Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 10 janvier 2010


Baptême du Seigneur

Un jour le prophète Isaïe, voyant la misère de son peuple qui s’était détourné de Dieu, voyant le temple profané par des étrangers, constatant le silence et l’absence de Dieu, s’écriait : « Ah!  Si tu déchirais les cieux et si tu descendais. »  Toute une supplication!  Et l’évangile vient de nous dire, qu’après le baptême de Jésus, le ciel s’est ouvert.  La prière du prophète se réalise dans la personne de Jésus.

Un moment extraordinaire, sans doute!  Mais, on pourrait bien dire : « Et puis après! », parce que, depuis ce temps-là, on a l’impression que les cieux  se sont refermés à jamais.   Comme le prophète, on trouve le bon Dieu bien silencieux devant les prières qui viennent de notre cœur,  bien absent devant la méchanceté des hommes, l’atrocité des guerres, les catastrophes qui frappent les innocents, et combien d’autres situations encore.  En conclusion, on pourrait dire que le ciel ouvert, ce n’est pas pour nous autres!

Luc nous raconte que  Jésus a voulu être baptisé par Jean et que le baptême de celui-ci était un baptême de repentir pour la rémission des péchés.  Comment comprendre puisque Jésus n’avait jamais péché.  Il dira lui-même un jour : « Qui d’entre vous me convaincra de pécher? »  C’est encore plus fort quand une voix venant du ciel proclame : « C’est toi, mon Fils bien aimé ».  Pourquoi Jésus avait-il donc besoin de se faire baptiser par Jean, de se faire purifier de péchés qu’il n’avait jamais commis?

En nous racontant le baptême de Jésus, Luc nous place devant un profond changement, un changement radical,  une vraie révolution dans l’histoire religieuse de l’humanité.  Ce n’est pas nous qui allons vers Dieu; c’est lui qui prend l’initiative de venir vers nous et nous n’avons qu’à l’accueillir.

En nous racontant que les cieux se sont ouverts après le baptême de Jésus, Luc veut nous faire comprendre que Dieu prend l’initiative de venir chez les pécheurs. Quand Jésus plonge dans les eaux du Jourdain, il nous fait voir que Dieu se plonge dans notre humanité avec tout son poids de péchés, de souffrance et de mort.  Il nous fait voir que Dieu ne nous demande plus d’enlever nos sandales comme Moïse avait dû le faire au buisson ardent, de secouer la poussière qui colle à nos pieds.  C’est lui qui vient jusque dans la poussière de nos vies.  On le voit bien le soir du jeudi saint quand Jésus se met à genoux  devant ses disciples pour enlever lui-même la poussière de leurs pieds.


Jésus nous a toujours fait voir que les cieux s’étaient ouverts : on le voyait à Noël; on le voit aujourd’hui au Jourdain; on le verra encore sur la croix.   Jésus était parmi nous la présence de l’amour infini du Père.  Il n’a pas changé depuis ce temps-là!  Les cieux sont toujours ouverts!  Jésus vient toujours se plonger dans notre humanité pour y déposer l’amour infini de son Père.  Il continue de descendre dans les eaux troubles de nos vies.  Il nous suffit de l’accueillir! 

À Noël, Jésus s’était déjà fait solidaire de notre humanité en devenant un humain comme nous. En se faisant baptiser par Jean, il se fait solidaire de tous ces pécheurs qui aspirent au changement, à une vie meilleure.  En choisissant d’être baptisé, il se fait solidaire de tous ceux et celles qui veulent faire un chemin dans leur cœur pour accueillir Dieu, pour les entraîner à sa suite et en faire un peuple d’enfants de Dieu, fils et filles du Père, comme lui.

Les cieux sont toujours ouverts et Jésus se fait toujours  solidaire de notre humanité. On pourrait dire qu’il monte dans notre arche, comme au temps de Noé, pour nous faire passer à une humanité nouvelle,  qu’il marche avec nous, comme au temps de Moïse pour traverser les mers rouges de nos vies, les esclavages de toutes sortes, les mensonges qui nous ligotent, nos échecs pour nous conduire à la terre promise, qu’il monte dans la barque des disciples que nous sommes pour nous faire passer sur l’autre rive.

Le baptême de Jésus,  une vraie révolution religieuse dans l’histoire de l’humanité.  C’est Dieu qui prend l’initiative de venir nous rencontrer.  Ouvrons-lui notre cœur!

C’est dans cet esprit que je reprends dans nos propres mots ces paroles du psaume que nous avons prié tantôt.

 « Seigneur, tous, nous comptons sur toi pour recevoir notre nourriture au temps voulu, aujourd’hui le pain de l’eucharistie, ton Corps et ton Sang. Tu nous donnes,  et nous, nous ramassons : tu ouvres la main, et nous sommes comblés. Tu envoies ton souffle, et nous sommes créées, tu renouvelles la face de la terre.»

 

Poursuivons notre prière.