Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 20 décembre 2009


4è dimanche de l'Avent

On pourrait dire, qu’à première vue, on assiste à une rencontre banale entre deux femmes enceintes : une qui est âgée, enceinte de six mois, et l’autre, toute jeune, qui vient d’apprendre qu’elle sera mère.  Elle vient en aide à sa cousine! Quoi de plus simple et normal! Mais les deux portent en elles des enfants de l’impossible!  Élisabeth était stérile. Marie n’avait pas de relations conjugales avec Joseph. Au sens le plus fort du mot,  on peut donc dire que ces enfants sont un don de Dieu.

Ce qui frappe dans l’évangile, c’est l’accueil qu’Élisabeth réserve à Marie. Elle voit en elle bien plus que quelqu’un de sa parenté, bien plus que sa cousine, mais la mère du Sauveur, la porteuse du Messie. Elle dépasse ce qui est apparent pour voir quelque chose de bien plus profond.

Nous sommes invités à faire de même les uns pour les autres. Khalil Gibran disait : « Chaque enfant s’enracine dans un don qui vient de bien plus loin que l’amour des parents.  Notre véritable racine, c’est l’amour créateur de notre Dieu ».  Nous ne sommes pas les enfants de l’impossible comme Jean-Baptiste et Jésus, mais nous sommes des dons de Dieu. Si on pouvait mieux le comprendre, ça changerait bien des choses. On apprendrait à mieux se respecter et à s’accueillir. Je vous raconte une histoire que je vous ai déjà racontée mais qui nous aide à mieux comprendre.

 «Il y avait, une fois,  un monastère qui traversait des temps difficiles.  Suite à des persécutions, la communauté avait dû fermer toutes ses maisons.  Il ne restait que la vieille maison-mère, habitée par un supérieur et quatre moines, tous âgés de plus de 70 ans.  Le supérieur qui se désolait de la mort prochaine de sa congrégation eut l'idée de rendre visite, un jour, à un rabbin pour lui demander s’il n’avait pas quelques conseils à lui donner pour sauver le monastère.  "Non, je suis désolé, répondit le rabbin.  Je n'ai pas de conseil à vous donner. Je peux seulement vous dire que le Messie est l'un d'entre vous."  

Les vieux moines ruminèrent les paroles du rabbin pendant des jours, des semaines et des mois en se demandant ce qu’il fallait comprendre. "Le Messie est l'un d'entre nous!  A-t-il vraiment voulu dire l'un d'entre nous, ici, au monastère?  Mais alors, lequel d'entre nous?

"S’il pensait à quelqu'un,  c'était sûrement au Frère supérieur. Il est notre supérieur depuis une génération. Il est possible aussi qu'il ait songé à Frère Thomas...  Tout le monde sait que Thomas est un être de lumière.  Il n'a certainement pas voulu dire Frère Lucien qui a raison souvent mais qui est bien agaçant. 

 

Peut-être que le rabbin pensait à Frère Lucien.  Mais sûrement pas à Frère Philippe. C’est vrai qu’il a un don bien mystérieux, qu’il est toujours prêt à rendre service, mais il est bien trop passif.  Mais, peut-être bien que Philippe est le Messie.

Le rabbin n’a certainement pas voulu parler de moi. Je ne suis qu'une personne ordinaire.  Mais supposons qu'il ait pensé à moi... Mon Dieu, pas moi.  Je ne peux pas avoir une si grande valeur à Vos yeux!

Tout en réfléchissant de la sorte, les vieux moines se mirent à faire preuve d'un très grand respect les uns pour les autres au cas où l'un d'entre eux serait le Messie.  Et chacun commença à se traiter et à traiter les autres avec un infini respect.

Les gens qui se rendaient parfois au monastère sentaient qu’une atmosphère d'infini respect entourait désormais les cinq vieux moines. Il y avait un petit quelque chose qui irradiait de leur personne, un quelque chose d’attirant et d’irrésistible.

Alors, sans trop savoir pourquoi, ils se rendaient de plus en plus souvent au monastère pour pique-niquer, jouer, prier.  Puis ils commencèrent à emmener leurs amis...  Les jeunes se mirent à parler de plus en plus longuement avec les cinq moines.  Au bout de quelques semaines, un jeune demanda s'il pouvait se joindre à eux.  Puis un autre et un autre.  C'est ainsi qu'en quelques années, le monastère redevint une congrégation florissante, un lieu vibrant de spiritualité et de lumière dans le royaume. »

A partir du moment, dans la petite histoire, où chacun des moines a commencé à imaginer qu’un d’entre eux pouvait être le Messie, tout a changé entre eux!  Qu'est-ce qui changerait entre nous si chacun, chacune se percevait et percevait les autres comme un don de Dieu, comme des êtres créés à son image et à sa ressemblance, comme des enfants de Dieu? Pourtant, c’est ce que nous sommes parce que « notre véritable racine, c’est l’amour créateur de notre Dieu ».

Si on pouvait apprendre, comme les vieux moines, comme Élisabeth, à voir plus loin, à dépasser les apparences pour voir en nous, dans nos proches, dans les autres, des dons de Dieu,  il me semble que tout changerait entre nous et que nous serions mieux préparés à accueillir le Sauveur qui arrive chez nous.

Poursuivons notre prière.