Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 9 mai 2010


6e Dimanche de Pâques

« Décider! »  Un mot qui revient quatre(4) fois dans la 1e lecture! « On décida que Paul et Barnabé... monteraient à Jérusalem ».  « Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l'Église ». « Nous avons décidé à l'unanimité... » « L'Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé... »

Dans une paroisse comme la nôtre, nous avons constamment des décisions à prendre.  Le conseil de fabrique doit prendre des décisions administratives et financières; l’équipe pastorale doit décider des meilleures orientations pastorales  les équipes locales doivent faire de même; les comités de liturgie aussi!  Vendredi, je recevais un courriel d’un comité de liturgie disant « Nous savons que vous avez de grandes décisions à prendre au sujet des horaires de messes… » 

 

Je me permets de vous partager une de mes grandes préoccupations actuelles.

Serons-nous capables de maintenir la cadence de nos célébrations dominicales pendant longtemps encore.  Aux mois de juin, juillet et août, nous seront deux prêtres pour assumer 5 célébrations en fin de semaine, mis à part les mariages et les funérailles et les baptêmes.  À partir du mois de septembre, nous seront trois pour assumer 7 célébrations en fin de semaine, pas juste une fin de semaine mais toutes les fins de semaine.  Pour résoudre le problème, on me dit qu’il faut faire appel à des vicaires dominicaux.  J’ai téléphoné au vicaire général cette semaine : aucun prêtre disponible sur la liste du diocèse pour du service dominical.  Quand on réussit à en trouver un, on le critique sévèrement parce qu’il ne répond pas à nos attentes.  Pas facile de prendre des décisions, mais il faudra bien en prendre une un jour.

C’est vrai aussi dans notre vie personnelle : prendre une responsabilité dans notre communauté : devenir membre du comité Partage, nous impliquer dans un groupe de préparation,  faire baptiser ou non son enfant, se marier à l'église ou pas, entreprendre un cheminement, consulter sur un problème que nous avons.  Toujours un ensemble de décisions qui prennent mille et une couleurs!

Ce n’est pas toujours évident!  On est toujours surpris quand c'est la grand-mère qui appelle pour le baptême de son petit-fils,  quand des parents nous disent que la première communion, c’est bien moins leur affaire et bien plus celle  du petit, quand des fiancés nous disent qu'ils veulent se marier à l'église parce que c'est plus beau!

Prendre des décisions dans nos vies, c’est une affaire de tous les jours. Parfois, c’est facile, d’autres fois, particulièrement pénible.  Les textes d'aujourd'hui viennent nous éclairer sur la façon de prendre des décisions en Église.

La première chose qu’ils nous disent, c’est qu’il y avait un conflit et que ça a provoqué de graves discussions.Ça veut dire qu’on ne s’est pas caché les

 

problèmes et qu’on s’est parlé franchement pour les régler, qu’on avait la préoccupation de trouver des solutions qui conviennent à tout le monde, qu’on a dialogué, échangé. On pourrait dire que cette manière de prendre des décisions implique le respect de la fraternité ou de la communion fraternelle dont je vous parlais dimanche dernier.

La deuxième orientation que je trouve absolument majeure ou primordiale, on la trouve dans une petite phrase qui peut nous apparaître nébuleuse ou mystérieuse qui nous dit: "l'Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé...".  Vous vous rappelez que Jésus avait dit aux apôtres :  « L’Esprit vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »  Qu'est-ce que ça veut dire? 

La recherche de la vérité, pour des gens de foi, pour ceux qui sont habités par l'Esprit-Saint depuis leur baptême, ce n'est pas seulement faire un inventaire des meilleures idées possibles,  mais c'est, dans une situation concrète, chercher une manière d'aimer et de vivre à la manière de Jésus. C’est chercher à nous enraciner dans une histoire qui comporte des valeurs évangéliques; c’est chercher à actualiser l’évangile dans l’aujourd’hui de nos vies; c’est chercher à être créatif à partir des comportements lumineux de Jésus.  Ça veut dire demeurer ouvert et attentif à l’action de l’Esprit qui agit dans les profondeurs des personnes.

Et puis, prendre de bonnes décisions en Église, ça ne veut pas dire revenir en arrière, reprendre ce qu’on faisait autrefois parce qu’on aimait ça et qu’on regrette beaucoup. C’était les cas des Judéens qui se chicanaient avec Paul et Barnabé; ils voulaient revenir en arrière, respecter leur tradition. Très tôt, les apôtres qui étaient tous des juifs ont compris qu’il fallait dépasser la tradition juive et abandonner des attitudes qui étaient très ancrées en eux, mais ils n’ont pas eu peur « d’avancer au large ».  Des fois, il y a des gens qui me disent : « comment ça se fait que tu ne changes jamais de paroisse comme d’autres? ».  Je leur réponds « Ce n’est pas nécessaire, c’est la paroisse qui change. » On est en perpétuel changement dans notre Église et dans notre monde.  C’est vrai, on est toujours en changement et la Parole de Dieu vient nous rejoindre dans toutes sortes de circonstances et d’événements nouveaux. C’est à nous d’inventer, avec la lumière de l’Esprit et en Église, notre manière personnelle et communautaire d’être fidèle à Jésus. 

Au cœur de tous ces événements qui nous bousculent, de toutes les décisions que nous avons à prendre, rappelons-nous, au moment où nous sommes rassemblés pour l’eucharistie, que le Seigneur continue de marcher avec nous, que son Esprit nous habite, que c’est lui qui continue de nous rassembler, de rendre possible la vie communautaire, la vie en Église.

Poursuivons notre prière.