Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 18 avril 2010


3e dimanche de Pâques

On dirait que c’est le monde à l’envers!   La bonne nouvelle de Jésus ressuscité se répand parmi les disciples : les femmes vont le dire aux apôtres; les disciples d’Emmaüs font pareil, et, dimanche dernier, c’était les apôtres qui le disaient à Thomas. Mais aujourd’hui, dans l’évangile, on a l’impression que ce sont les apôtres qui ressuscitent.  Il y a une pêche miraculeuse, 153 gros poissons, mais on a encore l’impression que ce sont les apôtres qui sont repêchés par le Seigneur.

L’évangile commençait en disant : « Au lever du jour, Jésus était là sur le rivage. »  « Au lever du jour… »  Il y a un proverbe vietnamien qui dit : « il n’y a pas de nuit si noire qui ne soit suivie d’un matin clair. »  C’est ce qu’on voit dans l’évangile!  Après la mort de Jésus, les apôtres avaient tout laissé tomber pour retourner à leur ancien métier de pêcheurs. Ils viennent tout juste de pêcher toute la nuit sans rien prendre.  Ils reviennent bredouilles. Ils sont encore dans la nuit, la nuit noire du jeudi saint.

Au lever du jour, Jésus repêche ses apôtres, et il commence par Pierre. Vous vous souvenez que Jésus lui avait dit : « Je vais faire de toi un pêcheur d’hommes », mais aujourd’hui, c’est lui, Pierre qui a besoin d’être repêché. La dernière fois qu’il avait vu Jésus, ou plutôt que Jésus l'avait regardé, il venait d'affirmer par trois fois qu'il ne connaissait pas cet homme.  Il était sorti en pleurant amèrement.

L’évangile vient de nous dire « qu'il passa un vêtement parce qu'il n'avait rien sur lui".  C’est une allusion très claire à Adam et Ève! C’est après leur péché qu’ils découvrent leur nudité.  Comme eux, Pierre est dépouillé; il ne lui reste aucune dignité devant le Seigneur, il est dans la misère; il n'a rien à offrir à celui qu'il avait renié; rien que les remords d'une trahison.

Mais Jésus le repêche, le ressuscite en quelque sorte lui offrant de remplacer les trois "Je ne connais pas cet homme", par trois "Seigneur, tu sais bien que je t'aime".  C'est un nouveau départ pour Pierre,  la levée d’un jour nouveau. « il n’y a pas de nuit si noire qui ne soit suivie d’un matin clair. »

Ce que j'ai dit de Pierre vaut aussi pour les autres Apôtres.  La première lecture nous faisait voir tout un changement: on sait comment ils avaient peur, comment ils verrouillaient les portes;

 

et voilà qu'ils sortent tout joyeux après avoir affronté le grand conseil, pour "avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus".  Comme pour Jésus le jour de Pâques, c’est un jour nouveau qui se lève pour les apôtres.

En lisant l’évangile, je me suis posé une question. Avec tout ce qu’ils étaient en train de vivre, voulez-vous bien me dire qu’est-ce qui leur a pris de compter les poissons?  153.  Il me semble que ce n’était pas le temps. Ce devait être important, puisque, quand St Jean écrit son évangile, ça fait 70 ans que ça c’est passé.  Ce n’est sûrement pas un détail; il y a sûrement un message caché!

C’est quoi le message?  À l’époque, on pensait qu’il y avait 153 espèces de poissons. Je pense que St Jean veut nous faire comprendre que Jésus a toujours voulu fait vivre à toute l’humanité ce que les apôtres ont vécu ce matin-là.  Toutes les espèces d’humain, toutes les races, toutes les cultures, toutes les langues sont dans le projet de Jésus. Tous sont appelés à faire l’expérience de la résurrection, à passer de la nuit au jour.

Il y a beaucoup de résurrections : celle de Jésus, le premier-né d’entre les morts, celle de Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui, celles des disciples qui sont passés de la peur à l’audace, et nos propres résurrections.  Nous aussi, nous sommes souvent repêchés. Nous avons tous vécu des événements qu’on peut décrire en disant : hier, c’était la mort, c’était la nuit, et puis, à un moment donné, tout a repris vie, c’était la lumière. 

On pourrait prendre le temps, durant cette célébration ou pendant notre journée, de repasser notre vie et de la relire à la lumière de l’Évangile d'aujourd'hui: revoir intérieurement tous ces passages, ces Pâques, ces gestes du Christ qui nous ont permis de nous relever, de renouer avec Jésus, de vivre des pardons intenses, des joies profondes, de passer à un jour nouveau.  On peut penser encore à tous ces gestes que le Christ a accompli à travers nous pour en relever d'autres et les faire remonter dans la barque de Pierre. 

Il y a beaucoup d’allusions à l’eucharistie dans l’évangile : le rassemblement, les préparatifs du repas, l’invitation, et Jésus qui donne à manger. Profitons de ce moment pour dire au Seigneur, comme Pierre : "Seigneur, tu sais bien que je t'aime", « Tu sais bien que je te fais confiance! 

Poursuivons notre prière.