Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 2 mai 2010


5e Dimanche de Pâques

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».  Message archiconnu!  Tellement qu’on risque de ne plus y porter attention et de ne pas trop écouter l’homélie.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai reçu une lettre d’une jeune femme.  Comme vous ne pouvez pas la reconnaître, je me permets de vous la lire telle quelle même si le français n’est pas des meilleurs.  Je vous la lis.

«J'aimerai vous faire mille excuse, j'ai parti sans nouvelle, sans au revoir de ma part.  Et je me sens coupable.  J'espère que vous me pardonné.  Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, je vous ai parlé de moi et de mon enfant et jamais j'oublierai cette première rencontre. Car vous avez pris le temps de m'écouter avec votre cœur.  Vous étiez toujours là pour m'écouter et maintenant vos paroles me manquent beaucoup.  Aujourd'hui, mon père, je demeure très loin de chez moi et de vous. 

C'est avec vos prières et Dieu que j'ai mon enfant aujourd'hui.  Lorsque je vous ai annoncé la bonne nouvelle, vous avez partager avec moi votre joie et les mots me manquent comment vous remercier de votre aide, de vos prières et compréhen­sion.  Et c'est pourquoi je me sens coupable de partir sans laisser de nouvelle avec tous l'amour que vous m'avez donné.  Aujourd'hui, je demeure loin et j'ai tout laisser derrière moi.  J'ai vendu le maximum des meubles que j'avais dans un délai de 24h.  Nous sommes partis avec un peu d'argent que j'ai ramasser en vendant.  Le reste, je l'ai donné à des voisins.  J'ai gardé seulement ma voiture et les jouets préférés du petit.

Maintenant, je suis installée dans un très petit appartement.  Je réalise que le bonheur est beaucoup plus important que le matériel.  Pour l'instant, nous dormons sur le sol avec des coussins mais avec le temps tout reviendra dans l'ordre, j'en suis sure.  Quand on est un petit enfant, c'est dur de comprendre pourquoi les autres ont de belle maison et pas nous, mais avec le temps, il comprendra.  Il a peut-ète pas une belle maison, mais il y a tout l'amour qu'il a besoin, et il le sait que sa maman va toujours l'aimer.  C'est déjà beaucoup. »

Vous savez très bien que l'expérience de cette jeune femme n'est pas unique.  Beaucoup de personnes souffrent de ne pas être reconnu par les autres!  Chaque jour, elles subissent le fardeau de la solitude, de l'anonymat! Ces personnes jeunes ou âgées vivent chez nous.  Elles existent mais elles ont l'impression de n’exister pour personne, d'être des étrangers.   

 

Elles n’ont pas choisi de vivre comme ça, même s’il faut dire que, parfois, nous préférons demeurer des étrangers les uns pour les autres.

Jésus est en train de prendre son dernier repas avec ses disciples. On peut comprendre qu'il veut leur laisser ce qu'il a de plus précieux, ce qui prend la première place dans son cœur.  En les invitant à s'aimer les uns les autres, comme lui nous a aimé, il les appelle à vivre selon le projet de Dieu qui a voulu, depuis la création du monde,  une humanité unie et fraternelle, une humanité dont les règles maîtresses sont la justice et la paix.

Les mots de Jésus dans l’évangile ont une importance primordiale pour nous les croyants. Aux yeux de notre foi, des situations comme celles que je viens de décrire ne sont jamais acceptables. 

Jésus nous a révélé que nous avions tous un lien de parenté, que nous sommes liés par une grande fraternité humaine, et bien plus encore par une fraternité qui prend sa source dans le cœur de Dieu lui-même.  Avant d'être une loi, un commandement, une obligation morale, la fraternité, la communion fraternelle, c'est d'abord une question de foi, de foi dans la personne de Jésus qui est venu nous révéler tout l'amour qu'il y a en Dieu et tout l'amour qu'il a pour nous. À cause de cela, on peut dire que depuis notre baptême, nous sommes fondamentalement engagés dans une immense opération anti-solitude et anti-anonymat

"Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé".  Par sa vie, ses paroles, ses gestes, Jésus nous trace la route de l’amour fraternel.  C’est la règle unique pour faire quelque chose de neuf dans notre monde, dans notre Église, entre les communautés de la paroisse et dans notre communauté. 

Partout, autour de nous, des visages cherchent un signe de reconnaissance.  Et chaque fois que nous y répondons, le Royaume de Dieu s'agrandit un peu plus sur le terrain quotidien de nos jours.  J'avais l'impression de ne pas avoir fait grand'chose pour la jeune femme dont j'ai lu des extraits de lettre tantôt! Mais vous avez pu remarquer comment, pour elle, j'avais fait beaucoup, juste en l'accueillant, en l'écoutant.  Je lui ai permis de se sentir moins étrangère, moins seule, de lui donner de l'espérance. Ca ne prend pas des gestes d'éclat, des merveilles d'invention,  pour bâtir, faire grandir la communion fraternelle entre nous et en être des témoins pour les autres.  Ca prend juste cette foi qui nous fait marcher à la suite de Jésus.

Poursuivons notre prière.