Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 7 mars 2010


Carême – 3e dimanche – Premier scrutin. – Évangile de la samaritaine

Au cours des prochains dimanches, nous allons vivre des scrutins et des « Tradition » qui sont autant d’étapes pour un adulte qui se prépare au baptême.  Dans un moment,  nous allons vivre un premier scrutin et la tradition du symbole des apôtres avec trois adultes de notre paroisse qui seront baptisés dans la nuit de Pâques, à la cathédrale.  Et, pour  ce premier scrutin, la liturgie nous demande d’utiliser l’évangile de la samaritaine.  Il y a une raison à cela!  Elle désire que les  catéchumènes fassent la même expérience que la samaritaine,  qu’ils se laissent regarder comme elle par le regard d’amour et transformateur du Christ.  Évidemment, nous sommes tous invités à le faire.

Comment Jésus a-t-il regardé la samaritaine?  Il ne l’a pas regardé comme une  hérétique; les samaritains n’avaient pas la même religion que les Juifs.  Il ne l’a pas regardé comme les gens de son époque regardaient les femmes qui n’étaient pas considérées.  Il ne l’a pas regardé comme une vaurienne celle qui vivait avec un concubin après avoir eu cinq maris.  Il a eu pour elle un autre regard, un regard d’amour et d’affection. Avec le regard le plus humain qu’il y a en Dieu, il a vu ce qu’il y avait de divin en elle, son désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu.  Il fait la même chose avec nous.

Ce regard humain d’un Dieu qui voit ce qu’il y a de divin en l’homme, on le trouve à maintes reprises dans les évangiles.

Pensez, par exemple, à la parabole de l’enfant prodigue où le père regarde ces deux fils, le plus jeune qui a gaspillé tous ses biens et le plus vieux qui ne veut plus rentrer à la maison, avec un regard miséricordieux, rempli de bonté, de tendresse et d’amour.

Pensez encore à  son regard sur Zachée perché dans son arbre, le chef des collecteurs d’impôt que tout le monde regardait comme le pire des voleurs, à son regard sur Pierre qui vient de le renier trois fois et qui éclate en sanglots devant ce regard d’amour, à son regard  sur le jeune homme qu’il se prend à aimer parce qu’il est ébloui par la qualité de ce cœur, par la ferveur de ce garçon qui, pourtant, renonce à le suivre.

Ces regards de Jésus prennent toute une force pendant le temps de sa passion! 

Il ne dit pas de Judas : « C’est un traître! ». Il l’embrasse et lui dit : "Mon ami"   

 

 

 

Il ne dit pas : « Ces grands prêtres sont des juges iniques, ce roi est un pantin, ce procurateur romain est un peureux, cette foule est une populace, ces soldats sont des tortionnaires.» Non!  Il dit : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font"

 

Et que dire encore du regard de Jésus sur celui qui nous appelons le bon larron. Un regard fantastique! Le regard d’un crucifié sur un autre crucifié comme lui; un regard épuisé mais rempli de tellement d’amour.  On peut comprendre que cet   homme ait fondu dans les bras de la miséricorde de Dieu, alors qu’il avait tout perdu même sa réputation.

 

De nos jours, il n’aurait jamais dit : "Il n’y a rien de bon dans celui-ci, dans celle-là, dans ce milieu-ci ou dans ce milieu-là." Il n’aurait jamais dit: « C’est un intégriste, un moderniste, un gauchiste, un fasciste, un mécréant, une punaise de sacristie.. »  Pour lui, les autres, quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours des êtres aimés de Dieu.

 

Jésus continue toujours de nous regarder de la même manière, pas comme un simple spectateur qui regarde une pièce de théâtre. Non! il nous regarde avec amour, il nous regarde dans l’espérance,  il regarde ce qu’il y a de  plus divin en nous.  Prenons conscience de ce regard que Jésus a aujourd’hui sur nous.  Ce  regard peut faire pour nous la même chose qu’il a fait pour la samaritaine, pour Zachée, pour Pierre, le bon larron, nous transformer.

 

Et, avec la grâce de Jésus, essayons d’avoir sur tous ceux et celles qui nous entourent le même regard que Jésus,  non pas un regard qui accuse, un regard qui juge, mais un regard d’émerveillement et de pardon, un regard de tendresse et d’amour, un regard rempli d’espérance.  Au moment où on nous parle constamment de mission,  ce regard de Jésus que nous avons pour les autres est bien important.  On dit qu’il  est la première étape de toute évangélisation. On le voit d’ailleurs chez la Samaritaine, la première missionnaire, qui courre en ville invitant les gens à venir rencontrer Jésus. 

 

Nous allons maintenant vivre un premier scrutin et la « Tradition » du Symbole des Apôtres.  Je vous invite à prier pour ces trois personnes qui sont dans l’attente de leur baptême, dans la nuit de Pâques, à la cathédrale St-Joseph.

 

Je vous invite à demeurer assis.