Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 5 décembre 2010


Avent – 2e dimanche

 

J’aime beaucoup la 1re lecture! On sent que le prophète parle avec son cœur et qu’il est rempli d’une double espérance.

La première chose qu’il a à cœur, c’est l’arrivée d’un descendant de David qui ne ressemblera pas du tout aux rois qu’il connaît. « Sur lui reposera l’esprit du Seigneur :   esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur ».   Pour le prophète, c’est ce descendant qui nous permettra de retrouver notre image première, toute notre ressemblance avec Dieu comme c’était au moment de la création.

Ce descendant de David, on le connaît très bien! C’est celui que nous allons célébrer à Noël, Jésus, qui nous permet de renaître à neuf.   Le prophète annonçait que l’Esprit du Seigneur reposerait sur lui et Jean-Baptiste ajoute « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu », c'est-à-dire dans le feu de son amour. On peut dire que Jésus a inauguré le temps annoncé par le prophète, le temps de l’Esprit, le temps de l’espérance, notre temps.

La deuxième chose que le prophète a à cœur, c’est un nouveau monde. Ce qu’il voit dans son pays, c’est la corruption générale et les menaces de guerre avec les Assyriens qui vont finir par l’envahir. Et il se met à rêver d’un temps d’harmonie et de paix, de partage entre tous les êtres vivants, d’un monde où il ne se ferait ni mal ni destruction, un vrai paradis. En regardant tout cela, on pourrait bien se dire que le prophète rêve en couleurs, pourtant il nous fait comprendre que son rêve, c’est surtout le rêve de Dieu.

Il voit bien tous les obstacles qui empêchent le rêve de Dieu de se réaliser.   St Paul constatait la même chose dans son temps. Il parlait de la division au niveau de la pensée et des cœurs, de jalousie dans les services à la communauté. On constate la même chose encore aujourd’hui, toute sorte d’obstacles qui empêchent le rêve de Dieu de se réaliser : les guerres, les luttes de toute sorte, la violence, la recherche difficile de la paix, les scandales de pédophilie, les corruptions appréhendées et on pourrait continuer d’en faire toute une liste.

 N’empêche que le rêve d’Isaïe, le rêve de Dieu, nous le portons nous aussi dans notre cœur. Nous aussi, nous rêvons d’un monde meilleur, d’un monde de paix, d’un monde où l’amour régnera en roi. Et ce rêve de Dieu qui est aussi notre rêve, il nous appartient de commencer à le rendre présent. Je ne dis pas que c’est facile, mais on peut continuer d’espérer. Remarquez ce que St-Paul disait aux Romains :  

 

 

 

« Tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture »   Il me semble que Jean-Baptiste va dans le même sens quand il nous dit :  « Lui, vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu », dans le feu de son amour.

Ce rêve de Dieu peut dormir en nous et il nous appartient de le réveiller. Je pense que c’est comme ça qu’il faut comprendre le rude appel crié par Jean-Baptiste  « Convertissez-vous! ». La réalisation du rêve de Dieu, ça ne commence pas d’abord par les autres, ça commence par chacun et chacune de nous. Le temps de l’Esprit, notre temps, c’est toujours le temps de changer notre cœur, de le retourner vers Dieu et vers les autres. 

Pourquoi ce ne serait-ce pas le temps de transformer notre regard sur les autres, en allant plus loin que les apparences, en apprenant à les regarder avec les yeux du cœur?  Pourquoi ce ne serait-ce pas le temps de changer notre façon de les écouter pour que notre écoute devienne attentive et bienveillante au-delà de toutes les rumeurs et de tous les préjugés.

Pourquoi ce ne serait-ce pas le temps de laisser l’Esprit de Jésus nous envahir

·        pour que les loups que nous pouvons être les uns pour les autres, apprennent à habiter avec les agneaux…

·        pour que les léopards puissants et dominateurs que nous pouvons être les uns pour les autres apprennent à dormir près des chevreaux…

·        pour que le petit enfant qui dort toujours en nous apprenne à marcher sans que le plus fort ne s’attaque au plus faible…

St-Paul, en d’autres mots, nous disait la même chose tantôt :  « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ nous a accueillis pour la gloire de Dieu. » Je pense qu’on peut voir là le plus beau signe d’un royaume qui est déjà là et toujours à construire.

Le temps de l’Esprit, notre temps, c’est le temps de la paix à construire, le temps de la réconciliation, le temps de la cohabitation du fort et du faible, du rusé et du simple. C’est le temps de l’apprentissage de l’accueil, surtout du faible, du pauvre, du petit, comme notre Dieu que le psaume décrivait tantôt en disant :  « Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. »  Petite phrase à retenir et à méditer en ce jour de la guignolée.

Poursuivons notre prière.