Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 24 janvier 2010


3e dimanche ordinaire

« Comme il en avait l’habitude, Jésus entra dans la synagogue de son village le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage qu’il avait à lire. »

Il n’y avait là rien de neuf pour les paroissiens de Nazareth. Ils avaient souvent entendu ce texte, mais rien ne changeait. Mais voilà que Jésus conclut en disant : « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » Jésus ose s’approprier cette lecture. Il affirme qu’elle parle de lui et de sa mission. De fait, on sait que c’est ce qu’il a fait pendant sa vie : il a guéri des malades, des lépreux, des aveugles et des boiteux; il a apporté une libération aux opprimés et il a annoncé la Bonne Nouvelle aux pauvres.

Ça fait 2000 ans qu’on proclame cette même Parole dans nos églises, et, à la manière de Jésus, nous osons dire qu’elle s’adresse à nous aujourd’hui, le 24 janvier 2010.   Pourtant, on voit bien qu’il y a toujours du mal et des injustices, des aveugles et des boiteux, et ce, malgré tous les progrès de la science. Pendant cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous nous rappelons que Jésus a prié avec insistance pour que ses disciples soient un, comme lui et le Père sont un. Le Père n’a pas tellement écouté ni exaucé la prière de son Fils. Malgré toutes nos propres prières et tous nos efforts pour l’œcuménisme, on voit bien que ça n’avance pas vite.

Ça nous amène à nous poser une question très sérieuse. Qu’est-ce que ça veut dire : « Cette Parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »! Faut-il penser que cette Parole ne s’accomplit plus aujourd’hui, qu’elle est simplement un vœu pieux, mais vide? Des grosses questions! 

C’est peut-être parce qu’on n’y croit plus tellement qu’on se met à suivre toutes sortes de prédictions heureuses et malheureuses qui nous sont faites autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église.   On se prétend chrétien et on se met à croire à toutes sortes de révélations privées qui deviennent plus importantes que l’évangile.  Je me défends d’être trop concret de peur de blesser quelques personnes parmi nous.  Mais, il ne faut pas être aveugle!  J’ai parfois l’impression qu’on est en train de se créer des sectes. 

Qu’est-ce que ça veut dire :  « Cette Parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui, le 24 janvier 2010, qu’elle s’accomplit.

Pour le comprendre, il faut relire au complet le texte du prophète Isaïe que Jésus proclame dans la synagogue de son village.

   Voici ce que disait le prophète : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, car il m’a donné l’onction; il m’a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur et ‘un jour de vengeance pour notre Dieu.’  Dans sa lecture, Jésus laisse tomber ‘Un jour de vengeance pour notre Dieu’.   Au contraire, pendant sa vie, il mettra en pratique une autre parole du même prophète qui dit : ‘Soyez forts, ne craignez pas; voici votre Dieu, c’est lui qui vient vous sauver.’

Mardi soir dernier, à la célébration pour Haïti à la cathédrale, Mgr Ebacher attirait notre attention sur une phrase du psaume qui disait : « Malheur sur malheur pour le juste », et non pas « Malheur sur malheur pour les injustes », ce qui évaudrait chaque fois à une punition de Dieu.

Il y a plusieurs paroissiens de chez nous qui auraient grand avantage à saisir que Jésus a laissé tomber le jour de vengeance de Dieu pour le traduire dans le salut qu’il vient apporter. ‘Voici votre Dieu, c’est lui qui vient vous sauver’.  J’ai été très peiné de voir que des gens parmi nous, qui se prétendent de très bons chrétiens, continuent d’affirmer que le tremblement de terre en Haïti est une vengeance de Dieu.  Cette même vengeance de Dieu, ils l’expriment aussi dans d’autres situations.  Faire une telle affirmation, c’est trahir l’évangile et tout ce que Jésus nous dit dans l’évangile d’aujourd’hui. 

En Jésus, le ‘jour de vengeance de Dieu’ prend une toute autre couleur!  ‘Cette parole de Dieu que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui, le 24 janvier 2010 qu’elle s’accomplit, parce que Dieu vient toujours pour nous sauver. 

L’ ‘aujourd’hui’ de l’évangile’,  c’est l’ ‘aujourd’hui’ de l’amour que Dieu nous porte de toute éternité.  Aujourd’hui, Dieu vient nous donner son amour inouï.

Aujourd’hui, nous sommes venus à l’église participer à l’eucharistie.  Le Seigneur continue à nous enseigner comme il l’a fait dans son village.  Il nous apprend, comme il l’a fait, à nous laisser guider par son Esprit.   Gardons les yeux bien fixés sur lui comme ceux qui l’écoutaient dans la synagogue.  Nous sommes venus communier au Corps ressuscité de Jésus qui est toujours avec nous.  Chaque fois que nous le faisons, la victoire de Jésus grandit encore un peu plus en nous, et nous permet de vivre en enfants de Dieu et avec Dieu.

Dans la confiance et la reconnaissance, poursuivons notre prière.