Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 7 février 2010


5e dimanche ordinaire

C’est rare dans le temps ordinaire, mais aujourd’hui on voit un point commun aux trois lectures que nous avons entendues. À Dieu qui demande « Qui sera notre messager? », Isaïe, qui se reconnaît pécheur, répond : « Moi, je serai ton messager, envoie-moi. » Paul déclare qu’il n’est pas digne d’être appelé apôtre, mais on sait comment il l’a été. Simon Pierre demande à Jésus de s’éloigner de lui, mais Jésus lui dit : « désormais, ce sont des hommes que tu prendras. » Tous les trois ont compris que Dieu lui confiait une mission.

« Je vais faire de toi un pêcheur d'hommes. »  Pêcher des poissons, on sait ce que ça veut dire!  Être pris dans un filet, se débattre au bout d'une ligne, gigoter au fond du bateau pour finir sa vie dans une assiette. Mais "Pêcher des hommes!", c’est bien différent : leur permettre de sortir la tête de l'eau, quand ils sont submergés par toutes sortes de problèmes, leur permettre d'émerger, de respirer un grand coup, de se redresser, de se remettre en route.  

Le grand miracle dans l’évangile, ce n’est pas la pêche miraculeuse, les deux barques qui s’enfoncent tellement elles sont pleines de poissons.  Le vrai miracle, c’est celui qui se passe dans le cœur de Simon Pierre, un pêcheur de poisson qui devient un pêcheur d’hommes, qui accepte de s'associer à la mission de Jésus.  Mettons-nous dans sa peau un moment!  Il vient de passer la nuit debout.  Il est sans doute déjà fatigué quand Jésus lui demande de prendre sa barque pour enseigner.  Et par après,  Jésus lui demande de prendre le large, de tendre les filets à nouveau en plein jour, mais la pêche est meilleure la nuit, et Pierre n'avait rien pris.  Il avait toutes les raisons de se plaindre, mais il manifeste beaucoup de générosité et de confiance devant l'appel de Jésus.

On voit deux scènes différentes dans l’évangile. Dans la première, on voit la barque de Pierre, avec un homme debout, avec face de lui, sur le rivage, une foule silencieuse qui l’écoute.  Dans la deuxième, on voit toujours la barque de Pierre, mais cette fois, elle est tellement pleine de poissons qu’elle s’enfonce. Ce n’est pas pour rien !  La barque de Pierre, on la connaît, c’est la barque de l’Église, de cette Église qui est la nôtre, qui, comme dans la première scène, se veut attentive aux paroles du Seigneur, de cette Église qui est la nôtre qui, dans la deuxième scène répond à l’appel de Jésus d’aller de pêcher des hommes avec Pierre.

« Ils firent signe à leurs compagnons de venir les aider. Ceux-ci vinrent et ils remplirent les deux barques. »  Aujourd’hui, c’est l’Église qui nous interpelle pour que nous donnions un coup de main!

 

 

Il y a 50 ans, tout le monde faisait partie de l’Église.  La mission, c’était juste pour ceux qui devaient partir dans les pays lointains, là où il y avait des personnes non baptisées.  Les missionnaires, c’était des gens choisis un peu comme Isaïe, Paul ou Pierre. On le sait, notre monde a bien changé.  Nombre de parents réalisent que leurs enfants ne vivent plus les mêmes valeurs religieuses, qu’ils ne veulent plus se marier à l’église, y faire baptiser leurs enfants.  On voit un grand déclin dans la pratique religieuse, des chrétiens qui abandonnent leur foi, les sectes qui se multiplient, 2000 au Québec.  On a beaucoup parlé ces derniers jours de l’église de la scientologie à Québec. Il faut le dire et le redire, nous sommes devenus un pays de mission.  C’est dans tout ce contexte qu’on a besoin de prendre bien conscience qu’on est tous dans la barque de Pierre, tous pêcheurs d’hommes comme lui.

C’est quelque chose de nouveau et tout un défi!  Devant cela, on peut se sentir indigne comme Isaïe, moins que rien comme Paul, apeuré comme Pierre qui demande à Jésus de s’éloigner de lui. C’est normal qu’on réagisse ainsi! On peut prétexter qu’on n'a pas la parole facile, qu’on n'a pas fait de hautes études. Isaïe, Paul et Pierre nous aident à comprendre que le bon Dieu n'a pas besoin de notre perfection pour réaliser ce qu'il veut faire à travers nous, qu’on ne peut pas jouer la corde de l'incapacité avec le Dieu de l'impossible. Rappelons-nous que Jésus n’a pas choisi des experts pour sa mission, mais de pauvres pêcheurs.

Ce défi qui est le nôtre n’est pas ailleurs mais ici même dans notre immense paroisse d’à peu près 60000 personnes. Je pense à de larges secteurs, comme le Plateau, qu’on ne peut pas se permettre d’abandonner.  Ce sont ces questions difficiles que nous allons aborder samedi prochain, lors de l’assemblée pastorale annuelle, en soulignant la fête de la patronne de notre paroisse « Notre-Dame de l’Eau Vive ».

Le bon Dieu ne nous demande pas d’être des gens extraordinaires, mais des gens généreux comme Pierre et capables de lui faire confiance, des gens qui ont simplement le goût d’en aider d’autres à sortir la tête de l'eau, quand ils sont submergés par toute sorte de problèmes. Comme la samaritaine de l’évangile, nous sommes invités à être des porteurs de vie.

On vient de voir que Jésus, avec beaucoup de doigté, a préparé Pierre pour une pêche de nouveau genre.  Pendant notre célébration, demandons au Seigneur qui nous parle, à partir de la barque de l’Église, de nous préparer nous aussi pour la même pêche d’un nouveau genre, de nous donner la générosité et la confiance de Pierre qui, après toute une nuit de travail et sans résultat, a poursuivi son travail pendant le jour en réponse à l’appel de Jésus.