Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 23 janvier 2011


3e dimanche ordinaire

« Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée et vient habiter Capharnaüm.»  On se rappelle qu’Hérode jette Jean en prison parce qu’il n’aimait pas qu’on lui fasse la morale.   Et quand Jésus apprend la nouvelle, il se retire en Galilée.  On pourrait bien penser que Jésus a peur qu’il lui arrive la même chose,  surtout que Marie et Joseph  avaient dû lui raconter comment ils avaient fui en Égypte lors de sa naissance et comment Hérode avait ordonné le massacre des saints innocents qui s’ensuivit.

Je ne pense pas que c’est ce que Matthieu veut nous dire.  Au contraire, il veut nous faire comprendre qu’au moment où Jean-Baptiste ne peut plus parler aux foules, c’est Jésus qui prend la Parole.  Et il veut nous faire saisir comment Jésus est différent de son cousin.

Alors que Jean-Baptiste s’était retiré dans le désert, Jésus, lui, s’en va habiter dans les territoires de Zabulon et Nephtalie.  Jean-Baptiste attendait que les gens viennent vers lui.  Jésus, au contraire, s’en va vers les autres.

Je viens de dire « dans les territoires de Zabulon et Nephtalie. »  Il faut savoir que c’est un territoire qui avait été dévasté par les terribles armées assyriennes.  On peut comprendre que les gens qui habitaient là avaient senti bien plus que les autres le besoin du Libérateur promis. En plus, c’est un territoire qui est loin d’avoir une bonne réputation.  On le qualifie de « Couvert de honte », « Carrefour des païens »,  « Galilée des Nations »,  « peuple qui marchait dans les ténèbres. » Tout ça fait que c’était un territoire propice à la Parole libératrice de Jésus.

Plus précisément encore, Jésus va habiter dans la ville de Capharnaüm,  une ville bien spéciale.  Des caravanes y arrivent tous les jours pour faire du commerce, ce qui fait que c’était une ville cosmopolite habitée autant par les païens que par les Juifs.   Matthieu nous faite comprendre que Jésus s’en va porter la Bonne Nouvelle à toute sorte de monde.  Prophète de lumière, il vient spontanément pour éclairer « le pays de l’ombre. » Jésus s’en va habiter avec ceux et celles qui sont les plus loin de Dieu. C’est révélateur!

Il me semble que cette façon d’agir de Jésus vient nous poser une immense question. Cherchons-nous, comme Jésus, à aller vers les autres, dans les milieux où ils vivent?  C’est ce qu’on fait Saint François et Saint Dominique qui, comme Jésus,  ont cherché à rejoindre les gens où ils étaient pour leur annoncer l’évangile dans leur culture. 



Matthieu nous fait voir en Jésus un autre grand changement!  On voit, avec Jésus, que l’amour de Dieu n’est plus le privilège d’un seul peuple,  mais qu’il est ouvert à toutes les nations, à tous les hommes, peu importe leur religion ou leur culture.  La ville de Capharnaüm est une belle image de notre monde avec son mélange de races, de religions, avec ses rivalités, ses luttes, ses lumières et ses ombres.  

Le Royaume de Jésus n’a pas de frontières.  En s’en allant dans la ville de Capharnaüm, Jésus manifeste bien son intention de rejoindre tout homme quelle que soit sa religion ou sa culture.  Il y a une invitation pour nous là-dedans.  parce que son Royaume n’a pas de frontières.  La façon de faire de Jésus nous appelle, nous aussi, à vaincre les frontières humaines, sociales, culturelles, ou autres, pour témoigner de l’amour inconditionnel du Christ Sauveur.

C’est là, je pense qu’on peut comprendre les mots de Jésus :  « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est proche », parle que Jean-Baptiste avait lui-même proclamée.  Il ne faut pas s’en cacher, spontanément et naturellement,  on est bien plus centrés sur nous-mêmes que tournés vers Dieu ou vers les autres.  Une parole qui est toujours d’une grande actualité.   Nous avons toujours besoin de nous convertir, c'est-à-dire de laisser guider par la Parole de Dieu, de changer nos cœurs pour qu’ils ressemblent un peu plus à celui de Jésus, de transformer nos manières d’agir pour qu’elles ressemblent aux siennes.

Il me semble que la plus grande conversion à laquelle Jésus nous invite aujourd’hui, c’est de participer à l’évangélisation de notre monde, de nos milieux. Vous avez remarqué la fin de l’évangile!  Jésus s’adresse à Simon et à André, à Jacques et à Jean, et il leur dit : « Venez derrière moi…. » Il nous dit la même chose : « Venez derrière moi. »  Il fait appel à notre collaboration pour faire entendre à tous son message,  pour porter sa lumière.

Au cours de notre célébration, demandons au Seigneur de nous rendre généreux et disponibles comme les premiers disciples pour inviter les hommes et les femmes de notre temps à venir vers lui.   Prions-le de nous donner d’être, dans notre monde, des messagers de paix, des porteurs de lumière et de son amour pour tous les hommes.  Seigneur Jésus, fais de nous des sauveurs avec Toi!