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Je
parle souvent de la tendresse et de la miséricorde de Dieu. Même
que des fois, j’ai l’impression de pousser un petit peu
trop! Il y a même
des gens qui me le disent.
Mais, à lire l’Évangile d’aujourd’hui, je
me dis que je n’ai pas tort parce que St Luc pousse pas mal
plus fort que moi. Et puis, ce n’est pas St Luc, mais Jésus
lui-même qui pousse parce que c’est lui qui raconte cette
parabole à l’adresse des pharisiens et des scribes qui
trouvent que Jésus est bien trop accueillant pour les pécheurs.
On
pourrait échanger pendant des heures sur cette parabole! Mais
aujourd’hui, je veux retenir juste deux points, en espérant
qu’ils fassent leur chemin jusque dans notre cœur.
Je
ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais dans la parabole,
le père sort dehors deux fois à la rencontre de ses fils. Ce
n’est pas le genre d’homme à rester assis et à attendre
dans sa maison. Quand
le plus jeune fils revient à la maison, ce n’est pas parce
qu’un jour il a brisé le cœur de son père et qu’il veut
se réconcilier. Il revient parce qu’il a faim. Mais, aussitôt
qu’il voit son jeune fils revenir de loin, le père «
court se jeter à son cou et le couvre de baisers… » À
la fin de l’évangile, le plus vieux, choqué de
l’attitude de son père, refuse d’entrer à la maison.
C’est encore le père qui sort dehors à sa rencontre, qui
supporte sa mauvaise humeur, sa colère, ses critiques;
il lui parle avec tendresse pour le supplier d’entrer
pour faire la fête. On peut dire que c’est le père qui
fait le plus grand bout de chemin dans le sens de la réconciliation.
C’est
toute une image de Dieu que Jésus nous donne!
C’est un Dieu qui prend l’initiative, qui sort
dehors à la rencontre de ses enfants.
C’est lui qui ne cesse de partir à notre recherche,
qui précède nos désirs de le rencontrer. On peut dire
qu’en Jésus, c’est Dieu qui est sorti dehors pour venir
à notre rencontre.
Ce
geste de notre Père nous pose une grosse question!
Sommes-nous préoccupés, comme communauté, de
« sortir dehors » comme lui?
Est-ce que nous avons la préoccupation de « sortir
dehors » pour annoncer au monde la tendresse de Dieu?
Est-ce que notre communauté réalise qu’elle a une
mission confiée par Jésus, pas pour elle, mais pour le
monde? Une grosse
question!
On
voit encore dans l’évangile que le Père veut resituer ses
deux fils, leur redonner toute leur dignité d’enfants.
Quand
le plus jeune revient à la maison, il ne se reconnaît même
plus comme un fils!
« Traite-moi comme l’un de tes serviteurs »
dit-il. Mais son père
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l’embrasse,
ordonne de le revêtir des insignes familiaux : un beau
vêtement, une bague au doigt, des sandales aux pieds.
Il ne dit pas « J’ai trouvé un
serviteur de plus », mais « Mon fils était
perdu, il est retrouvé ».
Même
chose pour le plus vieux. Lui, il se voit comme un serviteur
et il parle comme un serviteur! « Voilà
tant d’années que je te sers, sans jamais avoir désobéi
à tes ordres! » Mais
son père lui rappelle, à lui aussi, qu’il n’est pas un
serviteur, mais un fils : « Toi, mon enfant, tu
es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi! »
Si
le bon Dieu est sorti dehors en Jésus, c’est pour nous
redonner toute notre dignité d’enfants de Dieu. Ce ne
sont pas des serviteurs que le Père veut!
Pas des esclaves, mais des enfants qu’il aime
gratuitement et sans condition, des enfants que son amour
libère. Non seulement il nous le dit, mais il fait tout ce
qu’il faut pour nous rendre toute notre dignité
d’enfants de Dieu, notre dignité de fils ou de filles de
Dieu. Il n’y a pas d’homme, même le plus misérable, le
plus ingrat, le plus orgueilleux à qui il ne dit :
« Mon enfant, tu es toujours avec moi, tu as toujours
une place dans mon cœur »
Ça
aussi, ça vient nous poser toute une question!
Quelle place faisons-nous à la personne humaine dans
toutes nos affaires?
Sommes-nous préoccupés de la dignité de la
personne humaine?
Serions-nous prêts à « sortir dehors »
pour rendre à des personnes toute leur dignité
d’enfants de Dieu? On
peut reconnaître le père de la parabole dans tous ces
efforts qui se font dans notre monde pour rendre toute leur
dignité à des êtres humains.
On
ne peut pas dire que ça va bien dans la famille du père
dans la parabole : le plus jeune qui a tout gaspillé,
le plus vieux qui est de mauvaise humeur.
En révélant à ses fils tout l’amour qu’il a
pour eux, le père de la parabole leur permet de se redécouvrir
comme des fils, mais aussi comme des frères. C’est vrai
pour nous aussi. Quand nous nous découvrons profondément
aimés de Dieu, quand on se découvre comme ses enfants, on
ne peut pas faire autrement que se découvrir comme des frères
et sœurs, enfants d’un même Père, membres de la même
famille, la famille de Dieu.
Dans
son histoire, Jésus nous révèle ce qu’il y a de plus
intime dans le cœur de notre Dieu? Au cours de notre célébration,
prenons le temps de remercier celui qui a fait de nous ses
enfants, des enfants qui ont énormément de place dans son
cœur de Père.
Poursuivons
notre prière.
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