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Au grand séminaire,
on avait un confrère qui parlait souvent tout seul dans sa
chambre. Un jour,
un séminariste alla frapper à sa porte pour lui dire :
« Ulysse, tu parles tout seul. » Bien
sûr, il a protesté de toutes ses forces! Mais aussitôt
qu’il referma sa porte, le séminariste l’entendit dire :
« Ils sont terribles, ils s’en viennent me dire que je
parle tout seul! »
On peut dire
la même chose de Simon, le pharisien.
Il ne prend pas la parole, mais il avait sans doute un
langage corporel qui traduisait sa pensée.
Il protestait par en-dedans.
« Ça lui paraissait dans la face »
qu’il méprisait cette femme qui lavait les pieds de Jésus
qui ne manque pas sa chance de lui donner et de nous donner à
nous aussi un bel enseignement.
« Simon,
j’ai quelque chose à te dire ».
Ce n’est pas la phrase la plus importante de l’évangile,
mais j’ai le goût qu’on
s’y arrête un peu. Quand
j’étais jeune, le curé chez nous avait un perroquet.
Ça nous fascinait : il imitait
le rire du curé à la perfection; il connaissait le nom de la
ménagère « Monique » et, parfois, il
passait en revue tout le répertoire de ses intonations :
« Monique »,
« Monique »,
« Monique ».
On peut se demander quel ton Jésus a pris pour dire
« Simon, j’ai quelque chose à te dire ». A-t-il
dit : (sévère) : « Simon, j’ai quelque chose à
te dire » ou (Affectueux)
« Simon, j’ai quelque chose à te dire. »
Je ne pense
pas que Jésus a pris un ton sévère; il n’y a rien qui le
laisse supposer dans l’évangile.
Mais, comme Simon se parle intérieurement, Jésus
veut lui aider à poursuivre sa réflexion en lui racontant l’histoire
d’un maître qui remet leurs dettes à deux débiteurs en
terminant par une question :
« Lequel des deux l’aimera davantage? »
On voit que Simon a réfléchi parce qu’il donne une
réponse juste à Jésus. Toujours
sur le même ton affectueux, Jésus fait un parallèle
entre Simon qui a manqué à son devoir d’hospitalité et
les gestes de la femme pécheresse.
Il nous
arrive sans doute parfois de ressembler à Simon et de porter,
intérieurement, sur
les autres des jugements sévères.
Simon arrête son regard, comme nous le faisons, seulement
sur ce qui se voit. Pour
lui, cette femme n’est qu’une pécheresse et si Jésus était
vraiment un prophète, il devrait savoir, mieux que
n’importe qui, qui est cette femme à ses pieds.
Il ressemble au
fils aîné dans la parabole de l’enfant prodigue qui, non
seulement ne reconnaît plus son père, mais qui voit dans le
plus jeune, non pas un frère, mais un débauché.
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Comme il
l’a fait pour Simon, Jésus continue toujours de nous
donner sa Parole pour nous inviter à poursuivre notre réflexion
de telle sorte qu’on apprenne
à changer notre regard sur les autres.
Contrairement
à ce que pense Simon, Jésus se
révèle comme un vrai prophète. C’est certain qu’il
connaît cette femme! Il
n’est pas sans savoir que le parfum très précieux dont
elle se sert a été acquis par des gestes immoraux.
Mais, en regardant la
femme et les gestes qu’elle pose, il voit tout ce qui se
passe dans son cœur.
Si elle pleure, c’est qu’elle est malheureuse et
qu’elle regrette son passé.
Si elle mouille ses pieds de ses larmes et les essuie
de ses cheveux, si
elle les embrasse et y verse du parfum, c’est pour
manifester son grand amour.
Il n’en faut pas plus pour Jésus : il lui
pardonne! Simon
et ses invités enfermaient la femme dans son passé!
Jésus, lui, lui
ouvre un avenir en lui permettant de vivre le meilleur
d’elle-même et de faire la preuve de sa capacité
d’aimer.
Dans le récit
des apparitions à Bernadette, Marie lui demande
d’aller gratter le sol au fond d’une grotte où
on conduisait les cochons,
une grotte sale et obscure. Tout
un contraste! Marie,
la femme sans péché, l’Immaculée et cette grotte sale
et obscure. Nous
sommes devant la même scène aujourd’hui : Jésus,
le fils de Dieu incarné, Jésus sans péché, et une pécheresse,
symbole de nos misères à nous.
Jésus, on le voit encore dans l’évangile, c’est
Dieu qui vient nous rejoindre au cœur de nos misères et de
nos causes perdues.
Jésus nous
regarde comme il a regardé la femme pécheresse.
Il ne s’embarrasse pour trop de nos faiblesses,
petites ou grandes, et contemple bien plus notre capacité
d’aimer. Plus
nous cherchons à aimer, plus nous lui ressemblons. Et plus
nous lui ressemblons, plus nous sommes en mesure de regarder
les autres dans leur capacité d’aimer. Et plus nous
apprenons à nous regarder dans notre capacité d’aimer,
plus nous devenons, comme Jésus, des êtres de pardon,
capables de nous pardonner à nous-mêmes autant qu’aux
autres et d’aller en paix dans le monde que nous habitons.
Le Seigneur
sait combien il y a d’ombre en nous, et il voit notre
capacité d’aimer. Demandons-lui de venir nous aider en
nous permettant de mieux voir cette force d’amour qui est
en nous et en nous permettant de la mettre en œuvre dans le
quotidien de nos vies.
Poursuivons
notre prière.
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