Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 21 mars 2010


5e dimanche du Carême - 3e scrutin

 « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » On sent que Marthe et Marie s’en remettent au cœur de Jésus,  dans une belle prière pleine de tendresse et de délicatesse, une prière que nous pouvons adresser nous-mêmes au Seigneur pour nos proches qui sont malades. « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

Les deux sœurs n’étaient pas sans savoir qu’il avait ramené à la vie la petite fille de Jaïre qui l’en avait prié, et qu’à Naïm, il avait rendu la vie à un jeune homme au moment où sa mère le conduisait au cimetière. Mais, cette fois-ci, c’est bien différent. « Il sent déjà! », dit Marthe, en ajoutant que son frère a été mis dans un tombeau depuis quatre (4) jours.

On n’a pas de mal à comprendre Marie quand elle dit à Jésus, comme un reproche : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »  Facile aussi de comprendre les proches qui ajoutent: « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, c’était l’évangile de dimanche dernier, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir! »  

« Si tu avais été là… »  Les deux sœurs ont sans doute imaginé que Jésus volerait tout de suite à leur secours, mais il ne bouge pas. « Quand il apprit que Lazare était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait »  C’est très étonnant! Surtout que,  par trois fois, Saint Jean nous fait remarquer, qu’une fois arrivé à Béthanie, il a été bouleversé par une émotion profonde et qu’il pleura. Comment comprendre que Jésus, pourtant bouleversé, attende encore deux jours avant de se rendre près des deux sœurs?

On dit que Jésus, dans son humanité, a voulu vivre lui-même, le drame de tous ceux et celles qui perdent un être cher, comme ces familles présentement en deuil dans notre paroisse. Il a vécu personnellement l’expérience du deuil : il a été bouleversé, il a pleuré.   En lui, on voit que le bon Dieu  n’est pas indifférent à toutes nos peines et nos souffrances. C’est déjà beaucoup de pouvoir nous en rendre compte! 

La résurrection de Lazare nous démontre qu’en Jésus Dieu s’intéresse à notre vie et qu’il veut nous la donner maintenant. On voyait la même chose dans la 1e lecture!  Le peuple de Dieu vivait en exil. Il était comme mort :   aucune lumière, aucun espoir devant lui. Et, au nom de Dieu, le prophète Ézéchiel utilise un langage très fort : « Je vais ouvrir vos tombeaux… je vous ramènerai sur la terre d’Israël… Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. »  Il annonce un retour à la vie et, on voit bien que c’est une promesse très ferme : « Je l’ai dit et je le ferai. » 

 

Mais, il y a plus encore! Jésus déclare : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais à la gloire de Dieu. »  En faisant revenir Lazare à la vie, Jésus nous annonce ce qui va se passer dans quelques jours : sa propre mort et sa résurrection. Il y a un petit détail intéressant dans l’évangile. Le corps de Lazare avait été placé dans une grotte. Et, quand Jésus arrive près du tombeau de Lazare, il demande qu’on enlève la pierre. Dans quelques jours, c’est son corps à lui qui sera placé dans une grotte fermée elle aussi par une pierre. Mais il n’aura pas besoin de personne pour enlever la pierre pour nous faire comprendre que rien ne pourra empêcher sa vie divine de se manifester. « Moi, je suis la résurrection et la vie », nous affirme-t-il.

La résurrection de Lazare, c’est un signe que Jésus donne aux siens. En ressuscitant Lazare, il nous fait comprendre que la puissance créatrice de Dieu déploiera tous ses effets dans sa résurrection à lui, parce que, lui,  n’aura pas à mourir une deuxième fois comme Lazare que les juifs cherchaient à faire mourir. Le passage de Jésus de la mort à la vie, c’est le cœur même de notre foi en Jésus qui nous dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie », «Tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais! »

C’est le cœur même de notre foi qu’on trouve dans cet évangile. Et je comprends que l’Église nous demande d’utiliser cet évangile pour ceux qui se préparent au baptême en vivant aujourd’hui le  3e scrutin. Elle nous rappelle,  à nous et aux catéchumènes,  que Jésus est l’envoyé du Père au monde comme messager de vie. Il vient  libérer ses enfants de tout ce qui les fait mourir,  pour leur donner une vie nouvelle appelée à s’épanouir jusque dans la  résurrection. Plus encore, elle nous demande d’en être les témoins dans notre monde.

Aujourd’hui nous sommes appelés à être témoins de la vie d’une manière très concrète,  dans le cadre de la campagne de Développement et Paix. Nous pouvons le faire d’abord dans notre prière où, comme Marthe et Marie, nous pouvons dire au Seigneur : « Seigneur, ceux que nous aimons sont malades, » ils souffrent de la faim, ils manquent d’eau, ils n’ont plus de maison, ils vivent des catastrophes humanitaires. En plus, nous sommes appelés à poser un geste de partage, à faire en sorte que notre don permette à ceux qui meurent à petit feu de trouver un peu de vie. Soyons des témoins d’évangile, des passionnés de vie comme Celui en qui nous croyons et qui a donné la vie aux pauvres, aux malades aux lépreux, aux personnes rejetées.

Je vous invite à demeurer à vous lever pour célébrer le 3e scrutin.