Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 17 janvier 2010


2e dimanche ordinaire

Jean a une bien drôle de façon de nous parler d’une noce!  Pas un mot de la mariée!  Il y a un maître du repas, mais c’est une invitée, Marie, qui se rend compte qu’ils n’ont plus de vin. Ce n’est pas au maître du repas qu’on demande de régler le problème, mais à un autre invité, Jésus qui affirme que ça ne le regarde pas mais qui demande aux serviteurs de remplir les cruches, d’en puiser et d’aller en porter au maître du repas.  Un bien drôle de mariage!  C’est Jésus qui corrige la situation, puis c’est le marié qui reçoit toutes les félicitations. 

On sent bien que Jean ne veut pas nous faire un reportage sur une noce vieille de 50 ans, mais  une catéchèse en image qui nous cache une révélation très profonde.

On pouvait commencer à  le comprendre dans 1e lecture où le prophète nous dit : « Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera.  Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »  L’amoureux, c’est le Seigneur lui-même.  L’objet de ses rêves, la bien-aimée,  c’est la belle Jérusalem qui symbolise tout le peuple d’Israël, et même toute l’humanité, celle de tous les temps et celle d’aujourd’hui.  Toute la Bible est une longue histoire d’amour,  celle d’un Dieu  qui cherche inlassablement à rencontrer les humains, à leur parler, à faire alliance avec eux, à préparer le jour des Noces et ce jusqu’aux Noces éternelles.

Jean commence par nous dire « qu’il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles. »  Mais les cuves son vides!  Pas moyen de se purifier!  Ce n’est pas pour rien non plus qu’il y en avait six (6), un  chiffre qui souligne une imperfection. Et comme si ce n’était pas encore assez, les mariés n’ont plus de vin. 

Jean veut nous faire comprendre qu’on moment où Jésus commence  sa vie publique, le mariage entre Dieu et son peuple ne va pas très bien.  Il y a eu une première noce entre Dieu et son peuple, une première alliance, mais les clauses du contrat n’ont pas été bien respectées.  On a multiplié les infidélités; on est allé jusqu’à des divorces en adorant d’autres dieux.    

Les jarres vides, ça pourrait bien nous ressembler un peu,  quand nous nous montrons incapables d’accueillir l’Esprit de Jésus, sa Parole, et le renouvellement qu’il apporte dans notre temps.   L’eau inodore, incolore et sans saveur peut bien représenter celle de nos vies.

 

 

Mais le bon Dieu est toujours follement amoureux de son peuple.  Il est toujours plein d’amour pour son épouse, et le temps des retrouvailles est toujours possible. 

Il ne se laisse pas arrêter par nos limites et nos faiblesses.  Le pardon et le conversion ne sont pas des utopies.  Que sa fiancée revienne à lui et il l’épousera !

Ce qui était vrai hier l’est encore aujourd’hui !  Dieu envoie toujours l’Esprit de son Fils  pour changer l’eau de nos vies en un vin de qualité par la Bonne Nouvelle de l’évangile. L’Esprit de Jésus est toujours là pour  nous rendre la joie de la noce, une joie qui doit l’emporter sur nos inquiétudes, sur nos peurs et nos étroitesses.  L’Esprit de Jésus est toujours là pour nous soutenir,  pour qu’on retrouve la fidélité à son amour, la fidélité des noces entre lui et nous.

Prenons le temps, en ce moment, de regarder la patronne de notre paroisse, la vierge Marie.   C’est elle qui se rend compte qu’il n’y a plus de vin  et c’est encore elle qui va le dire à Jésus.  On voit qu’elle est une femme attentive aux besoins des autres.  Comme elle,  soyons attentifs aux besoins de ceux et de celles qui nous entourent et que le Seigneur a mis sur notre route.    Comme elle, prenons le temps de le dire à Jésus, de lui confier nos problèmes , et tous ceux que nous constatons autour de nous, dans notre famille, dans notre communauté, notre paroisse, notre Église et notre monde.  Ce matin, nous pouvons de tout cœur, confier au Seigneur le drame terrible d’Haïti avec tout ce qu’il comporte de souffrances et d’appel au partage.

On voit aussi dans l’évangile que Marie ne laisse pas arrêter par les refus apparents de son Fils.   C’est une femme de foi. « Faites tout ce qu’il vous dira » dit-elle aux serviteurs et à nous aussi aujourd’hui. Elle est une femme d’espérance;  elle sait que le bon Dieu se laisse toucher par une foi confiante et persistante.  Comme elle, ayons confiance!  Soyons certains que le bon Dieu ne sera pas sourd à nos prières et qu’il se laissera toucher par notre foi.

« Faites tout ce qu’il vous dira » dit-elle aux serviteurs.  En prenant le risque de le faire, nous pouvons avoir de belles surprises comme dans l’évangile.   Le Seigneur est bien capable de défier notre logique, de nous surprendre.  Qui aurait pu penser que six cents litres d’eau pourraient donner un vin de qualité, et ce, dans un petit village de rien?  La réponse de Jésus va au-delà de l’imaginable.

Réunis pour célébrer l’eucharistie,  nous avons la chance d’écouter la Parole de Dieu,  de clarifier nos engagements,  de renouveler notre alliance de foi dans un climat de noces et de fêtes.  Aujourd’hui, comme le maître du repas, nous pouvons goûter le bon vin, accueillir celui qui se donne à nous dans son corps et son sang pour que nous puissions retrouver la joie de la noce, de  cette alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et nous.

 

Poursuivons notre prière.