Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 4 avril 2010


Dimanche de Pâques

Depuis hier soir, partout à travers le monde, les chrétiens proclament que le Christ est vainqueur de la mort et qu’il est ressuscité. Ça va bien plus loin qu’on pense!   Saint Paul affirme: « Vous êtes ressuscités avec le Christ ». Pas « Vous serez ressuscités », mais, « Vous êtes ressuscités avec le Christ.   Et pourtant!  La victoire de Jésus sur la mort n’empêche pas les tremblements de terre, les épidémies, les génocides, les maladies, et tout un océan infini de souffrances. Les hommes continuent de souffrir, de mourir et de faire mourir. 

Pâques!  Un mot qui signifie “Passage”, passer d’un lieu à un autre, d’un état à un autre.   Le 30 mars dernier, les Juifs ont célébré la Pâques. Comme ils le font chaque année, ils célèbrent le passage de Dieu dans leur histoire pour les faire passer de l’Égypte à la Terre Promise, de l’esclavage à la liberté. Aujourd’hui, nous célébrons un autre passage, celui de Jésus qui passe de la mort à cette vie que plus rien ne peut plus menacer. Pendant notre vie et à la fin de notre vie, nous sommes appelés à vivre les mêmes passages, la Pâques de Jésus. John Littleton chantait : “Il faut mourir afin de vivre.” 

Passer de la mort à la vie!  Marie-Madeleine  “se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre.”    Elle arrive au tombeau;  il est ouvert;  le corps de Jésus n’est plus là. C’est tout un drame pour elle!  Elle pense que quelqu’un a enlevé le corps de Jésus. Le Cantique des Cantiques (Ct 3,1) décrit très bien le drame qu’elle vit :  “La nuit, j’ai cherché Celui que mon cœur aime et je ne l’ai pas trouvé”.   On comprend que c’est dans son esprit et dans son cœur qu’il fait nuit. Elle court crier sa détresse aux disciples qui se mettent à courir, aussi remplis qu’elle d’inquiétude et de tristesse.  

On le sait, Jésus n’a pas cherché à éviter ou à fuit le temps des ténèbres et de mort qui l’attendait.   Tous les évangiles nous l’ont répété cette semaine. On voit la même chose dans l’évangile. Jésus n’empêche, ni Marie-Madeleine, ni ses disciples, de vivre un temps difficile, de vivre leur peine et leur chagrin. C’est toujours vrai!   Jésus ne vient pas, d’un coup de baguette magique, empêcher nos larmes et nos souffrances, nos temps d’obscurité, de doutes et de questions anxieuses. 

 

 


Quand Pierre et Jean arrivent au tombeau, c’est Pierre qui entre le premier. Il constate lui aussi que le tombeau est vide, que tout est en ordre, mais il reste dans la nuit comme Marie-Madeleine. L’autre disciple, celui que Jésus aimait, entre à son tour; il  voit la même chose, mais il tire une conclusion bien différente. « Il vit et il crut », nous dit l’évangile. Pour lui, Jésus est vivant.

Au cœur de tous ces vides, de toutes ces absences, de tous ces manques que nous vivons, la fête de Pâques nous invite à avoir les yeux de Jean, à croire nous aussi, à faire confiance à Jésus au-delà de toutes les apparences.

Pierre reste dans la nuit; Jean croit. Comment expliquer une telle différence? Je ne vois qu’une seule réponse, par l’amour. On sait que Jean aimait beaucoup Jésus, que Jésus l’aimait, c’était son disciple bien-aimé. Son amour fait naître dans son cœur une immense espérance, une immense confiance. En ce jour de Pâques, il me semble que c’est une grâce que nous pouvons demander au Seigneur, la même confiance, la même espérance, le même amour.

C’est vrai aussi pour Marie-Madeleine. L’évangile qui suit nous raconte que Pierre et Jean retournent à la maison, mais que Marie-Madeleine demeure près du tombeau de Jésus. Elle reste là; elle est seule, elle veille, et pleure et elle attend. Elle pressent elle aussi que l’Amour est plus fort que la mort. Elle ne sera pas déçue. Pensant avoir affaire au jardinier, elle s’entend appelée par son nom; elle reconnaît Jésus et s’écrit “Rabbouni”, en cherchant à le retenir de toutes ses forces. Elle vit une Pâques. Jésus la fait passer de la peine à la joie. Ce n’est pas la première fois, il était déjà passé dans sa vie en lui pardonnant toutes ses fautes.

La fête de Pâques nous annonce que Celui qui nous a précédés sur la route de nos nuits, veut nous fait passer avec lui dans la lumière comme il l’a fait pour Marie-Madeleine, comme il le fera dans les jours qui suivent en se montrant à ses disciples. En ce jour de Pâques, faisons mémoire de tous ces passages de Jésus dans notre vie, de tous ces moments où il nous a fait passés d’un état à un autre. C’est ce qui nous permet de chanter :  “Le Seigneur est ressuscité, alléluia, alléluia”, comme nous le faisons aujourd’hui.

Je vous souhaite de très joyeuses Pâques.