Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 27 juin 2010


13e dimanche ordinaire

Quand j’entends un psalmiste nous chanter le psaume le dimanche,  ça vient toujours me réchauffer le cœur un petit peu plus, et c’est particulièrement vrai aujourd’hui.  C’est tout un témoignage que nous avons dans ce psaume.  Le psalmiste vient nous dire qu’il a choisi Dieu comme son seul Seigneur et que, à cause de son choix, il connaîtra le bonheur pour l’éternité.  Si l’Église nous le fait lire,  c’est parce qu’on se retrouve dans cette foi et cette espérance.

On n’a pas le texte du psaume au complet dans la liturgie.  Par exemple, on a omis le verset 3 qui nous dit : « Les dieux de cette terre ne sont que fumier.  Je ne verserai pas de sang en leur honneur. On ne m’entendra pas prononcer leurs noms. »  Ça nous fait comprendre que le psalmiste vit dans un monde païen qui va jusqu’à immoler des enfants au dieu Moloch, et un monde rempli d’idoles de toutes sortes. Sans doute que c’est difficile pour lui de vivre dans un monde pareil.  Il est troublé par la réussite et la prospérité des païens.  Il lui faut bien du courage pour aller à contre-courant de ce monde dans lequel il se trouve. 

Bien sûr, il se pose bien des questions et il demande à Dieu la lumière sur le sens de son existence mais il a conscience d’avoir choisi la meilleure part et il bénit le Seigneur qui le conseille. Son choix en faveur de la religion, d’être croyant et pratiquant, est loin d’être un poids ou une obligation pesante.  Au contraire, c’est son bonheur :  « Mon cœur exulte, mon âme est en fête »,  « Je n’ai pas d’autre bonheur que toi », « devant ta face, débordement de joie, à ta droite éternité de délices ». 

En résumé, on peut dire qu’il donne le témoignage d’une belle vie d’intimité avec son Dieu.

On dirait qu’il n’y a rien de changé depuis ce temps-là!  Aujourd’hui, nous vivons dans un monde qui ressemble à celui du psalmiste, un monde païen, matérialiste, et rempli d’idoles, des idoles qu’on connaît : l’argent, l’auto, le sexe, le pouvoir, le plaisir, l’indépendance totale. Et nous-mêmes, on n’y échappe pas beaucoup ; on s’accommode d’un peu de foi, d’un peu de religion, d’un peu de matérialisme et d’un peu d’idoles. 

Nous aussi, nous sommes troublés devant tout ce qui se passe autour de nous et nous nous posons bien des questions.  Ce n’est pas évident de vivre comme des croyants dans notre monde.  Il faut bien du courage pour aller à contre-courant. 

Aussi, comme le psalmiste, nous pouvons toujours demander à celui qui est notre lumière de nous éclairer sur le sens de notre existence et de notre vie.

Je disais tantôt que le psalmiste nous donne un beau témoignage de sa vie d’intimité avec Dieu.  J’imagine Jésus quand il se retirait à l’écart pour prier. Jésus connaissait tous les psaumes.  Celui d’aujourd’hui a dû avoir des résonances très particulières en lui, surtout peut-être au moment où il s’approchait de sa mort et de sa résurrection.  Il a dû se reconnaître dans ces phrases du psaume qui nous disent :  « Tu ne peux laisser ton ami voir la corruption », « à ta droite, éternité de délices. »

Il me semble que, et le psalmiste et Jésus, nous encourage à entrer dans cette intimité de Dieu.  Comment y parvenir?  En nous appuyant sur une certitude mille fois répétée que Dieu nous aime et qu’il nous aime d’amour.  En laissant venir cet amour en nous, on ne peut que répondre par le même amour.  J’ajouterais que ce psaume nous invite à découvrir le langage des amoureux avec notre Dieu.

Le message de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui  peut nous apparaître comme des plus exigeants.  On a vraiment l’impression que Jésus jette tout par terre, qu’il décourage ceux et celles qui veulent le suivre.  Mais c’est là le langage de l’intimité et de l’amour.  On le sait par expérience!  L’amour, c’est ce qu’il y a de plus fondamental dans notre vie, mais c’est en même temps ce qu’il y a de plus exigeant et de plus difficile à vivre.

Il y a un futur marié qui, en préparant son mariage,  disait à un prêtre :  « Je n’aurais jamais pensé que se mettre à aimer, ça puisse autant faire souffrir. »  Il avait compris d’expérience qu’aimer, c’est faire passer l’autre avant soi-même, le respecter dans sa différence, vouloir son bonheur avant le sien.  Pourtant il disait tout cela avec un merveilleux sourire qui illuminait son visage. L’amour, c’est la seule réalité qui peut nous permettre de ne pas considérer la religion comme un paquet d’exigences ou un poids très lourd à porter.

 Jésus nous invite toujours à le suivre,  à être avec lui, à apprendre à aimer.  Ce n’est jamais fini.  Il nous provoque à aller toujours plus loin, à choisir la vie qu’il nous donne parce que cette vie n’a pas de limite. Le psalmiste disait : « Tu ne peux laisser ton ami voir la corruption ».  C’est vrai pour nous aussi.  Nous marchons vers la résurrection, vers ce moment que le psalmiste décrit en disant : « Devant ta face, débordement de joie, à la droite, éternité de délices.

Poursuivons notre prière.