Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 6 décembre 2009


2e dimanche de l’Avent

« Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits; les routes déformées seront aplanies; et tout homme verra le salut de Dieu. »  Je me suis senti rejoint par cette petite phrase de l’évangile. Il y a tellement de montagnes à abaisser dans notre monde, de passages tortueux à n’en plus finir, de routes déformées à aplanir dans nos communautés et dans nos propres vies qu’on se demande s’il est possible de changer tout cela.

A nouveau, le temps de l’Avent vient nous situer devant cette espérance qui prend son fondement dans le « Dieu  de l’impossible. »  Benoît XVI disait dans une homélie: « Avec l'aide de Dieu,  et uniquement avec son aide, l’impossible devient possible même à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.  Il reprenait sans doute ainsi les mots même de Jésus qui avait dit un jour à ses disciples, après sa rencontre avec le jeune homme riche: “Pour les hommes, c’est impossible, mais rien n’est impossible à Dieu.” 

On en a plein d’exemples dans l’Ancien Testament.

Un jour, les  fils de Jacob lui avaient affirmé que son Fils, Joseph, avait été dévoré par des bêtes sauvages.  Impossible pour lui de revoir son fils.  Aussi, quand il l’a retrouvé en Égypte, il s’est écrié :  “Je ne pensais jamais revoir ton visage…”

Il n’y a pas si longtemps, dans une lecture, nous avons vu l’histoire de Anne qui était allé au Temple prier le Dieu de l’impossible de lui donner un fils. Non seulement Dieu lui a accordé un fils, mais elle a eu trois par la suite alors qu’on la disait “Stérile”.

On connaît l’histoire de Job qui avait perdu tous les biens. Jamais, il n’aurait pensé possible que Dieu lui donnerait le double de ce qu’il avait perdu.

Bientôt, nous allons célébrer la fête de Noël. Lorsque l’ange annonce à Marie qu’elle sera la mère d’un enfant qui sera appelé le fils du Très-Haut,  Marie se demande comment ça va se faire. Et l’ange lui répond en lui disant que sa cousine, Élisabeth qu’on appelait “la femme stérile” attendait elle aussi un enfant, et il conclut en disant :   “Car rien n’est impossible à Dieu.”.  Elle s’est fiée à la Parole de Dieu, comme Joseph, et comme Jésus le fera par la suite. On connaît la suite.

Après la résurrection de Jésus, on sait comment les disciples étaient morts de peur et de tristesse. Ils s’étaient réfugiés dans le haut d’une maison qui était devenue comme un tombeau fermé par une grosse pierre.

  Et voilà que ce qui paraissait impossible devient possible.  L’Esprit de la Pentecôte  les a changés complètement et ils répandent ce qu’ils ont reçu tellement que c’est arrivé jusqu’à nous, 2000 ans plus tard.

Quand on regarde la situation de l’Église aujourd’hui, qu’est-ce qu’on voit?  Des églises qui se vident et qui se vendent partout.  Nous avons plein de signes qui peuvent nous faire conclure que c’est la fin de l’Église.  On n’est pas les premiers à le penser.  On le voit souvent dans l’histoire de l’Église.

Aux 4e et 5e siècles, il y a eu l’invasion des barbares: l’armée des Wisigoths qui brûle la ville de Rome et même la basilique du pape; le peuple des Vandales qui assiègent la ville de St-Augustin; celui des Uns qui déferlent sur l’Occident.   Les chrétiens avaient toutes les raisons de croire à la fin de l’Église.  Mais  l’impossible arriva, les barbares se convertirent à l’évangile.

Qui aurait pu penser, au 13e siècle,  que le pauvre d’Assise, St François, serait l’inspirateur d’un nouveau type de vie religieuse? Qui aurait pu imaginer au moment où les Européens arrivent en Amérique, au 15e et 16e siècle, que les pays catholiques les plus populeux seraient le Brésil, le Mexique et les États-Unis? Qui aurait pu penser, dans les années 40, que l’enfant d’une famille juive poursuivie par les Nazis deviendrait le cardinal de Paris en 1983? Qui aurait pu imaginer, en 1958, qu’un pape âgé serait élu et qu’il aurait l’audace de convoquer un grand concile œcuménique?

Tout au long de son histoire, l’Église a semblé mourante plus d’une fois.  À chaque fois, les chrétiens et les chrétiennes ont été invités à renouveler leur espérance comme c’est le cas pour nous aujourd’hui.  En regardant tout cela, quelqu’un a dit : « L’Église n’est pas morte;  elle a tout simplement changé d’adresse.  

Aujourd’hui, comme à d’autres moments difficiles de l’histoire, nous sommes invités à prier le maître de l’impossible :  le prier de faire mûrir ce qu’il a semé en nous,  le prier, de nous donner le courage des apôtres, de croire en son agir dans nos cœurs, de nous consacrer à la croissance de l’Église, de maintenir vivante notre espérance.

Péguy disait de l’espérance  qu’elle était “cette petite fille flanquée de ses deux grandes sœurs, la foi et la charité.  L’espérance, c’est cette petite fille qui, chaque soir et chaque matin nous murmure à l’oreille : « Mais, rien n’est impossible à Dieu. »

Poursuivons notre prière.