Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 28 mars 2010


Dimanche ds Rameaux

Aujourd’hui, ça peut paraître surprenant, mais je vous propose une méditation sur les mains, une méditation qui pourrait nous suivre tout au long des célébrations de cette sainte semaine.

Dans ce long récit de la passion qui nous venons d’écouter, on met la main sur  Jésus qui avait dit à ses disciples : « le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. » Cela, on le voit tout au long de l’évangile.  Il y a les mains de Judas qui reçoit l’argent de la trahison, celles des gardes qui viennent l’arrêter, qui lui mettent la main dessus.  Il y a encore les mains du disciple qui s’enfuit en lâchant le linge qui l’habillait, les mains de Pierre qui, dans la cour du palais,  se chauffent à un feu qui ne le réchauffe pas; les mains qui se lèvent pour porter de fausses accusations ; les mains du grand prêtre déchirant son vêtement ; les mains qui frappent et qui giflent ; les mains qui l’enchaînent, les mains qui l’emmènent; les mains de Pilate qui relâchent le criminel et livrent l’innocent ; les mains qui dénudent Jésus, et celles qui le clouent à la croix ; celles qui tirent au sort son vêtement. Il y a aussi les mains qui le descendent de croix qui lavent le corps meurtri, l’enveloppent d’un linceul et le déposent au tombeau.  Vraiment, on peut dire qu’on a mis la main sur Jésus. 

Jésus aussi s’est servi de ses mains pendant sa vie, mais ce n’était jamais pour accuser, condamner ou détruire; c’était pour guérir, pour remettre debout, pour sauver et pour aimer.  Je vous rappelle quelques exemples dans l’évangile.

Sur un lépreux qui le priait en disant « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. »  Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

On peut penser à Jaïre, un chef de la synagogue  qui demande à Jésus de venir guérir sa petite fille. Alors que les gens la déclarent morte, Jésus prend la main de l’enfant et lui dit: « Mon enfant, réveille-toi », et elle se leva.

Il y avait encore dans une synagogue où Jésus était en train d’enseigner une femme courbée.  « Jésus lui imposa les mains : aussitôt elle redevint droite. »

Un jour, on vient lui dire que sa mère veut le voir.  En tendant la main vers ses disciples, il déclara : « Voici ma mère et mes frères. »

St Jean nous raconte, lors de la multiplication des pains, que « Jésus prit les pains, qu’il les bénit et les distribua aux convives affamés.  Le soir de la dernière cène, « il prit du pain et après avoir rendu grâce, il le rompit et le donna à ses disciples en disant « Ceci est mon corps donné pour vous. »

Matthieu lui nous rappelle ce moment où les gens lui amenaient des petits enfants pour qu’il leur impose les mains en disant une prière au mécontentement des apôtres.

2000 ans plus tard, on peut dire que Jésus est maintenant entre nos mains à nous.   Qu’est-ce que nous en faisons?  Ressemblent-elles aux mains de ceux qui l’ont trahi, renié, à ceux qui ont mis la main sur lui, parce qu’on s’en sert pour frapper ou maudire, pour accuser ou condamner?  Ressemblent-elles à celles de Jésus parce qu’elles traduisaient la bonté, le partage, l’amour,  parce qu’elles servent à relever?   Probablement qu’on se retrouve dans les deux, parce que, comme St Paul, on ne fait pas tout le bien qu’on aimerait faire et qu’on fait le mal qu’on ne voudrait pas faire.

Devant cette fragilité qui est la nôtre, je pense qu’il est de mise de terminer mon homélie pour une prière sur les mains. 

Toi notre Dieu, tu nous as créés avec un corps,
avec des jambes pour aller à ta rencontre,
avec une tête pour penser,
avec un cœur pour apprendre à aimer.

Toi, notre Dieu, tu nous as donné des mains
des mains qui bénissent,
des mains ridées, abîmées qui reçoivent le pain de vie
des mains pour serrer d'autres mains,
et non pour les fermer en poings violents.
des mains ouvertes comme une offrande,
comme une prière de demande et de merci.

Toi Jésus avec tes mains, tu as relevé le pauvre,
tu n'as pas jeté la pierre, tu as partagé le pain,
tu as porté ta croix.
Toi Jésus avec tes mains,
tu as fait passer Thomas du doute à la foi.
Tes mains de ressuscité nous invitent à espérer,
à nous prendre en main,
à ne pas baisser les bras devant la mort et l'isolement.

Toi notre Dieu, apprends-nous à mieux partager,
parce que nos mains sont le prolongement du cœur,
elles disent notre façon d'aimer,
elles deviennent ainsi tes mains,
celles qui donnent la Vie.

Cette prière, on peut la poursuivre tantôt, plus particulièrement, devant ce pain, ce corps brisé qui vient reposer entre nos mains.

Que notre sainte semaine nous donne les mains de Jésus!