Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 7 mars 2010


3e dimanche du Carême (Luc 13,1-9)

Aujourd’hui, à la une du journal de Jérusalem, deux grosses nouvelles.  "18 personnes perdent la vie dans la chute d’une tour »;  « Pilate ordonne le massacre de Galiléens dans le temple ».  Des nouvelles comme celles-là, on en a tous les jours: tremblement de terre en Haïti, puis au Chili,  la grippe H1N1, des attentats, des guerres, et tout cela, sans parler des problèmes que nous avons,  des malades que nous côtoyons, des épreuves, des souffrances, des deuils que nous vivons.

Depuis toujours, nous nous demandons pourquoi ça arrive!  On voudrait bien comprendre, trouver des explications qui pourraient diminuer notre insécurité.  On cherche des coupables pour les accuser de tous ces malheurs.  Si la tour de Siloé est tombée, ça doit être la faute d'un architecte malhonnête ou d'un entrepre­neur trop croche.  Si Pilate a fait massacrer des Galiléens,  ça doit être parce qu’ils étaient des terroristes trop dangereux.

On pourrait bien aller plus loin puis se dire : « C’est le bon Dieu qui les a punis parce que c’était des pas-bons, des méchants, des pécheurs.  Ce n’est pas rare dans notre monde qu’on voit les épreuves comme une punition du bon Dieu à cause des péchés qu’on a pu commettre.  Ça se traduit par toutes sortes d’expressions : « Tu vas faire de la peine au petit Jésus et puis il va te punir. » Ou encore : « Je me demande bien qu’est-ce que j’ai pu faire au bon Dieu pour vivre des affaires pareilles! »

Ça rejoint beaucoup la question que Jésus  pose  à ses disciples dans l’évangile.

"Pensez-vous qu'ils étaient plus pécheurs que les autres pour avoir subi un tel sort?"                                 

Il n’y va pas avec le dos de la cuillère dans sa réponse!  "Si vous ne vous convertissez pas, vous allez périr de la même manière".  Autrement dit : "Arrêtez donc de scruter la conscience des autres pour les accuser et les condamner, et commencez donc par vous regarder vous-mêmes.  Changez donc de vie, changez donc vos manières de penser et d'agir, vos pratiques, sinon vous allez périr, pas parce que le bon Dieu va vous punir, mais parce que vous vous mettez vous-mêmes dans des situations périlleuses.

Bien concrètement, aujourd'hui, il nous dirait peut-être ceci: "Si vous continuez à détruire la couche d'ozone, à jeter vos déchets dans les rivières,  à ne pas respecter les personnes, à mépriser le monde et la vie, vous prenez le risque d'engendrer des nouveaux Pilate qui vont traiter les personnes comme on traite le reste de la nature.  Si vous continuez de prendre l'argent pour le bon Dieu, l'économie comme une nouvelle religion, le profit comme votre seule espérance, vous vous bâtissez des tours qui vont s'écrouler et tuer pas mal de monde.



Dans l'évangile, Jésus nous parle d'un figuier qui a bien du mal à vivre, un figuier qui ne produit pas de fruit depuis trois ans.  À quoi bon le garder?  Vaut mieux le couper!   Mais le vigneron lui dit : « Laisse-le encore, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. »    Celui qui veille sur le figuier que nous sommes ne veut pas qu’on l’abatte.  Il ne veut pas la mort mais la vie!  C’est bien clair!  Le jardinier de cette espérance, c’est Jésus lui-même.

Le temps du Carême, c’est un temps qui nous est donné pour apprendre à regarder Jésus comme le vigneron, comme le jardinier, pour adopter la vie de Dieu qui ne veut pas la mort du méchant mais la vie en abondance.  Toutes les lectures aujourd’hui allaient dans ce sens.

Dans la première lecture:

"J'ai vu la misère de mon peuple, j'ai entendu ses cris, je connais ses souffrances ... et je suis descendu pour le délivrer ... pour le faire monter dans une terre où il sera heureux".

Dans la deuxième lecture:

            St Paul nous invite à nous rappeler moins les malheurs du monde et plus les merveilles que Dieu a réalisé dans l'histoire: la mer qui s'ouvre pour épargner le peuple, la nuée qui le conduit, la source qui jaillit du rocher.

Et que dire du psaume qui nous parlait du grand jardinier en disant:

"Il est tendresse et pitié."  Il pardonne, guérit, Il te couronne d'amour et de tendresse, il est lent à la colère et plein d'amour."

Est-il nécessaire d'ajouter qu'apprendre à nous tourner vers Dieu, c'est en même temps apprendre à nous tourner vers les autres, à la manière de Dieu.  Chaque jour, nous pouvons nous demander : « Comment je peux être libérateur pour les personnes qui sont à mes côtés? »

Le Carême, c'est un temps qui nous est donné pour bêcher autour du figuier que nous sommes pour y faire pousser la vie.  Puisse cette célébration nous permettre de mieux découvrir un Dieu dont l'Esprit est à l'œuvre en nous et avec nous dans  toute la puissance de sa résurrection.

 

J’invite Rachel à venir vous adresser la parole.