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C’est
rare dans le temps ordinaire, mais aujourd’hui on voit un
point commun aux trois lectures que nous avons entendues. À
Dieu qui demande « Qui sera notre messager? », Isaïe,
qui se reconnaît pécheur, répond : « Moi,
je serai ton messager, envoie-moi. » Paul déclare
qu’il n’est pas digne d’être appelé apôtre, mais on
sait comment il l’a été. Simon Pierre demande à Jésus de
s’éloigner de lui, mais Jésus lui dit : « désormais,
ce sont des hommes que tu prendras. » Tous les trois ont
compris que Dieu lui confiait une mission.
« Je
vais faire de toi un pêcheur d'hommes. »
Pêcher des poissons, on sait ce que ça veut dire! Être
pris dans un filet, se débattre au bout d'une ligne, gigoter
au fond du bateau pour finir sa vie dans une assiette. Mais
"Pêcher des hommes!", c’est bien différent :
leur permettre de sortir la tête de l'eau, quand ils sont
submergés par toutes sortes de problèmes, leur permettre d'émerger,
de respirer un grand coup, de se redresser, de se remettre en
route.
Le
grand miracle dans l’évangile, ce n’est pas la pêche
miraculeuse, les deux barques qui s’enfoncent tellement
elles sont pleines de poissons.
Le vrai miracle, c’est celui qui se passe dans le cœur
de Simon Pierre, un pêcheur de poisson qui devient un pêcheur
d’hommes, qui accepte de s'associer à la mission de Jésus.
Mettons-nous dans sa peau un moment!
Il vient de passer la nuit debout.
Il est sans doute déjà fatigué quand Jésus lui
demande de prendre sa barque pour enseigner.
Et par après,
Jésus lui demande de prendre le large, de tendre les
filets à nouveau en plein jour, mais la pêche est meilleure
la nuit, et Pierre n'avait rien pris.
Il avait toutes les raisons de se plaindre, mais il
manifeste beaucoup de générosité et de confiance devant
l'appel de Jésus.
On
voit deux scènes différentes dans l’évangile. Dans la
première, on voit la barque de Pierre, avec un homme debout,
avec face de lui, sur le rivage, une foule silencieuse qui
l’écoute. Dans
la deuxième, on voit toujours la barque de Pierre, mais cette
fois, elle est tellement pleine de poissons qu’elle
s’enfonce. Ce n’est pas pour rien !
La barque de Pierre, on la connaît, c’est la barque
de l’Église, de cette Église qui est la nôtre, qui, comme
dans la première scène, se veut attentive aux paroles du
Seigneur, de cette Église qui est la nôtre qui, dans la
deuxième scène répond à l’appel de Jésus d’aller de pêcher
des hommes avec Pierre.
« Ils
firent signe à leurs compagnons de venir les aider. Ceux-ci
vinrent et ils remplirent les deux barques. » Aujourd’hui,
c’est l’Église qui nous interpelle pour que nous donnions
un coup de main!
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Il
y a 50 ans, tout le monde faisait partie de l’Église. La
mission, c’était juste pour ceux qui devaient partir dans
les pays lointains, là où il y avait des personnes non
baptisées.
Les missionnaires, c’était des gens choisis un peu
comme Isaïe, Paul ou Pierre. On le sait, notre monde a bien
changé.
Nombre de parents réalisent que leurs enfants ne
vivent plus les mêmes valeurs religieuses, qu’ils ne
veulent plus se marier à l’église, y faire baptiser
leurs enfants. On
voit un grand déclin dans la pratique religieuse, des chrétiens
qui abandonnent leur foi, les sectes qui se multiplient,
2000 au Québec. On
a beaucoup parlé ces derniers jours de l’église de la
scientologie à Québec. Il faut le dire et le redire, nous
sommes devenus un pays de mission. C’est
dans tout ce contexte qu’on a besoin de prendre bien
conscience qu’on est tous dans la barque de Pierre, tous pêcheurs
d’hommes comme lui.
C’est
quelque chose de nouveau et tout un défi!
Devant cela, on peut se sentir indigne comme Isaïe,
moins que rien comme Paul, apeuré comme Pierre qui demande
à Jésus de s’éloigner de lui. C’est normal qu’on réagisse
ainsi! On peut prétexter qu’on n'a pas la parole facile,
qu’on n'a pas fait de hautes études. Isaïe, Paul et
Pierre nous aident à comprendre que le bon Dieu n'a pas
besoin de notre perfection pour réaliser ce qu'il veut
faire à travers nous, qu’on ne peut pas jouer la corde de
l'incapacité avec le Dieu de l'impossible. Rappelons-nous
que Jésus n’a pas choisi des experts pour sa mission,
mais de pauvres pêcheurs.
Ce
défi qui est le nôtre n’est pas ailleurs mais ici même
dans notre immense paroisse d’à peu près 60000
personnes. Je pense à de larges secteurs, comme le Plateau,
qu’on ne peut pas se permettre d’abandonner.
Ce sont ces questions difficiles que nous allons
aborder samedi prochain, lors de l’assemblée pastorale
annuelle, en soulignant la fête de la patronne de notre
paroisse « Notre-Dame de l’Eau Vive ».
Le
bon Dieu ne nous demande pas d’être des gens
extraordinaires, mais des gens généreux comme Pierre et
capables de lui faire confiance, des gens qui ont simplement
le goût d’en aider d’autres à sortir la tête de
l'eau, quand ils sont submergés par toute sorte de problèmes.
Comme la samaritaine de l’évangile, nous sommes invités
à être des porteurs de vie.
On
vient de voir que Jésus, avec beaucoup de doigté, a préparé
Pierre pour une pêche de nouveau genre.
Pendant notre célébration, demandons au Seigneur
qui nous parle, à partir de la barque de l’Église, de
nous préparer nous aussi pour la même pêche d’un
nouveau genre, de nous donner la générosité et la
confiance de Pierre qui, après toute une nuit de travail et
sans résultat, a poursuivi son travail pendant le jour en réponse
à l’appel de Jésus.
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