un de ceux qui étaient choqué : « Vas-tu me regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? »   Ce mot de Jésus nous invite à comprendre que ce qu’il verse aux derniers dépasse la justice pour devenir un don pur et simple.  Le patron a voulu faire preuve de bonté et de générosité envers les derniers ouvriers.       

On voit bien qu’il obéit à deux logiques : la logique de la raison et c’est la justice, et la logique du cœur, et c’est le don.

 

 

 

Vous avez compris, sans doute, que le propriétaire de la vigne, c’est celui que nous appelons le Bon Dieu.  S’il y a quelqu’un qui a laissé parler son cœur, c’est bien lui.  Il nous a donné ce qu’il a de plus précieux, son propre Fils. Rien ne peut dépasser ce geste du cœur.  Rien n’est plus grand !  Jésus nous fait comprendre que le Bon Dieu ne règle pas sa conduite sur une justice purement humaine, heureusement pour nous.  En Jésus, on voit qu’il aime aussi bien les premiers que les derniers ou  les retardataires et les sans mérites.  Pensons, par exemple,  au bon larron, le dernier arrivé d’une certaine manière, et pourtant le premier à entrer dans le Royaume, canonisé par Jésus lui-même.

Je me suis demandé ce que vous verriez  en regardant la croix sur le parvis de l’église ?  Est-ce qu’elle nous fera penser à  tous ces innocents qui subissent des horreurs,  à ceux et celles qui apprennent leur mort prochaine,  à ceux et celles qui vivent des conditions humaines difficiles, à nos croix personnelles qu’on trouve très lourdes souvent.  On a sans doute raison !  Mais encore, faut-il nous rappeler que la croix, c’est aussi le signe d’un amour incroyable, d’un amour qui va jusqu’au bout, jusqu’au don de la vie.  En la regardant,  il me semble que la croix nous invite à réfléchir sur l’amour que nous avons les uns envers les autres et surtout sur l’amour que nous devons avoir les uns pour les autres.

Sommes-nous des ouvriers de la première ou de la dernière heure ?  Qui peut se vanter d’avoir toujours été fidèle ?  Peu importe ! Rappelons-nous, en regardant la croix,  que le Bon Dieu obéit à la logique du cœur, qu’il nous a aimés le premier et qu’il continue toujours de  nous aimer au-delà de ce qu’on peut imaginer.  Laissons-le agir dans nos cœurs,  laissons-le nous apprendre à être rigoureusement juste et gratuitement bons !

Permettez-moi de dire un gros merci à ceux et celles qui ont travaillé sur le projet de la croix de St-Raymond.  Je sais qu’ils ont eu de nombreuses réunions et je pense qu’en regardant ce qu’ils ont fait, on réalise qu’ils y ont mis beaucoup de cœur.  Je tiens à souligner aussi vos belles contributions financières pour la réalisation de ce travail.  Je vois que, dans ce projet-là, vous avez mis votre cœur, vous autres aussi.  Et en le faisant, vous avez rejoint la générosité du propriétaire de la vigne, de notre Dieu, toujours riche en bonté et en miséricorde, le plus riche de tous par son amour envers chacun et chacune de nous, celui qui vient se donner encore à nous, cet après-midi,  dans l’Eucharistie. 

Poursuivons notre prière.