|
On pourrait dire, qu’à première
vue, on assiste à une rencontre banale entre deux femmes
enceintes : une qui est âgée, enceinte de six mois, et
l’autre, toute jeune, qui vient d’apprendre qu’elle sera
mère. Elle vient
en aide à sa cousine! Quoi de plus simple et normal! Mais les
deux portent en elles des enfants de l’impossible! Élisabeth
était stérile. Marie n’avait pas de relations conjugales
avec Joseph. Au sens le plus fort du mot, on
peut donc dire que ces enfants sont un don de Dieu.
Ce qui frappe dans l’évangile,
c’est l’accueil qu’Élisabeth réserve à Marie. Elle
voit en elle bien plus que quelqu’un de sa parenté, bien
plus que sa cousine, mais la mère du Sauveur, la porteuse du
Messie. Elle dépasse ce qui est apparent pour voir quelque
chose de bien plus profond.
Nous sommes invités à faire de même
les uns pour les autres. Khalil Gibran disait : « Chaque enfant s’enracine
dans un don qui vient de bien plus loin que l’amour des
parents. Notre véritable
racine, c’est l’amour créateur de notre Dieu ». Nous
ne sommes pas les enfants de l’impossible comme
Jean-Baptiste et Jésus, mais nous sommes des dons de Dieu. Si
on pouvait mieux le comprendre, ça changerait bien des
choses. On apprendrait à mieux se respecter et à
s’accueillir. Je vous raconte une histoire que je vous ai déjà
racontée mais qui nous aide à mieux comprendre.
«Il
y avait, une fois, un
monastère qui traversait des temps difficiles.
Suite à des persécutions, la communauté avait dû
fermer toutes ses maisons.
Il ne restait que la vieille maison-mère, habitée par
un supérieur et quatre moines, tous âgés de plus de 70 ans.
Le supérieur qui se désolait de la mort prochaine de
sa congrégation eut l'idée de rendre visite, un jour, à un
rabbin pour lui demander s’il n’avait pas quelques
conseils à lui donner pour sauver le monastère.
"Non, je suis désolé, répondit le rabbin.
Je n'ai pas de conseil à vous donner. Je peux
seulement vous dire que le Messie est l'un d'entre vous."
Les vieux moines ruminèrent les
paroles du rabbin pendant des jours, des semaines et des mois
en se demandant ce qu’il fallait comprendre. "Le Messie
est l'un d'entre nous! A-t-il
vraiment voulu dire l'un d'entre nous, ici, au monastère?
Mais alors, lequel d'entre nous?
"S’il pensait à quelqu'un,
c'était sûrement au Frère supérieur. Il est notre
supérieur depuis une génération. Il est possible aussi
qu'il ait songé à Frère Thomas...
Tout le monde sait que Thomas est un être de lumière.
Il n'a certainement pas voulu dire Frère Lucien qui a
raison souvent mais qui est bien agaçant.
|
Peut-être que le
rabbin pensait à Frère Lucien.
Mais sûrement pas à Frère Philippe. C’est vrai
qu’il a un don bien mystérieux, qu’il est
toujours prêt à rendre service, mais il est bien trop
passif. Mais,
peut-être bien que Philippe est le Messie.
Le rabbin n’a certainement pas
voulu parler de moi. Je ne suis qu'une personne ordinaire.
Mais supposons qu'il ait pensé à moi... Mon Dieu,
pas moi. Je ne
peux pas avoir une si grande valeur à Vos yeux!
Tout en réfléchissant de la sorte,
les vieux moines se mirent à faire preuve d'un très grand
respect les uns pour les autres au cas où l'un d'entre eux
serait le Messie. Et
chacun commença à se traiter et à traiter les autres avec
un infini respect.
Les gens qui se rendaient parfois au
monastère sentaient qu’une atmosphère d'infini respect
entourait désormais les cinq vieux moines. Il y avait un
petit quelque chose qui irradiait de leur personne, un
quelque chose d’attirant et d’irrésistible.
Alors, sans trop savoir pourquoi,
ils se rendaient de plus en plus souvent au monastère pour
pique-niquer, jouer, prier. Puis
ils commencèrent à emmener leurs amis...
Les jeunes se mirent à parler de plus en plus
longuement avec les cinq moines.
Au bout de quelques semaines, un jeune demanda s'il
pouvait se joindre à eux.
Puis un autre et un autre.
C'est ainsi qu'en quelques années, le monastère
redevint une congrégation florissante, un lieu vibrant de
spiritualité et de lumière dans le royaume. »
A partir du moment, dans la petite
histoire, où chacun des moines a commencé à imaginer
qu’un d’entre eux pouvait être le Messie, tout a changé
entre eux! Qu'est-ce
qui changerait entre nous si chacun, chacune se percevait et
percevait les autres comme un don de Dieu, comme des êtres
créés à son image et à sa ressemblance, comme des
enfants de Dieu? Pourtant, c’est ce que nous sommes parce
que « notre véritable racine, c’est l’amour créateur
de notre Dieu ».
Si on pouvait apprendre, comme les
vieux moines, comme Élisabeth, à voir plus loin, à dépasser
les apparences pour voir en nous, dans nos proches, dans les
autres, des dons de Dieu, il
me semble que tout changerait entre nous et que nous serions
mieux préparés à accueillir le Sauveur qui arrive chez
nous.
Poursuivons notre prière.
|