Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 26 décembre 2010


Fête de la Sainte Famille

 

La Sainte Famille, on la considère comme une famille merveilleuse, extraordinaire : un couple qui s’aime avec tendresse,  un enfant unique sage comme une image,  une famille où règne l’amour.  On pourrait bien se dire : « C’est bien trop beau pour nous autres… une famille impossible à imiter.   Il ne faut pas conclure trop vite!  Rappelons-nous d’abord ce que cette famille a vécu.

Rappelons-nous comment Marie ne comprenait pas trop bien le message de l’ange!  « Comment cela peut-il se faire puisque je suis vierge? » 

Rappelons-nous comment Joseph est bouleversé quand il apprend que sa fiancée est enceinte et comment il avait même formé le projet de la répudier en secret.

Rappelons-nous comment Jésus est né au cours d’un voyage obligé, comment la petite famille a dû fuir en Égypte à cause d’Hérode qui voulait faire périr l’enfant.

Rappelons-nous l’inquiétude des jeunes parents quand,  après trois jours de marche, se rendent compte que Jésus n’est pas avec eux!  Ils doivent retourner à Jérusalem pour trouver leur jeune fils de 12 ans,  assis au milieu des docteurs de la loi.  Ils n’arrivent pas à comprendre Jésus quand il leur dit qu’il doit d’être aux affaires de son Père.

La famille de Jésus n’avait pas la vie facile, mais elle était attentive à la Parole de Dieu.  Quand Joseph doute, Dieu intervient pour qu’il prenne chez lui son épouse. Quand Marie ne comprend pas,  l’Esprit Saint lui donne de retenir ces événements et des les méditer dans son cœur.  Quand Jésus est recherché par la police d’Hérode,  Dieu intervient encore pour avertir Joseph de fuir en Égypte.  Marie et Joseph sont pris d’inquiétude devant la disparition de leur fils,  mais ils voient en  même temps que leur enfant « grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes… »

Pourquoi la Sainte Famille était-elle une sainte famille? Parce que Marie, Joseph et Jésus, tout au long de leur vie, ont laissé la Parole de Dieu habitée en eux.  Il n’y a pas d’autres secrets pour devenir des saints, pour que nos familles soient saintes.   Je pense que la fête d’aujourd’hui vient simplement nous dire que, pour bien réussir notre famille, il faut d’abord inviter le Bon Dieu chez nous, dans notre maison.

On vient tout juste de célébrer la fête de Noël, une fête entourée de merveilleux!  Et, à cause de cela, on pourrait facilement penser que, pour devenir des saints, il faut nous aussi vivre des choses merveilleuses, des événements extraordinaires.  Madeleine Delbrel, une poétesse française écrivait ceci :


« Il y a des gens que Dieu met à part.  Et il y en a d’autres qu’il laisse au milieu du monde.  Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ordinaire ou sont célibataires ordinaires.  Des gens qui ont des maladies ordinaires, des deuils comme tout le monde.  Des gens qui ont une maison ordinaire, des vêtements ordinaires.  Ce sont des gens de la vie ordinaire.  Des gens que l’on rencontre n’importe où et dans n’importe quel lieu.  Nous autres, gens bien ordinaires,  nous croyons de toutes nos forces que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté. »

Il y a un deuxième message dans l’évangile que je ne veux pas passer sous silence!  Joseph doit fuir en Égypte avec sa famille parce que l’enfant qui venait de naître était en danger.  On peut deviner tout le souci, toute la peine de Joseph, l’énergie et l’ingéniosité qu’il a dû déployer pour fuir le persécuteur, pour trouver un abri, gagner la vie d’une famille en exil.  Ce n’était sûrement pas facile!

Dans ce contexte, comment ne pas penser, aujourd’hui, à tous ces enfants menacés?  On dit qu’à travers le monde, il y aurait 74 millions d’enfants qui sont victimes de mutilations sexuelles;  que 40 000 enfants meurent chaque jour de malnutrition et d’infections.   Des enfants sont constamment menacés par la guerre, par la maltraitance ou la violence; ou encore, menacés par l’indifférence, le manque de soins, le manque d’affection, le manque d’amour.  En nous révélant la grandeur et la fragilité de l’Enfant Jésus,  il me semble que la fête d’aujourd’hui nous invite à nous soucier de chaque enfant pour qu’ils puissent grandir sans danger et s’épanouir dans la joie. On peut certainement les porter tous dans notre prière aujourd’hui, et, si jamais on a la chance de le faire,  de nous impliquer en posant des gestes bien concrets.

Des fois, il y a des gens parmi vous qui me disent : « Je me sens tellement bien à l’église! »    Comme pasteur, je rêve toujours que nos communautés chrétiennes forment de belles familles, des familles de Dieu.  Il y a un texte de l’écriture qui dit : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi ».  Dieu, à travers Jésus,  nous appelle à former une belle famille,  Sa famille,   une famille composée de personnes qui veillent les unes sur les autres.  Prions pour notre communauté,   pour que l’amour grandisse toujours plus chez nous,  pas n’importe lequel amour, mais l’amour que Dieu seul peut enseigner et nous donner. 

 

Poursuivons notre prière.