Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 11 septembre 2011


24e dimanche ordinaire

Pas une petite affaire, le pardon! On se chicane pour une clôture.  Des années d’amitiés ruinées pour un arbre coupé! Des deuils se terminent en affrontement pour une affaire d’héritage.  Toute sorte de griefs qui se terminent souvent par la colère, la vengeance,  par la guerre. Pas une petite affaire le pardon! Pensons aux parents qui ont vu leur enfant violé ou assassiné, à ceux qui sont abandonnés par leurs enfants, aux conjoints bafoués dans leur amour.  Ce n’est pas pour rien qu’on entend dire qu’il  y a des choses qu’on ne peut pas oublier, qui sont impardonnables. 

Pas une petite affaire, le pardon! On le trouve dans la seule prière que Jésus nous a enseignée : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »  «Comme nous pardonnons… » C’est embêtant! Le Bon Dieu fait dépendre son pardon du pardon qu’on donne.  Alors, si on n’arrive pas à pardonner, Dieu nous pardonnera-t-il?  La parabole de Jésus vient nous éclairer.

Jésus nous parle d’un serviteur qui doit au roi une somme phénoménale : dix mille talents.  Avec cette somme, il pouvait faire vivre une famille pendant 82 000 ans.  Et on voit le roi lui remettre sa dette sans aucune condition, juste parce que le serviteur lui a demandé un délai.  Ce n’était pas un fou le roi;  il savait bien que le serviteur ne pourrait jamais rembourser une dette pareille.

Vous avez bien compris que le roi, c’était Dieu! On voit bien que ce n’est pas le genre à faire toute sorte de calculs « Je te donne ça, tu me donnes ça en retour » comme nous le faisons la plupart du temps.   Comme le serviteur, nous avons tout reçu du Bon Dieu qui nous a remis en Jésus une dette énorme, une dette qu’on ne pourra jamais rembourser.  Et pourtant, il ne cesse de nous aimer!

Et on voit ce serviteur qui a bénéficié d’une largesse incroyable du roi refuser à son tour de remettre une somme ridicule à un de ses compagnons.  Il n’arrive pas à pardonner comme il lui a été pardonné.

Pas une petite affaire, le pardon!   Pierre demande à Jésus : « Combien de fois dois-je pardonner, jusqu’à sept fois? » Quand il dit sept fois, Pierre est déjà très généreux parce que, dans son temps, on devait pardonner jusqu’à trois fois maximum.   La réponse de Jésus est claire, « jusqu’à 77 fois 7 fois », le chiffre étant déjà un symbole d’absolu, Jésus affirme qu’il  n’y a pas de limites au pardon, comme il n’y a pas de limites en Dieu.  Lui-même Jésus a vécu ce qu’il dit.  Au pire moment de son échec, de sa déception, de sa souffrance, sur la croix,  Il crie : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

 

On peut penser que c’est utopique des pardons semblables, impossibles, que ça n’existe pas, et pourtant, ça existe.  Qu’on pense au nouveau responsable de Taizé  qui offre publiquement le pardon de Dieu à celui qui a tué son prédécesseur,  au fameux pardon de Jean-Paul II à celui qui avait tenté de l’assassiner, aux moines de Thibérine pardonnant à leurs bourreaux.»  

À la fin de la guerre, dans un camp de concentration, un soldat américain a trouvé sur un bout de papier la prière d'un juif qui avait été exterminé. "Seigneur, lorsque tu viendras dans ta gloire, ne te souviens pas seulement des hommes et des femmes de bonne volonté. Souviens-toi également des personnes de mauvaise volonté. Mais ne te souviens pas alors de leurs cruautés et de leur violence. Souviens-toi de la patience, du courage, de la camaraderie, de la grandeur d'âme, de la fidélité qu'ils ont recueillie en nous. Et fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient un jour, leur rédemption."

On juge parfois qu’il y a des choses impardonnables! Ce n’est pas vrai pour Jésus qui pardonne toujours, même et surtout dans les pires moments !  Tout est pardonnable pour lui, mais il reconnaît bien qu’il y a des pardons impossibles.

Pensons aux chefs juifs qui ont refusé le pardon de Jésus,  à Judas qui est le visage du pardon impossible.  Nous en sommes au 10e anniversaire des attentats du 11 septembre au World Trade Center :  4000 victimes plongées dans l’horreur, des visages de parents, de frères , de sœurs et d’amis en pleine souffrance.  Pardon impossible parce qu’il ne peut être reçu! C’est dans ce sens qu’on comprend l’extrême sévérité du roi envers le serviteur qui ne réussit pas à pardonner à son tour.

 « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »  Chaque fois que nous le disons, supplions le Seigneur de nous aider à prendre conscience que nous sommes pardonnés et pas à peu près.  Demandons-lui la grâce de découvrir la grandeur de son pardon pour être capables de pardonner à notre tour. C’est seulement quand nous aurons pris conscience de la profondeur de ce pardon qu’on pourra trouver la force de pardonner à notre tour.

On n’aura jamais fini d’apprendre le pardon reçu et le pardon à donner.  C’est un immense cadeau qu’on peut apporter au monde qui ne s’en sortira jamais s’il continue de s’enfoncer dans la violence, dans les représailles, les contre-représailles de toute sorte. Ce n’est pas une petite affaire le pardon!  

Poursuivons notre prière.