Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 14 mars 2010


4e dimanche du Carême (2e scrutin)

À l’occasion du 2e scrutin pour les adultes qui se préparent au baptême, l’Église nous demande de proclamer l’évangile de l’aveugle-né. Pourquoi? Pour qu’ils soient libérés de toute noirceur, qu’ils deviennent des fils et des filles de lumière, des témoins de la foi, pleins d’assurance et de courage! On ne peut pas le demander pour eux sans le demander aussi pour chacun et chacune d’entre nous.

Jean vient de nous raconter l’histoire d’un aveugle-né, mais, il ne faut pas se méprendre, il y a bien plus qu’un aveugle dans l’évangile. On y trouve trois sortes d’aveugles où on peut se reconnaître peut-être. .

Les premiers aveugles sont les disciples mêmes de Jésus. Devant l’aveugle-né, spontanément, ils se posent une question : « Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents? »  Question très insidieuse!  Parce qu’elle conduit à penser que le bon Dieu l’a puni et que, en conséquence, c’est toujours le bon Dieu qui est responsable de son malheur. Comme eux, face aux événements dramatiques de l’actualité, à la violence, aux actes de vengeance, à la destruction, à la souffrance physique et morale, nous cherchons des explications et un coupable qui est souvent le bon Dieu aussi. « Ni lui, ni ses parents! » leur dit Jésus qui dénonce leur aveuglement.     

Les deuxièmes aveugles sont les pharisiens. Pour eux, le geste de Jésus ne peut pas venir de Dieu parce qu’il n’a pas observé le jour du sabbat et qu’en le faisant il a péché.   Ils ne veulent pas croire à la guérison, croire que l’homme qui voyait avait déjà été aveugle. Pour eux, Dieu a parlé à Moïse et ils refusent tout le reste. Ils ne sont pas capables d’accueillir les œuvres de Dieu en dehors de leur façon de comprendre les Écritures;  ils s’obstinent Ils sont aveugles, et ils le demeurent.

Finalement, il y a l’aveugle-né. Il ne demande rien à Jésus parce qu’il ne sait même pas ce qu’il pourrait désirer. C’est Jésus qui prend toute l’initiative. Mettez-vous à la place de l’aveugle un moment!  Il entend quelqu’un cracher sur le sol, faire de la boue avec sa salive, et il en reçoit sur les yeux pour s’entendre dire par la suite :  « Va te laver »!  C’est l’évidence même!  Normalement, il aurait dû protester de toutes ses forces, mais il se laisse faire et il obéit à Jésus qui lui demande d’aller se laver. Parce qu’il obéit à la Parole de Jésus, il reçoit non seulement la guérison, mais une transformation radicale de son existence.  

Trois manières d’être aveugles!   À la fin de l’évangile, Jésus disait : « Je suis venu en ce monde pour que ceux qui ne voient pas puissent voir. »  Jésus se révèle comme celui qui peut nous guérir de tous nos aveuglements. » On peut sans doute lui demander aujourd’hui!

Non seulement Jésus guérit-il l’aveugle, non seulement lui donne-t-il de voir la lumière du jour, mais il le conduit encore à la lumière de la foi. Le témoignage de l’aveugle est remarquable de simplicité. Il n’y a rien qui l’arrête!  Il ose même témoigner devant les pharisiens qui le ridiculisent et le menacent.   Pas de doute pour lui!    « J’étais aveugle, et maintenant je vois! »   Il ne comprend pas qu’on se pose toutes sortes de questions autour de lui!  « Pourquoi voulez-vous m’entendre encore? »  « Voilà ce qui est étonnant! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux! » 

Ça aurait pu arrêter là!  Et pourtant, Jésus revient vers lui et lui pose une question encore plus décisive : « Crois-tu au Fils de l’homme? »   Il fait alors cette belle profession de foi : « Je crois, Seigneur. »   C’est ce qui lui permet d’accueillir la vraie lumière, une lumière qui ne touche pas seulement son existence physique, mais aussi sa vie intérieure.

Jésus lui disait : « Va te laver à piscine de Siloé! ». C’était un endroit bien connu, mais quand on sait que « Siloé », ça veut dire « Envoyé », ça prend tout un autre sens.   Nous savons très bien que Jésus est l’envoyé du Père au monde.   « Va te laver à la piscine de Siloé », c’est une invitation qu’il nous fait à nous aussi pendant ce carême : « Va te laver auprès de Celui qui est l’envoyé du Père au monde. » 

Pendant notre célébration, prions pour nos catéchumènes et pour nous. Demandons à Celui qui est la lumière du monde, à celui qui connaît nos aveuglements, de faire de chacun et de chacune de nous des fils et des filles de lumière, des témoins de la foi, pleins d’assurance et de courage pour faire de nous tous ensemble un peuple de lumière.

 

Je vous invite à vous lever.