Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 11 avril 2010


2e Dimanche de Pâques

Pauvre Saint Thomas!  C’est le plus croyant des Apôtres, pourtant ça fait deux mille ans qu’on le pointe du doigt en le traitant d’incrédule parce qu’il refuse de croire à moins qu’il puisse voir, toucher, expérimenter.  D’ailleurs, Jésus lui-même lui dit : «Thomas, cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Pauvre Saint Thomas!  C’est lui qu’on montre du doigt,  mais les autres apôtres étaient-ils plus croyants que lui?  Souvent, Jésus leur a reproché leur manque de foi.  Je vous en donne quelques exemples.

Quand Jésus marche sur les eaux et que Pierre veut aller à sa rencontre, Jésus le saisit par la main au moment où il s’enfonce et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » (Mt 14,30)

À un moment donné, les apôtres s’inquiètent parce qu’ils ont oublié de prendre du pain avec eux.  Jésus leur dit encore « Gens de peu de foi, pourquoi cette réflexion sur le fait que vous n’avez pas de pain? » (Mt 16,8)

Quand ils sont dans la barque ballottée par une tempête que Jésus apaise, ils se demandent qui il est pour commander aux vents et aux flots et qu’ils lui obéissent.  Et Jésus leur dit encore : « Où est votre foi? »  (Luc 8,25)

Ce manque de foi, ils l’ont toujours même après la résurrection de Jésus. Marie-Madeleine va leur raconter qu’elle a vu le Seigneur, mais ils ne la croient pas.  D’autres femmes vont leur disent la même chose, ils les traitent de radoteuses.  Quand les disciples d’Emmaüs reviennent à Jérusalem pour leur annoncer qu’ils avaient vu le Seigneur, ils ne les croient pas.  Aussi, lorsque Jésus se montre à eux alors qu’ils sont en train de prendre leur repas,  il leur reproche de ne pas avoir cru ceux qui l’avaient vu. »

Pauvre Saint Thomas!  C’est lui qu’on pointe du doigt alors qu’il n’est pas pire que les autres, aussi incrédules que lui.

Est-ce qu’on peut leur reprocher leur manque de foi?  Je ne le pense pas!  Croire à une histoire de tombeau vide, de quelqu’un qui ressuscite, c’était vraiment fou, déraisonnable, pas imaginable.   Leur réaction est plutôt la preuve qu’ils avaient les deux pieds sur terre, qu’ils étaient pleins de gros bon sens.  

Ça nous permet de réfléchir un peu sur notre foi.  Si les apôtres avaient voulu nous faire croire à une belle histoire, il me semble qu’ils nous auraient caché leurs doutes, leurs hésitations, leur incrédulité, qu’ils auraient

pris soin de se donner un beau rôle pour rendre leur histoire plus crédible.  Je me dis que nous avons raison de nous appuyer sur le témoignage de ces femmes et de ces hommes qui ont vu le ressuscité.  

Pourquoi ai-je dit au début que Thomas était le plus croyant de tous les apôtres?

Quand Jésus fait un petit sondage auprès de ses disciples pour savoir ce qu’on dit de lui, ils répondent que pour les uns, c’est Jean-Baptiste, que, pour d’autres, c’est Élie, et pour d’autres encore, Jérémie ou un des prophètes. Quand il leur demande à eux ce qu’ils pensent, Pierre prend la parole et dit :   « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »  

Après la mort de Lazare, quand Jésus s’en va à Béthanie, il a une petite conversation avec Marthe qui finit par lui dire : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois, tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »  Mais personne,  aucun des Apôtres n’a osé aller aussi loin que  Thomas qui s’écrie en voyant les plaies de Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ». 

Déjà, dans l’Ancien Testament, le nom de « Seigneur » est, à toute fin pratique, réservé à Dieu.  Mais Thomas va encore plus loin en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu. »  Il ose donner à Jésus, à cet  homme qu’il côtoie depuis trois(3) ans le qualificatif de « Dieu.  Faire une telle affirmation,  c’était quelque chose d’absolument impensable pour un Juif.

C’est tellement grand la profession de foi de Thomas qu’on la retrouve tous les dimanches, à la fin de ces prières que je termine en disant « Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu »,  « Notre Seigneur et notre Dieu »,  les mots de celui que nous qualifions d’incrédule alors qu’il fait une si belle profession de foi que nous reprenons nous-mêmes dans nos célébrations.

Aujourd’hui, réunis pour célébrer l’eucharistie, le Seigneur est avec nous comme il était avec ses amis le soir de Pâques.   Comme Thomas, proclamons le mystère de notre foi au-delà de toutes les apparences.  Et bénissons le Seigneur, cette  source inépuisable de vie, de paix et de joie, cette source qui nous donne son Esprit pour que  nous vivions en enfants de Dieu et que nous portions aux autres,  son message d’amour et de paix.

Poursuivons notre prière.