Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 17 février 2010


Mercredi des cendres

Dans la tradition musulmane, on rapporte l’histoire d’un homme parti à la recherche de Dieu.  Il disait : « J’ai cherché Dieu par toutes les portes, mais, à chacune d’elles,  j’ai trouvé une foule indescriptible.  À la porte de la prière, je n’aurais jamais cru qu’il y avait autant de gens qui prient.   À la porte de l’aumône, que d’hommes charitables!  À la porte du jeûne, des pèlerins en grand nombre!  Alors, je me suis dis que je n’arriverais jamais à entrer chez Dieu. Alors, mon cœur m’a dit : « Va donc voir à la porte de l’humilité! »  « Sapristi, je suis entré tout de suite. »

Jésus vient de nous inviter à prendre la porte de l’humilité :  « Ne fais pas sonner de la trompette devant toi… !   Ne te donne pas  en spectacles… Ne prends pas un visage triste… Pour bien te montrer aux hommes!  »

Cette invitation de Jésus, nous allons la traduire tantôt par un geste en nous approchant pour recevoir les cendres.  La cendre est un beau symbole de notre fragilité : on sait comment elle est légère, comment elle se laisse emporter au moindre petit coup de vent.  Ce geste veut nous aider à prendre conscience de notre fragilité, de notre faiblesse, en même temps qu’il veut nous ouvrir à quelque chose de plus sûre, de plus fondamental, à l’évangile.

Si le mot « secret » revient six(6) fois dans l’évangile, il y en a un autre qui revient  six(6) fois : « Père »,  et pas seulement « Père », mais « Ton Père. »  Au-delà de nos fragilités, Jésus veut nous ramener à la racine profonde de notre être, c'est-à-dire à l’amour de notre Dieu, un amour qui nous fait comprendre qu’on ne peut rien sans lui et qu’on ne peut pas tout ramener à nous-mêmes.  Cet amour du Père, c’est la lumière qui veut éclairer notre route tout au long de ce carême 2010.

Probablement, qu’en retournant dans votre banc, vous allez être préoccupés d’enlever la cendre qu’il y a dans vos mains.   On voudrait la faire disparaître!   On fait la même chose devant un feu de foyer!   Quand il y a trop de cendre, on l’élimine pour découvrir la braise qui est en dessous, souffler dessus afin de permettre au feu de reprendre à nouveau.  C’est ça notre carême!  

Sous la cendre de nos stress et de nos manques de temps, Jésus nous invite à souffler sur la braise de la prière pour découvrir un temps libre et gratuit.

Sous la cendre de nos gadgets et de notre surconsommation, Jésus nous invite à déterrer la braise du jeûne, en adoptant une manière de vivre basée sur la sobriété,  en renonçant à acheter des objets superflus.

Sous la cendre d’un monde où l’argent est Dieu, Jésus nous invite à souffler sur la braise de la générosité et de l’aumône.  Comme par les années passées, nous entrons dans un carême qui ne cesse de nous appeler au partage pour libérer les pauvres et des démunis.

Sous  la cendre de nos joies, de nos fragilités, de nos angoisses et de nos envies, il y a un feu qui couve, une braise d’amour qui désire s’allumer pour une lumière éternelle! 

C’est ça le carême :  un temps pour chasser les cendres qui nous couvrent, un temps pour souffler sur le braise de notre feu intérieur à la lumière de l’évangile. 

Cette marche que nous entreprenons veut nous conduire à la fête de Pâques, et à cette autre fête qui est le sommet du temps pascal, la Pentecôte, où l’Esprit vient ranimer en nous la braise de l’amour.

En terminant, je reviens sur  quelques phrases du psaume que nous avons prié tantôt :

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour.

Crée en moi un cœur pur.

Rends-moi la joie d’être sauvé.

Que ton Esprit généreux me soutienne. »

 

Je vous souhaite un beau et bon carême.